À la retraite, l’ordre dans lequel vous puisez dans vos comptes n’est pas un détail administratif : selon la séquence choisie, deux retraités avec exactement le même capital peuvent payer des milliers de dollars de plus ou de moins d’impôt sur l’ensemble de leur retraite, et voir leurs prestations gouvernementales réduites différemment.
Après des années à accumuler dans un compte non enregistré, un CELI et un REER, vient la question inverse : par lequel commencer pour retirer cet argent? La réponse par défaut qui circule le plus souvent — non enregistré, puis CELI, puis REER en dernier — est un bon point de départ, mais elle n’est pas universelle. Ce guide explique le principe de base, ses limites, et comment l’ajuster à votre situation.
Note : les seuils et montants cités (limite CELI, seuil de récupération de la Sécurité de la vieillesse, facteurs de retrait minimum du FERR) sont indexés annuellement et peuvent changer d’une année à l’autre — vérifiez toujours les chiffres de l’année en cours avant d’agir.
Sommaire
- Pourquoi l’ordre de décaissement change tout
- Trois comptes, trois traitements fiscaux
- La séquence généralement recommandée
- Quand s’écarter de la règle générale
- Un exemple chiffré simplifié
- Le réflexe à adopter
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Pourquoi l’ordre de décaissement change tout
Pendant la phase d’accumulation, la question est simple : cotiser le plus possible, le plus tôt possible. Pendant la phase de retraits, elle devient beaucoup plus subtile, parce que chaque dollar retiré n’a pas le même impact fiscal selon le compte d’où il provient.
Le problème n’est pas seulement de payer de l’impôt. C’est de payer plus d’impôt que nécessaire sur l’ensemble de la retraite, ou de déclencher une réduction de prestations gouvernementales — comme la récupération de la Sécurité de la vieillesse (PSV) — parce que les retraits d’une seule année ont fait grimper le revenu imposable au-delà d’un seuil.
Une bonne séquence de décaissement vise trois objectifs à la fois : minimiser l’impôt payé sur l’ensemble de la retraite, éviter les réductions de prestations liées au revenu (PSV, Supplément de revenu garanti), et laisser le plus longtemps possible l’argent croître à l’abri de l’impôt dans les comptes où c’est avantageux de le faire.
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Trois comptes, trois traitements fiscaux
Avant de parler d’ordre, il faut comprendre ce qui distingue fiscalement les trois grandes catégories de comptes que la plupart des retraités détiennent.
Le compte non enregistré. Vous avez déjà payé l’impôt sur l’argent qui y est entré. Un retrait n’est donc pas imposable en soi — seul le gain en capital accumulé depuis l’achat des placements l’est, et seulement à 50 % de son taux d’inclusion habituel pour la portion de gain réalisée. Les intérêts et dividendes générés en cours de route ont aussi été imposés chaque année, au fil de l’eau.
Le CELI. Les retraits sont entièrement non imposables, peu importe le montant ou le moment. Autre avantage méconnu : tout montant retiré est ajouté à vos droits de cotisation disponibles, mais seulement à partir du 1er janvier de l’année suivante. Un retrait du CELI n’a aucun effet sur le revenu net déclaré et ne peut donc jamais déclencher de récupération de prestations.
Le REER, puis le FERR. C’est l’inverse du CELI : vous avez obtenu une déduction fiscale au moment de la cotisation, donc chaque retrait est pleinement imposable comme revenu ordinaire, à votre taux marginal de l’année. Le REER doit obligatoirement être converti en FERR (ou en rente) au plus tard le 31 décembre de l’année de votre 71e anniversaire, et des retraits minimums annuels deviennent alors obligatoires — qu’on en ait besoin ou non.
La séquence généralement recommandée
En combinant ces trois traitements fiscaux, la logique de base la plus souvent enseignée en éducation financière est la suivante :
- 1. Le compte non enregistré en premier — puisque la majorité du capital y est déjà « libre d’impôt » (le capital initial) et que seule la portion de gain est imposée partiellement.
- 2. Le CELI ensuite — pour combler le reste des besoins de revenu sans jamais augmenter le revenu net imposable, tout en laissant le REER continuer de croître à l’abri de l’impôt le plus longtemps possible.
- 3. Le REER ou le FERR en dernier — pour retarder l’impôt qui sera dû sur ces sommes, sous réserve des retraits minimums obligatoires une fois le compte converti en FERR.
Le raisonnement derrière cet ordre : laisser croître le plus longtemps possible l’argent qui bénéficie le plus de la croissance à l’abri de l’impôt (le REER et, dans une moindre mesure, le CELI), tout en consommant en premier ce qui coûte le moins cher fiscalement à retirer aujourd’hui.
Une nuance importante à ne pas manquer. Cette séquence « par défaut » n’est pas une règle absolue ni universelle : elle fonctionne bien pour un profil moyen, mais elle peut devenir sous-optimale dans plusieurs situations courantes, décrites à la section suivante.
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Quand s’écarter de la règle générale
Suivre aveuglément « non enregistré, puis CELI, puis REER » peut coûter cher dans plusieurs cas de figure fréquents chez les retraités québécois et canadiens.
Un REER ou un FERR trop gros au moment des retraits obligatoires. Si vous laissez votre REER croître sans jamais y toucher jusqu’à 71 ans, les retraits minimums du FERR — qui commencent à 5,28 % du solde au 1er janvier à 71 ans et augmentent chaque année jusqu’à 20 % à 95 ans et plus — peuvent devenir si élevés qu’ils vous poussent dans une tranche d’imposition supérieure, ou déclenchent la récupération de la PSV. Dans ce cas, retirer volontairement un peu de REER avant 71 ans, pendant des années à revenu plus bas, peut réduire la facture fiscale totale sur l’ensemble de la retraite. C’est le principe derrière la stratégie du REER meltdown, une approche plus avancée et volontairement plus agressive que le simple séquençage abordé ici.
Un couple avec des revenus très inégaux. Si un des deux conjoints a un revenu de retraite nettement plus élevé, le fractionnement du revenu de retraite ou le recours à un REER de conjoint peuvent changer complètement l’ordre optimal, en répartissant les retraits imposables entre les deux déclarations plutôt qu’en suivant une séquence unique par personne.
Le versement de la Sécurité de la vieillesse et du RRQ déjà commencé. Une fois que vous touchez ces rentes gouvernementales, chaque dollar de retrait REER/FERR additionnel s’ajoute par-dessus un revenu déjà existant. Retarder le début du RRQ ou de la PSV, tout en puisant davantage dans le REER pendant ces années « creuses », est une stratégie de séquencement à part entière qui interagit directement avec l’ordre de décaissement des comptes de placement.
Un revenu de retraite qui approche le seuil de récupération de la PSV. Pour l’année de versement de juillet 2026 à juin 2027, ce seuil est d’environ 93 454 $ de revenu net (basé sur le revenu 2025); au-delà, la PSV est réduite de 15 cents par dollar excédentaire. Un plan de décaissement qui garde le revenu net sous ce seuil, année après année, évite cette réduction — parfois au prix de retirer un peu plus de REER certaines années et un peu moins d’autres.
Un exemple chiffré simplifié
Prenons un exemple simplifié — les chiffres sont illustratifs, pas une prescription. Une retraite de 65 ans a besoin de 40 000 $ de revenu annuel après impôt, en plus de ses rentes gouvernementales. Elle détient 80 000 $ dans un compte non enregistré, 60 000 $ dans un CELI et 300 000 $ dans un REER.
| Approche | Ordre suivi | Effet principal |
|---|---|---|
| Séquence par défaut | Non enregistré → CELI → REER | Impôt reporté au maximum tant que le non enregistré et le CELI durent; le REER continue de croître, mais grossit aussi le problème des retraits obligatoires à 71 ans. |
| Séquence ajustée | Un mélange des trois chaque année, dosé pour rester sous le seuil de récupération de la PSV | Un peu plus d’impôt payé dans les premières années de retraite, mais un revenu imposable plus stable d’une année à l’autre et un FERR plus petit — donc des retraits obligatoires moins élevés — après 71 ans. |
Aucune des deux approches n’est universellement meilleure : la bonne réponse dépend de l’ampleur du REER, de l’âge, de l’état de santé, et du moment choisi pour demander le RRQ et la PSV. C’est précisément pour cette raison qu’un exercice de projection sur mesure — fait avec un planificateur financier — vaut généralement l’investissement pour un portefeuille de retraite substantiel.
Le réflexe à adopter
Le réflexe à adopter : avant de fixer un ordre de décaissement figé, faites une projection sur plusieurs années (pas seulement la première année de retraite) qui inclut le RRQ, la PSV, les retraits FERR obligatoires futurs et le seuil de récupération de la PSV. La séquence « non enregistré, puis CELI, puis REER » reste un bon point de départ pour la première année, mais elle doit être révisée chaque année à la lumière du revenu réel et des seuils en vigueur — pas suivie mécaniquement pendant 25 ans de retraite.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Suivre la règle par défaut sans jamais la remettre en question. « Non enregistré, puis CELI, puis REER » est un point de départ, pas un dogme. Une situation avec un gros REER, un couple à revenus inégaux ou un objectif de succession particulier peut justifier un ordre différent.
Erreur 2 — Ignorer les retraits minimums obligatoires du FERR dans la planification. Ces retraits augmentent chaque année avec l’âge et ne peuvent pas être reportés indéfiniment — les anticiper évite les mauvaises surprises fiscales après 71 ans.
Erreur 3 — Retirer du CELI en pensant « perdre » ses droits de cotisation. Un retrait du CELI redonne les droits l’année suivante — ce n’est jamais un gaspillage définitif d’espace de cotisation, contrairement à une croyance répandue.
Erreur 4 — Retirer une grosse somme du REER en une seule année sans en évaluer l’impact sur la PSV. Un retrait ponctuel important (pour un projet, une dette, un cadeau) peut à lui seul faire dépasser le seuil de récupération pour l’année et réduire la PSV, en plus de l’impôt régulier.
Erreur 5 — Ne pas coordonner l’ordre de décaissement entre conjoints. Décaisser chaque compte individuellement sans tenir compte du revenu de l’autre conjoint fait souvent perdre l’occasion d’égaliser les revenus des deux déclarations et de réduire l’impôt du ménage dans son ensemble.
Erreur 6 — Oublier que les gains en capital non enregistrés sont déjà partiellement à l’abri. Retirer d’un compte non enregistré n’est pas « gratuit » à 100 %, mais c’est rarement aussi coûteux qu’on le croit — seule la portion de gain est imposée, et à un taux d’inclusion réduit.
Erreur 7 — Attendre d’avoir 71 ans pour y penser. Une stratégie de décaissement se planifie idéalement dès le début de la retraite, voire quelques années avant — pas au moment où le FERR impose ses premiers retraits obligatoires.
Questions fréquentes
Faut-il toujours retirer le compte non enregistré en premier?
C’est le point de départ le plus courant, mais pas une règle absolue. Si votre compte non enregistré contient un gain en capital très important accumulé sur plusieurs décennies, il peut parfois être avantageux d’étaler ces retraits sur plusieurs années plutôt que de tout liquider dès le départ.
Le CELI devrait-il vraiment être décaissé avant le REER?
Dans la logique par défaut, oui, parce que retarder le REER laisse plus de temps à la croissance à l’abri de l’impôt et parce que le CELI n’a aucun impact sur le revenu net. Certaines situations — un gros REER menant à des retraits obligatoires très élevés après 71 ans — justifient plutôt de retirer un peu de REER en premier, en gardant le CELI comme réserve de fin de vie, non imposable pour les héritiers.
Qu’arrive-t-il si je ne retire pas le minimum obligatoire de mon FERR une année?
Le retrait minimum est obligatoire par année civile une fois le compte converti en FERR; ne pas le retirer expose à des complications fiscales et administratives. Il n’y a toutefois pas de retenue d’impôt automatique appliquée sur ce montant minimum au moment du retrait — l’impôt dû doit être prévu séparément.
Le décaissement du CELI a-t-il un impact sur le Supplément de revenu garanti (SRG)?
Non — les retraits du CELI ne sont pas comptabilisés dans le revenu net et n’affectent donc pas l’admissibilité au SRG, contrairement aux retraits du REER ou du FERR. C’est un avantage important pour les retraités à revenu plus modeste qui reçoivent le SRG.
Est-ce une bonne idée de tout retirer de son REER dès la retraite pour « en finir » avec l’impôt?
Rarement. Un retrait forfaitaire important pousse généralement le revenu de l’année dans une tranche d’imposition beaucoup plus élevée qu’un étalement sur plusieurs années, en plus de risquer de déclencher la récupération complète de la PSV pour cette année-là.
Dois-je demander le RRQ et la PSV le plus tôt possible pour simplifier le décaissement?
Pas nécessairement. Retarder ces rentes gouvernementales augmente leur montant à vie et peut justement libérer de la place pour décaisser davantage de REER à un taux d’imposition plus bas durant les premières années de retraite — les deux décisions se planifient ensemble, pas séparément.
Un planificateur financier est-il nécessaire pour établir cet ordre?
Ce n’est pas obligatoire pour une situation simple et un portefeuille modeste, mais c’est fortement recommandé dès que le patrimoine est substantiel, que le couple a des revenus très inégaux, ou qu’un objectif de succession particulier entre en jeu — les gains d’une projection professionnelle personnalisée dépassent souvent largement son coût.
Sources officielles
- Agence du revenu du Canada — Cotiser à un CELI
- Agence du revenu du Canada — Tableau des facteurs prescrits (retrait minimum du FERR)
- Gouvernement du Canada — Impôt de récupération de la Sécurité de la vieillesse
- Éduc’épargne (organisme reconnu par l’AMF) — Le décaissement à la retraite
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier ou fiscal personnalisé. L’ordre de décaissement optimal dépend de nombreux facteurs propres à votre situation (âge, revenus, état de santé, objectifs successoraux) qu’aucun article générique ne peut couvrir entièrement. Pour une situation particulière, consultez un planificateur financier ou un fiscaliste. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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