Au Québec, une mise à pied qui se prolonge au-delà de 6 mois équivaut légalement à une cessation d’emploi : votre employeur doit alors vous verser un préavis ou une indemnité pouvant atteindre 8 semaines de salaire, selon votre ancienneté.
Recevoir un avis de mise à pied — même « temporaire » — soulève immédiatement des questions concrètes : combien de temps l’employeur peut-il vous garder en attente sans salaire ? Avez-vous droit à une indemnité ? Que devient votre lien d’emploi ? Et surtout, comment cela affecte-t-il votre admissibilité à l’assurance-emploi ? La Loi sur les normes du travail (LNT) encadre précisément ces situations, mais les règles varient selon la durée de l’arrêt de travail, votre ancienneté et le nombre de collègues touchés en même temps que vous.
Note : les seuils, délais et montants présentés ici reflètent les règles en vigueur au moment de la rédaction. Le régime de l’assurance-emploi fait par ailleurs l’objet de mesures temporaires révisées périodiquement par le gouvernement fédéral — vérifiez toujours les chiffres à jour sur les sites officiels cités en fin d’article avant de prendre une décision.
Sommaire
- Mise à pied, congédiement, licenciement : les définitions
- La règle des 6 mois : quand la mise à pied devient une cessation d’emploi
- Mise à pied individuelle vs licenciement collectif
- Le rappel au travail et le relevé d’emploi
- Les montants : tableaux des préavis selon votre situation
- Que faire pendant une mise à pied : la marche à suivre
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Mise à pied, congédiement, licenciement : les définitions
Ces trois mots reviennent souvent de façon interchangeable, mais ils désignent des réalités juridiques distinctes en droit du travail québécois.
La mise à pied est un arrêt de travail décidé unilatéralement par l’employeur, généralement pour des raisons économiques, saisonnières ou administratives (baisse de commandes, fin de contrat, réorganisation). Le point central à retenir : le lien d’emploi n’est pas rompu. Vous restez techniquement salarié de l’entreprise, votre service continu ne s’interrompt pas, et l’employeur peut vous rappeler au travail.
Le congédiement, à l’inverse, met fin définitivement au lien d’emploi, généralement pour des motifs liés à votre conduite ou votre rendement. S’il survient sans cause juste et suffisante après deux ans de service continu, il ouvre un recours distinct devant la CNESST.
Le licenciement (ou « mise à pied définitive ») désigne une fin d’emploi permanente pour des raisons économiques ou organisationnelles, sans reproche envers le salarié. Sur le plan des indemnités, la démission volontaire se distingue nettement de ces trois cas : quitter son emploi de son propre chef ne donne droit à aucun préavis de l’employeur ni, généralement, à l’assurance-emploi.
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La règle des 6 mois : quand la mise à pied devient une cessation d’emploi
C’est le mécanisme central à comprendre. Une mise à pied de moins de 6 mois n’est pas considérée comme une cessation d’emploi si l’employeur vous a avisé par écrit, au moment de la mise à pied ou avant, d’une date de rappel précise ou d’un délai de rappel déterminé de moins de 6 mois. Dans ce cas, aucun préavis de cessation d’emploi n’est requis : vous demeurez lié à l’entreprise en attente d’un retour.
Le seuil critique. Dès que la mise à pied se prolonge au-delà de 6 mois — ou lorsque l’employeur ne fournit aucune date ou délai de rappel précis dès le départ — la LNT assimile la situation à une véritable cessation d’emploi. L’employeur devient alors tenu de verser l’indemnité tenant lieu de préavis prévue aux articles 82 et 83 de la loi, calculée selon votre ancienneté (voir le tableau à la section 5).
Cette règle protège contre l’usage d’une « mise à pied temporaire » comme prétexte pour éviter de payer un préavis en cas de fermeture ou de restructuration réelle. Un employeur ne peut pas indéfiniment repousser un rappel sans que cela finisse par déclencher les obligations légales d’une fin d’emploi.
Fait important : pendant toute la durée d’une mise à pied de moins de 6 mois, votre service continu ne s’interrompt pas. Cela signifie que les années passées « en attente de rappel » comptent dans le calcul de votre ancienneté pour les vacances, les avantages sociaux et, éventuellement, un futur préavis.
Mise à pied individuelle vs licenciement collectif
La mécanique change lorsque plusieurs salariés sont touchés en même temps. La loi distingue deux régimes qui peuvent d’ailleurs s’appliquer simultanément à une même personne.
Mise à pied ou cessation individuelle. C’est le cas d’un seul salarié, ou de plusieurs salariés touchés à des moments différents, sans lien entre eux. Seul le préavis individuel selon l’ancienneté s’applique (section 5).
Le licenciement collectif, lui, se déclenche lorsqu’un employeur met fin à l’emploi d’au moins 10 salariés d’un même établissement, sur une période de deux mois consécutifs, pour des motifs d’ordre économique ou technologique. Une mise à pied massive de 10 personnes ou plus, prévue pour durer plus de 6 mois, est également visée par ce régime. L’employeur doit alors transmettre un avis écrit au ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, à la CNESST et, le cas échéant, à l’association accréditée représentant les salariés — en plus de l’afficher dans l’établissement.
Les deux préavis ne se remplacent pas. L’avis de licenciement collectif s’ajoute à l’avis individuel de cessation d’emploi que chaque salarié touché doit recevoir selon son ancienneté personnelle. Si les deux durées diffèrent, c’est toujours la plus avantageuse pour le salarié qui prévaut.
Certaines situations échappent à ces obligations : un contrat à durée déterminée arrivé à échéance, une mise à pied de moins de 3 mois, une activité de nature saisonnière bien établie, ou une fin d’emploi consécutive à une grève ou à un lock-out légal.
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Le rappel au travail et le relevé d’emploi
Deux documents et processus rythment concrètement une mise à pied : le rappel au travail lui-même, et les démarches administratives qui l’entourent.
Le rappel au travail. La LNT n’impose pas de délai précis dans lequel un employeur doit rappeler un salarié mis à pied — l’obligation porte plutôt sur l’avis initial (date ou délai de rappel annoncé d’avance). Si l’employeur rappelle d’autres collègues à des postes équivalents sans vous rappeler vous-même, ou si le délai annoncé est systématiquement repoussé sans nouvelle date précise, la situation peut être requalifiée en cessation d’emploi déguisée — un point à faire valoir auprès de la CNESST au besoin.
Le relevé d’emploi (RE). Dès qu’il y a interruption de votre rémunération, votre employeur doit produire ce document, distinct de votre relevé de paie habituel. Le RE indique un code de cessation d’emploi : le code le plus courant pour une mise à pied est le code A (« Manque de travail / Fin de contrat ou de saison »). Ce code est déterminant, car Service Canada l’utilise pour évaluer votre admissibilité à l’assurance-emploi — contrairement à un départ volontaire, une mise à pied pour manque de travail ne vous pénalise pas.
La demande d’assurance-emploi. Le nombre d’heures assurables requises pour être admissible aux prestations régulières varie selon le taux de chômage de votre région économique — généralement entre 420 et 700 heures accumulées dans les 52 dernières semaines ou depuis votre dernière demande. Faites votre demande le plus tôt possible après l’arrêt de travail : attendre retarde le versement et peut faire perdre des semaines de prestations. Consultez notre article sur le fonctionnement de l’assurance-emploi au Canada pour le détail des critères et du calcul des prestations.
Si vous touchez des prestations pendant une mise à pied qui se prolonge sur plus d’une année d’imposition, vous recevrez aussi un feuillet T4E résumant les sommes versées, à déclarer dans votre rapport d’impôt.
Les montants : tableaux des préavis selon votre situation
Voici les seuils légaux minimaux prévus par la LNT. Ce sont des planchers : un contrat de travail, une convention collective ou une entente individuelle peuvent prévoir des conditions plus généreuses, jamais moindres.
Préavis individuel de cessation d’emploi (article 82 LNT), selon le service continu :
| Ancienneté (service continu) | Préavis minimal |
|---|---|
| Moins de 3 mois | Aucun préavis requis |
| 3 mois à moins de 1 an | 1 semaine |
| 1 an à moins de 5 ans | 2 semaines |
| 5 ans à moins de 10 ans | 4 semaines |
| 10 ans et plus | 8 semaines |
Avis de licenciement collectif, selon le nombre de salariés touchés dans l’établissement :
| Nombre de salariés visés | Délai d’avis au ministre et à la CNESST |
|---|---|
| 10 à 99 salariés | 8 semaines |
| 100 à 299 salariés | 12 semaines |
| 300 salariés et plus | 16 semaines |
Un exemple concret : si vous cumulez 7 ans d’ancienneté et que votre employeur ferme définitivement l’établissement sans vous rappeler après une mise à pied, vous avez droit au minimum à 4 semaines de préavis ou d’indemnité équivalente selon votre ancienneté personnelle — en plus, s’il s’agit d’un licenciement touchant 10 collègues ou plus, de l’avis collectif applicable à l’employeur envers les autorités.
Au-delà du plancher légal de la LNT, le Code civil du Québec reconnaît par ailleurs un droit à un préavis « raisonnable », souvent plus généreux, dont la durée dépend de facteurs comme l’âge, le poste occupé et la disponibilité d’emplois comparables dans votre région — un sujet à valider avec un professionnel du droit du travail si votre situation s’y prête.
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Que faire pendant une mise à pied : la marche à suivre
Une mise à pied déstabilise d’abord sur le plan financier. Voici l’ordre d’action à privilégier dès l’annonce.
1. Obtenez tout par écrit. Demandez une confirmation écrite de la date de mise à pied, de la date ou du délai de rappel prévu, et conservez tous les échanges avec l’employeur — ces documents seront essentiels si la situation dégénère en litige sur le respect du préavis.
2. Faites votre demande d’assurance-emploi sans attendre. Ne présumez pas que votre employeur s’en charge : c’est à vous de présenter la demande, idéalement dans la semaine suivant l’arrêt de travail, même si le relevé d’emploi n’est pas encore transmis.
3. Réévaluez votre budget immédiatement. Les prestations d’assurance-emploi remplacent généralement une fraction du revenu habituel, rarement la totalité. Un ajustement rapide du budget mensuel permet d’éviter de puiser dans les cartes de crédit dès les premières semaines.
4. Puisez dans votre fonds d’urgence si vous en avez un. C’est exactement l’usage pour lequel un fonds d’urgence est constitué. En son absence, priorisez les dépenses essentielles et évitez le crédit à taux élevé pour combler l’écart.
5. Documentez le silence de l’employeur. Si les mois passent sans nouvelle date de rappel précise, notez chaque échange (ou absence de réponse) : ces éléments appuieront une plainte à la CNESST si la mise à pied dépasse 6 mois sans que le préavis ou l’indemnité correspondante ne soit versé.
Pour une vision plus large de la gestion financière après une perte d’emploi — dépenses à couper en priorité, gestion des régimes d’épargne collectifs, stratégie de recherche d’emploi — notre guide sur la protection de ses finances après une perte d’emploi détaille la démarche complète.
Le réflexe à adopter : à la seconde où vous recevez un avis de mise à pied, faites confirmer par écrit la date de rappel annoncée et déposez votre demande d’assurance-emploi la même semaine. Ces deux gestes, faits tôt, évitent le double piège d’un préavis non réclamé et de prestations retardées.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Attendre avant de faire sa demande d’assurance-emploi. Certains attendent de recevoir le relevé d’emploi ou espèrent un rappel imminent avant de présenter leur demande. Chaque semaine d’attente peut réduire le nombre de semaines de prestations versées.
Erreur 2 — Ne rien exiger par écrit. Une mise à pied « verbale », sans date ni délai de rappel précisé par écrit, complique énormément la preuve en cas de litige sur le respect des 6 mois.
Erreur 3 — Confondre mise à pied et démission. Accepter de « signer sa démission » pour accélérer les choses fait perdre l’accès à l’assurance-emploi et à tout préavis. Ne signez jamais un document sans en comprendre pleinement la portée légale.
Erreur 4 — Se tourner vers le crédit à taux élevé trop vite. Les prêts sur salaire et avances de fonds rapides comblent un trou à court terme, mais leurs frais peuvent transformer une interruption de quelques mois en dette difficile à rembourser.
Erreur 5 — Ignorer le régime d’assurance collective. Selon l’employeur et la durée de la mise à pied, la couverture d’assurance collective (santé, invalidité) peut cesser rapidement. Informez-vous sur les options de maintien ou de conversion avant d’en avoir besoin.
Erreur 6 — Laisser filer le délai de 6 mois sans agir. Si aucun rappel ne survient et qu’aucun préavis ni indemnité n’est versé une fois le seuil dépassé, le silence ne fait pas disparaître le droit — mais des délais de prescription s’appliquent pour réclamer une somme due. Agissez dès que le seuil est franchi plutôt que d’attendre encore.
Erreur 7 — Négliger de vérifier son admissibilité aux mesures spéciales. Certains programmes fédéraux temporaires (semaines supplémentaires, ajustements de délai de carence) évoluent régulièrement. Vérifiez votre dossier directement sur le portail de Service Canada plutôt que de vous fier à une information entendue de tiers.
Questions fréquentes
Une mise à pied doit-elle obligatoirement être annoncée par écrit?
La LNT exige un avis écrit lorsque la mise à pied équivaut à une cessation d’emploi (au-delà de 6 mois, ou sans date de rappel précise). Dans les faits, exiger systématiquement une confirmation écrite dès le départ protège vos droits, même pour une mise à pied annoncée comme courte.
Puis-je refuser un rappel au travail?
Un refus de rappel légitime (poste équivalent, horaire et conditions similaires) peut être considéré comme un départ volontaire par Service Canada, avec un impact sur votre admissibilité à l’assurance-emploi. Évaluez toute offre de rappel avec prudence avant de refuser.
Ai-je droit à une indemnité si je retrouve un emploi ailleurs pendant ma mise à pied?
Si vous démissionnez formellement de votre poste avant l’écoulement des 6 mois pour accepter un autre emploi, vous renoncez généralement au préavis qui n’aurait été dû qu’en cas de cessation d’emploi par l’employeur. Faites confirmer votre situation précise avant de démissionner si un doute subsiste.
La mise à pied affecte-t-elle mes vacances et mon ancienneté?
Non : le service continu se poursuit pendant une mise à pied de moins de 6 mois. Les années passées en attente de rappel comptent dans le calcul de l’ancienneté et, généralement, dans l’acquisition du droit aux vacances selon la loi.
Quelle est la différence entre le préavis de la LNT et l’indemnité de départ?
Le préavis de la LNT est un minimum légal obligatoire. Une « indemnité de départ » (ou de séparation) peut s’y ajouter volontairement de la part de l’employeur, ou découler d’une négociation, d’une convention collective ou d’un recours civil pour préavis raisonnable — elle dépasse alors le plancher légal.
Que faire si mon employeur ne respecte pas le préavis auquel j’ai droit?
Vous pouvez déposer une plainte auprès de la CNESST, qui administre l’application de la LNT. Des délais de prescription s’appliquent selon la nature de la réclamation — consultez rapidement le site de la CNESST ou un conseiller juridique pour connaître le délai précis applicable à votre dossier.
Une mise à pied pour manque de travail me pénalise-t-elle pour l’assurance-emploi?
Non. Contrairement à un départ volontaire ou à un congédiement pour faute grave, une mise à pied pour manque de travail (code A du relevé d’emploi) n’entraîne aucune pénalité ni exclusion sur votre admissibilité aux prestations régulières.
Les travailleurs saisonniers ont-ils les mêmes droits?
Les mises à pied saisonnières bien établies (industries à cycle annuel reconnu) bénéficient d’un traitement particulier et peuvent être exclues de certaines obligations d’avis. Le principe du préavis individuel selon l’ancienneté demeure toutefois pertinent — validez votre situation précise auprès de la CNESST.
Sources officielles
- CNESST — Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail
- Loi sur les normes du travail (LégisQuébec)
- Service Canada — Assurance-emploi, prestations régulières
- Éducaloi — Vulgarisation juridique du droit du travail au Québec
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Les règles applicables à une mise à pied peuvent varier selon votre contrat de travail, une convention collective ou une entente particulière avec votre employeur. Pour une situation complexe ou litigieuse, consultez la CNESST ou un avocat spécialisé en droit du travail. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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