Le FERR (fonds enregistré de revenu de retraite) est la suite logique du REER — c’est le compte qui transforme votre épargne-retraite accumulée en revenus pendant votre retraite. La règle fondamentale : vous devez convertir votre REER en FERR (ou en rente) au plus tard le 31 décembre de l’année de vos 71 ans. Une fois le FERR ouvert, vous ne pouvez plus y cotiser — vous devez au contraire en retirer un montant minimum chaque année, calculé selon un pourcentage qui augmente avec l’âge : 5,28 % à 71 ans, environ 6,82 % à 80 ans, et jusqu’à 20 % à 95 ans. Vos placements continuent de croître à l’abri de l’impôt à l’intérieur du FERR — seuls les retraits sont imposés, comme un revenu. Le FERR offre une grande flexibilité : vous gardez le contrôle de vos placements, vous choisissez la fréquence des retraits, et il n’y a aucun plafond maximum. Bien géré, le FERR est un outil de décaissement puissant — mais mal planifié, il peut générer une facture fiscale inutilement élevée.
Vous avez passé des décennies à accumuler dans votre REER. Le FERR, c’est l’étape inverse : décaisser cette épargne de façon ordonnée pendant la retraite. C’est une transition que tous les détenteurs de REER devront faire — et les décisions prises au moment de cette conversion (quand, comment, à quel rythme retirer) ont un impact fiscal majeur.
Ce guide vous explique tout sur le FERR : la conversion obligatoire, le calcul des retraits minimums, les stratégies pour minimiser l’impôt, et les erreurs à éviter. Pour la vue d’ensemble de la planification de retraite, consultez notre guide complet de planification de retraite.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’un FERR et comment il fonctionne
- La conversion du REER en FERR
- Les retraits minimums obligatoires
- L’imposition des retraits
- Les stratégies pour optimiser votre FERR
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un FERR et comment il fonctionne
Le FERR (fonds enregistré de revenu de retraite) est un compte enregistré conçu pour générer un revenu de retraite à partir de l’épargne accumulée dans un REER. C’est, littéralement, le « prolongement » de votre REER.
Les similitudes avec le REER :
- Vous pouvez y détenir les mêmes placements (FNB, actions, fonds communs, CPG, obligations)
- Les placements continuent de croître à l’abri de l’impôt à l’intérieur du compte
- Vous gardez le contrôle de vos placements — vous pouvez les modifier en tout temps
Les différences avec le REER :
- Vous ne pouvez plus cotiser à un FERR — uniquement y transférer des fonds (depuis un REER) et en retirer
- Vous devez retirer un montant minimum chaque année
- Le FERR est un compte de décaissement, pas d’accumulation
L’idée essentielle : le gouvernement vous a accordé une déduction fiscale et une croissance à l’abri de l’impôt pendant vos années de cotisation au REER. En contrepartie, il veut éventuellement percevoir l’impôt sur cet argent. Le FERR et ses retraits minimums obligatoires sont le mécanisme qui assure que l’argent finit par être décaissé (et imposé) — plutôt que de rester indéfiniment à l’abri de l’impôt.
La conversion du REER en FERR
La date limite est absolue : vous devez convertir votre REER au plus tard le 31 décembre de l’année où vous atteignez 71 ans. À cette échéance, vous avez trois options :
- Convertir en FERR — l’option la plus courante et la plus flexible
- Acheter une rente — convertir le capital en versements garantis à vie
- Retirer tout l’argent — à éviter absolument : la totalité du REER s’ajoute alors à votre revenu de l’année, générant une facture fiscale potentiellement catastrophique
Pour la majorité des gens, la conversion en FERR est le meilleur choix — elle maintient la flexibilité, le contrôle des placements, et la croissance à l’abri de l’impôt. Vous pouvez aussi combiner : convertir une partie en FERR et une partie en rente.
La conversion anticipée (avant 71 ans). Vous n’êtes pas obligé d’attendre 71 ans — vous pouvez convertir votre REER en FERR dès 55 ans. C’est parfois une stratégie avantageuse : à partir de 65 ans, les retraits d’un FERR donnent droit au crédit d’impôt pour revenu de pension (sur les premiers 2 000 $) et permettent le fractionnement du revenu de pension avec votre conjoint. Convertir une petite partie de votre REER en FERR à 65 ans peut donc générer des économies fiscales.
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Les retraits minimums obligatoires
Une fois votre FERR ouvert, vous devez en retirer un montant minimum chaque année, à partir de l’année suivant l’ouverture. Ce montant est calculé en multipliant la valeur de votre FERR au 1er janvier par un pourcentage prescrit qui augmente avec votre âge.
| Âge (au 1er janvier) | Pourcentage de retrait minimum | Retrait minimum sur un FERR de 300 000 $ |
|---|---|---|
| 71 ans | 5,28 % | 15 840 $ |
| 72 ans | 5,40 % | 16 200 $ |
| 75 ans | 5,82 % | 17 460 $ |
| 80 ans | 6,82 % | 20 460 $ |
| 85 ans | 8,51 % | 25 530 $ |
| 90 ans | 11,92 % | 35 760 $ |
| 95 ans et plus | 20,00 % | 60 000 $ |
Avant 71 ans : si vous ouvrez un FERR plus tôt, le pourcentage minimum est calculé selon la formule 1 ÷ (90 − votre âge). Par exemple, à 65 ans : 1 ÷ (90 − 65) = 1 ÷ 25 = 4,00 %.
Les règles clés à retenir :
- Le retrait minimum est calculé sur la valeur du FERR au 1er janvier de chaque année
- Il n’y a aucun retrait minimum l’année de l’ouverture du FERR — les retraits obligatoires commencent l’année suivante
- Il n’y a aucun plafond maximum — vous pouvez retirer plus que le minimum si vous le souhaitez
- Vous pouvez choisir la fréquence des retraits : annuelle, semestrielle, trimestrielle, ou mensuelle
L’astuce de l’âge du conjoint : au moment d’ouvrir votre FERR, vous pouvez choisir de baser le calcul du retrait minimum sur l’âge de votre conjoint plus jeune. Si vous avez 71 ans et votre conjoint 65 ans, baser le calcul sur 65 ans réduit votre pourcentage de retrait minimum de 5,28 % à 4,00 % — ce qui diminue le montant que vous êtes forcé de retirer (et d’imposer) chaque année. Ce choix est irrévocable — il doit être fait à l’ouverture du FERR. C’est une décision à analyser attentivement avec un conseiller.
L’imposition des retraits
Tout retrait d’un FERR est un revenu imposable, ajouté à vos autres revenus de l’année (RRQ, PSV, autres pensions, revenus de placement). Vous recevez un feuillet T4RIF qui indique le montant retiré.
La retenue d’impôt à la source :
- Sur le retrait minimum : aucune retenue d’impôt à la source. Mais attention — le montant reste imposable. Vous paierez l’impôt au moment de produire votre déclaration de revenus. Si vous n’avez pas mis d’argent de côté, vous pourriez avoir un solde à payer surprenant
- Sur la portion au-delà du minimum : une retenue d’impôt à la source s’applique obligatoirement (le taux augmente avec le montant retiré, avec une retenue provinciale additionnelle au Québec)
L’impact sur la PSV. Les retraits du FERR augmentent votre revenu — ce qui peut déclencher la récupération de la Pension de la Sécurité de la vieillesse si votre revenu dépasse le seuil (environ 93 454 $). Chaque dollar de retrait FERR au-dessus du seuil vous coûte 15 cents de PSV en plus de l’impôt régulier. C’est pourquoi la planification du décaissement est cruciale — consultez notre guide de planification de retraite.
Le crédit pour revenu de pension. À partir de 65 ans, les retraits d’un FERR sont admissibles au crédit d’impôt pour revenu de pension (sur les premiers 2 000 $) et au fractionnement du revenu de pension — vous pouvez transférer jusqu’à 50 % de vos retraits FERR au revenu de votre conjoint, ce qui peut réduire significativement l’impôt total du couple si vos revenus sont inégaux.
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Les stratégies pour optimiser votre FERR
Stratégie 1 — Décaisser le REER/FERR avant les rentes publiques. Une stratégie de décaissement efficace consiste souvent à puiser dans le REER/FERR tôt (entre 60 et 70 ans), pendant que votre revenu est plus bas, et à reporter le RRQ et la PSV. Cela réduit l’impôt total et diminue les retraits FERR obligatoires futurs (le solde du FERR étant plus petit). Consultez la section décaissement de notre guide de retraite.
Stratégie 2 — Utiliser l’âge du conjoint plus jeune. Si votre conjoint est plus jeune, baser le retrait minimum sur son âge réduit le montant que vous êtes forcé de retirer chaque année. Vous gardez plus d’argent à l’abri de l’impôt et vous contrôlez mieux votre revenu imposable. Rappel : ce choix est irrévocable.
Stratégie 3 — Conversion partielle anticipée à 65 ans. Convertir une petite partie de votre REER en FERR dès 65 ans permet de profiter du crédit d’impôt pour revenu de pension (2 000 $) et du fractionnement du revenu de pension — même si vous n’avez pas besoin de l’argent. C’est une optimisation fiscale que beaucoup de gens ignorent.
Stratégie 4 — Réinvestir les retraits non nécessaires dans un CELI. Si votre retrait minimum FERR dépasse vos besoins, ne laissez pas cet argent dormir. Transférez-le dans votre CELI (si vous avez des droits de cotisation) — il continuera de croître, mais cette fois à l’abri de l’impôt de façon permanente, et les futurs retraits du CELI seront non imposables et n’affecteront pas la PSV.
Stratégie 5 — Ajuster vos placements selon l’horizon. Dans un FERR, vous décaissez progressivement — mais le compte peut durer 20-30 ans. Ne mettez pas tout en CPG « pour la sécurité ». Une portion en FNB diversifiés permet à votre FERR de continuer à croître et de suivre l’inflation pendant que vous décaissez. Un équilibre actions/obligations adapté à votre âge est important.
Stratégie 6 — Coordonner le décaissement en couple. Le fractionnement du revenu de pension, le choix de l’âge de référence, et l’ordre de décaissement des comptes de chaque conjoint doivent être planifiés ensemble. Un plan de décaissement de couple bien fait peut économiser des dizaines de milliers de dollars d’impôt sur la durée de la retraite.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Manquer la date limite de conversion à 71 ans. Si vous ne convertissez pas votre REER avant le 31 décembre de l’année de vos 71 ans, l’ARC peut considérer la totalité de votre REER comme un revenu imposable cette année-là. Sur un REER de 400 000 $, ce serait une catastrophe fiscale. Amorcez la conversion plusieurs mois à l’avance.
Erreur 2 — Retirer tout son REER au lieu de le convertir en FERR. Retirer la totalité d’un REER en une fois ajoute tout le montant à votre revenu de l’année — vous propulsant dans les paliers d’imposition les plus élevés. La conversion en FERR permet un décaissement étalé et beaucoup moins imposé.
Erreur 3 — Oublier de mettre de l’argent de côté pour l’impôt sur le retrait minimum. Le retrait minimum n’a pas de retenue d’impôt à la source — mais il reste imposable. Si vous dépensez la totalité du retrait sans réserver une portion pour l’impôt, vous aurez un solde à payer surprenant en avril. Réservez l’équivalent de votre taux marginal.
Erreur 4 — Choisir l’âge de référence sans analyse. Le choix de baser le retrait minimum sur votre âge ou celui de votre conjoint est irrévocable. Dans la majorité des cas, utiliser l’âge du conjoint plus jeune est avantageux — mais pas toujours (par exemple, si vous avez besoin du revenu). Analysez avant de décider, idéalement avec un conseiller.
Erreur 5 — Mettre tout son FERR en placements ultra-conservateurs. Un FERR peut durer 25-30 ans. Si vous mettez tout en CPG à faible rendement « pour la sécurité », votre capital ne suivra pas l’inflation et pourrait s’épuiser plus vite que prévu. Gardez une portion en placements de croissance adaptés à votre horizon.
Erreur 6 — Déclencher inutilement la récupération de la PSV. Des retraits FERR trop importants une année donnée peuvent pousser votre revenu au-dessus du seuil de récupération de la PSV (~93 454 $). Si possible, étalez vos retraits pour rester sous le seuil — ou utilisez votre CELI (dont les retraits n’affectent pas la PSV) pour les besoins ponctuels.
Erreur 7 — Négliger la planification successorale du FERR. Au décès, la valeur du FERR est généralement ajoutée au revenu du défunt (sauf transfert au conjoint survivant ou à un enfant à charge admissible) — ce qui peut générer une lourde facture fiscale pour la succession. Désignez correctement votre bénéficiaire et planifiez avec un notaire. Consultez notre article sur les finances et les transitions de vie.
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Questions fréquentes
Puis-je continuer à cotiser à un FERR ?
Non. Une fois un FERR ouvert, vous ne pouvez plus y cotiser — vous pouvez seulement y transférer des fonds (depuis un REER, un autre FERR, un CELIAPP, etc.) et en retirer. Si vous avez encore des droits de cotisation REER et un revenu admissible, vous pourriez cotiser à un REER de conjoint si votre conjoint a 71 ans ou moins.
Que se passe-t-il si je ne retire pas le minimum ?
Vous y êtes légalement obligé. En pratique, votre institution financière calcule le montant minimum et s’assure généralement qu’il est retiré. Si le minimum n’est pas retiré, vous vous exposez à des pénalités fiscales. C’est pourquoi la plupart des gens configurent des retraits automatiques.
Puis-je retirer plus que le minimum ?
Oui, il n’y a aucun plafond maximum. Vous pouvez retirer autant que vous voulez de votre FERR. Rappelez-vous toutefois que tout retrait est imposable, que les retraits au-delà du minimum sont sujets à une retenue d’impôt à la source, et que des retraits importants peuvent déclencher la récupération de la PSV.
Mon argent est-il encore investi dans un FERR ?
Oui. Comme dans un REER, vous choisissez les placements de votre FERR (FNB, actions, fonds communs, CPG, obligations) et ils continuent de croître à l’abri de l’impôt. Seuls les retraits sont imposés. Vous pouvez modifier vos placements en tout temps.
Dois-je attendre 71 ans pour ouvrir un FERR ?
Non. Vous pouvez convertir votre REER en FERR dès 55 ans. La conversion partielle anticipée (dès 65 ans) peut même être avantageuse fiscalement, car les retraits d’un FERR donnent accès au crédit pour revenu de pension et au fractionnement du revenu de pension à partir de 65 ans. Mais une fois le FERR ouvert, les retraits minimums deviennent obligatoires.
Que devient mon FERR à mon décès ?
Si votre conjoint est désigné bénéficiaire, le FERR peut généralement être transféré dans son propre FERR ou REER sans impôt immédiat. Si le bénéficiaire est une autre personne (enfant adulte non à charge, par exemple), la valeur du FERR est généralement ajoutée au revenu du défunt dans sa dernière déclaration de revenus — ce qui peut générer une facture fiscale importante pour la succession. La planification successorale est essentielle — consultez un notaire.
FERR ou rente : que choisir ?
Le FERR offre la flexibilité (contrôle des placements, retraits ajustables, capital qui reste à vous et transmissible à vos héritiers) mais le revenu n’est pas garanti — il dépend de vos placements et de votre rythme de retrait. La rente offre un revenu garanti à vie, mais vous perdez le contrôle du capital et la flexibilité. Beaucoup de retraités combinent les deux : une rente pour couvrir les dépenses essentielles (revenu garanti) et un FERR pour la flexibilité. La décision dépend de votre tolérance au risque, de votre santé, et de vos autres sources de revenus garantis.
Sources officielles
- Fonds enregistré de revenu de retraite (FERR) — ARC
- Guide T4040 — REER et autres régimes enregistrés pour la retraite — ARC
- Planification de la retraite — ACFC
- Retraite Québec
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier ou fiscal personnalisé. Les pourcentages de retrait minimum et les règles fiscales peuvent changer. La stratégie de décaissement optimale dépend de votre situation personnelle (autres revenus, santé, régime matrimonial, objectifs successoraux). Consultez un planificateur financier pour un plan adapté. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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