Les actions privilégiées occupent une zone intermédiaire méconnue entre les obligations et les actions ordinaires — elles versent un dividende généralement fixe et prévisible comme une obligation, mais ce dividende peut être suspendu ou annulé sans que l’entreprise soit techniquement en défaut, un risque que les détenteurs d’obligations n’ont pas à assumer. Une action privilégiée représente une part de propriété dans une entreprise, mais avec des caractéristiques bien différentes des actions ordinaires : les détenteurs ont généralement priorité sur les actionnaires ordinaires pour recevoir leurs dividendes et pour le remboursement de capital en cas de liquidation, mais ils ne participent pas à la croissance des bénéfices de l’entreprise, contrairement aux actionnaires ordinaires. Au Canada, le type le plus répandu, représentant plus de 80 % du marché, est l’action privilégiée à taux rajusté (ou révisable) : son dividende demeure fixe pendant cinq ans, indexé à l’obligation du gouvernement du Canada à cinq ans, puis se rajuste à chaque date anniversaire. Les actions privilégiées perpétuelles, elles, versent un dividende fixe indéfiniment, sans jamais se rajuster — les rendant particulièrement sensibles aux variations de taux d’intérêt. Ce guide explique les différents types d’actions privilégiées, leur traitement fiscal avantageux, et les risques propres à cette classe d’actifs souvent mal comprise.
Entre les obligations, perçues comme sécuritaires mais peu excitantes, et les actions ordinaires, valorisées pour leur potentiel de croissance mais plus volatiles, les actions privilégiées occupent une place à part que beaucoup d’investisseurs individuels ne connaissent que superficiellement. Ce guide vous donne les bases pour comprendre cette classe d’actifs hybride avant d’envisager de l’intégrer à votre portefeuille.
Note : cet article a une visée éducative sur les principes des actions privilégiées et ne constitue pas une recommandation d’achat pour un titre ou un émetteur en particulier.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’une action privilégiée
- Les principaux types d’actions privilégiées
- Comment les dividendes sont imposés
- Les risques propres à cette classe d’actifs
- Le prix d’émission et le risque de rachat
- Comment investir en actions privilégiées
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une action privilégiée
Avant d’explorer les différents types disponibles, comprenons la nature hybride de cette classe d’actifs, à mi-chemin entre deux catégories de placement plus familières.
La définition. Une action privilégiée représente une part de propriété dans une entreprise, tout comme une action ordinaire, mais avec des caractéristiques distinctes qui la rapprochent davantage, à certains égards, d’une obligation.
La priorité de paiement. Les détenteurs d’actions privilégiées ont généralement priorité sur les actionnaires ordinaires pour recevoir leurs dividendes, ainsi qu’en cas de liquidation de l’entreprise pour le remboursement du capital. Cette priorité demeure toutefois subordonnée à celle des détenteurs d’obligations et des autres créanciers de l’entreprise, qui sont payés en premier.
L’absence de participation à la croissance. Contrairement aux actions ordinaires, les actions privilégiées ne participent pas à l’appréciation potentielle du cours lorsque les bénéfices de l’entreprise augmentent. Le dividende demeure généralement fixe, peu importe la performance future de l’entreprise au-delà du minimum requis pour honorer ce versement.
L’absence générale de droit de vote. Les détenteurs d’actions privilégiées n’ont généralement pas de droit de vote aux assemblées d’actionnaires, sauf dans certaines circonstances précises — par exemple, si l’entreprise a manqué plusieurs versements de dividendes consécutifs, un droit de vote temporaire peut être accordé aux détenteurs pour protéger leurs intérêts.
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Les principaux types d’actions privilégiées
Toutes les actions privilégiées ne fonctionnent pas de la même façon. Voici les catégories principales disponibles sur le marché canadien.
Les actions privilégiées à taux rajusté (ou révisable). C’est le type le plus répandu au Canada, représentant plus de 80 % du marché des actions privilégiées. Le taux de dividende demeure fixe pendant cinq ans, généralement établi par rapport au rendement de l’obligation du gouvernement du Canada à cinq ans. À chaque date de rajustement, tous les cinq ans, l’émetteur peut choisir de racheter les actions ou de prolonger la période à un nouveau taux rajusté. Les porteurs peuvent parfois convertir leurs actions à taux rajusté en actions à taux variable à ces mêmes dates.
Les actions privilégiées perpétuelles. Ces actions n’ont aucune date d’échéance et versent un dividende fixe pendant une période indéterminée, sans jamais se rajuster. Elles sont généralement rachetables au gré de l’émetteur, à des dates et des prix préétablis, mais pas au gré du détenteur. En raison de ce dividende fixe permanent, elles sont, parmi les principaux types, les plus sensibles aux variations de taux d’intérêt : quand les taux montent, leur prix chute plus fortement que celui des autres catégories.
Les actions privilégiées à taux variable. Le dividende de ces actions fluctue selon un taux d’intérêt de référence, généralement le taux préférentiel de la Banque du Canada ou le taux des bons du Trésor à trois mois, révisé trimestriellement. Les porteurs ne peuvent généralement pas faire racheter ces actions à leur gré.
Les actions privilégiées rachetables. Comme les perpétuelles, elles versent un dividende fixe pendant une période indéterminée. Elles se distinguent toutefois par le fait qu’elles sont rachetables non seulement au gré de l’émetteur, mais aussi au gré du détenteur, à une valeur nominale donnée et à des dates précises — une flexibilité additionnelle pour l’investisseur.
Comment les dividendes sont imposés
Voici l’un des avantages les plus significatifs des actions privilégiées canadiennes pour un investisseur détenant un compte non enregistré : leur traitement fiscal avantageux.
L’admissibilité au crédit d’impôt pour dividendes. Les dividendes versés par des actions privilégiées d’entreprises canadiennes sont généralement admissibles au même mécanisme de majoration et de crédit d’impôt que les dividendes d’actions ordinaires, généralement à titre de dividendes déterminés, offrant un traitement fiscal souvent plus avantageux qu’un revenu d’intérêt équivalent.
L’endroit optimal pour les détenir. Pour bénéficier pleinement de ce traitement fiscal avantageux, les actions privilégiées sont généralement mieux détenues dans un compte non enregistré, une fois vos comptes enregistrés (REER, CELI) déjà maximisés — puisque cet avantage fiscal spécifique ne s’applique pas à l’intérieur de ces comptes enregistrés.
Un changement récent à surveiller. Le budget fédéral de 2023 a proposé d’imposer les institutions financières sur les dividendes qu’elles reçoivent d’actions privilégiées canadiennes, des titres auparavant exonérés dans ce contexte précis. Ce changement a potentiellement réduit un avantage après impôt significatif pour certains détenteurs corporatifs, contribuant à une certaine évolution du marché des actions privilégiées ces dernières années. Cette mesure vise les institutions financières, pas les particuliers, mais elle témoigne de l’évolution possible des règles encadrant cette classe d’actifs.
Les risques propres à cette classe d’actifs
Malgré leur réputation de placement relativement stable, les actions privilégiées comportent des risques distincts qu’il est essentiel de comprendre avant d’investir.
Le risque de suspension du dividende. Contrairement aux obligations, où un défaut de paiement d’intérêt constitue un véritable défaut de l’émetteur, les dividendes d’actions privilégiées peuvent être reportés ou annulés par l’entreprise sans qu’elle soit techniquement en défaut. C’est une distinction cruciale : une entreprise en difficulté financière peut suspendre ses dividendes privilégiés bien avant d’être considérée en situation de défaut sur ses obligations.
La sensibilité aux variations de taux d’intérêt. Comme les obligations à longue échéance, les actions privilégiées (particulièrement les perpétuelles) sont sensibles aux mouvements de taux d’intérêt : une hausse des taux fait généralement baisser leur prix, un mécanisme similaire à celui observé pour les obligations à taux fixe.
Le plafonnement du potentiel de hausse. Puisque les actions privilégiées sont généralement rachetables à un prix précis par l’émetteur, leur potentiel d’appréciation demeure limité : contrairement à une action ordinaire qui peut théoriquement croître sans limite avec l’entreprise, une action privilégiée approche rarement un prix significativement supérieur à son prix de rachat prévu.
Le risque de crédit propre à chaque émetteur. Comme pour toute action ou obligation individuelle, la solidité financière de l’émetteur précis influence directement le risque associé à une action privilégiée donnée. Diversifier entre plusieurs émetteurs et secteurs réduit ce risque spécifique.
Le prix d’émission et le risque de rachat
Voici un piège fréquent chez les investisseurs qui découvrent les actions privilégiées sans en comprendre pleinement la mécanique de rachat.
Le prix d’émission standard. Les actions privilégiées sont généralement émises à 25 $ par action au Canada, un prix qui sert aussi de référence pour un éventuel rachat par l’émetteur.
Le risque d’acheter au-dessus du prix de rachat. Si vous achetez une action privilégiée sur le marché secondaire à un prix supérieur à 25 $ (parce que son dividende est attrayant comparativement aux taux actuels, par exemple), et que l’émetteur exerce son droit de rachat à 25 $, vous subiriez une perte en capital sur la différence, même si vous avez encaissé des dividendes intéressants entre-temps.
La bonne pratique. Une règle de prudence courante consiste à privilégier l’achat d’actions privilégiées à un prix inférieur ou égal à leur valeur de rachat prévue (généralement 25 $), réduisant ainsi le risque de subir une perte en capital si l’émetteur décide de racheter les actions à ce prix de référence.
L’idée à intégrer : avant d’acheter une action privilégiée, vérifiez toujours son prix de rachat prévu et comparez-le au prix que vous vous apprêtez à payer sur le marché secondaire. Un dividende attrayant sur papier peut masquer un risque de perte en capital bien réel si vous payez une prime importante par rapport au prix de rachat, et que l’émetteur exerce effectivement cette option à la première occasion. Ce réflexe simple, souvent négligé par les investisseurs qui se concentrent uniquement sur le rendement en dividende affiché, peut faire une différence significative dans votre rendement total réel.
Comment investir en actions privilégiées
Voici les approches disponibles pour intégrer cette classe d’actifs à votre portefeuille, selon votre niveau de sophistication.
Les titres individuels. Vous pouvez acheter des actions privilégiées individuelles via n’importe quel courtier en ligne, comme n’importe quelle autre action. Cette approche exige toutefois une analyse plus poussée de chaque émetteur, incluant sa solidité financière et les conditions précises de rachat applicables à chaque émission.
Les FNB d’actions privilégiées. Pour la plupart des investisseurs, un FNB regroupant un panier diversifié d’actions privilégiées de multiples émetteurs offre une façon plus simple d’accéder à cette classe d’actifs, réduisant le risque spécifique à un seul émetteur tout en profitant de la diversification.
L’avantage de la diversification pour cette classe d’actifs en particulier. Compte tenu de la complexité des différents types d’actions privilégiées (perpétuelles, à taux rajusté, à taux variable, rachetables) et du risque de rachat propre à chaque émission, la diversification via un fonds regroupant plusieurs titres peut réduire considérablement les fluctuations et le risque spécifique comparativement à la détention de quelques titres individuels seulement.
Le rôle des actions privilégiées dans un portefeuille global. Cette classe d’actifs peut jouer un rôle de revenu complémentaire dans un portefeuille diversifié, se situant généralement entre les obligations et les actions ordinaires en matière de risque et de potentiel de rendement, selon la répartition d’actifs globale que vous visez.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Confondre les actions privilégiées avec des obligations parfaitement sécuritaires. Contrairement aux obligations, le dividende d’une action privilégiée peut être suspendu sans que l’entreprise soit en défaut. Ne présumez jamais d’une sécurité équivalente à celle d’une obligation.
Erreur 2 — Acheter à un prix significativement supérieur au prix de rachat prévu. Ce piège expose à une perte en capital si l’émetteur exerce son droit de rachat à un prix inférieur à ce que vous avez payé, même si vous avez encaissé des dividendes intéressants entre-temps.
Erreur 3 — Ne pas distinguer les différents types d’actions privilégiées. Perpétuelles, à taux rajusté, à taux variable et rachetables ont des comportements très différents face aux variations de taux d’intérêt. Vérifiez toujours le type précis avant d’investir.
Erreur 4 — Détenir des actions privilégiées principalement dans un compte enregistré. L’avantage fiscal du crédit d’impôt pour dividendes ne s’applique pas à l’intérieur d’un REER ou d’un CELI. Un compte non enregistré permet généralement de tirer pleinement parti de ce traitement fiscal avantageux.
Erreur 5 — Se concentrer sur un seul émetteur sans diversification. Comme pour toute action individuelle, le risque de crédit propre à un émetteur précis peut être significatif. Un FNB regroupant plusieurs émetteurs réduit ce risque spécifique.
Erreur 6 — Ignorer la sensibilité aux taux d’intérêt, particulièrement pour les actions perpétuelles. Les actions privilégiées perpétuelles sont parmi les plus sensibles aux mouvements de taux. Tenez compte de vos attentes en matière de taux d’intérêt avant de privilégier ce type précis.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une action privilégiée exactement ?
C’est une part de propriété dans une entreprise qui offre des caractéristiques hybrides entre une obligation et une action ordinaire : un dividende généralement fixe et une priorité de paiement sur les actionnaires ordinaires, mais sans participation à la croissance des bénéfices de l’entreprise, et sans les mêmes protections légales qu’une obligation en cas de non-paiement.
Quelle est la différence entre une action privilégiée perpétuelle et une action à taux rajusté ?
Une action perpétuelle verse un dividende fixe indéfiniment, sans jamais se rajuster, ce qui la rend particulièrement sensible aux variations de taux d’intérêt. Une action à taux rajusté (le type le plus répandu au Canada) a un dividende fixe pendant cinq ans, indexé à l’obligation du gouvernement du Canada à cinq ans, puis rajusté à chaque date anniversaire.
Les dividendes d’actions privilégiées sont-ils imposés différemment des dividendes d’actions ordinaires ?
Généralement non : les dividendes d’actions privilégiées canadiennes sont habituellement admissibles au même mécanisme de majoration et de crédit d’impôt pour dividendes que les actions ordinaires, offrant un traitement fiscal avantageux, particulièrement intéressant dans un compte non enregistré.
Pourquoi le prix d’achat par rapport au prix de rachat est-il important ?
Les actions privilégiées sont généralement rachetables par l’émetteur à un prix précis, souvent 25 $. Si vous achetez à un prix supérieur à ce montant, vous risquez une perte en capital si l’émetteur exerce son option de rachat, même après avoir encaissé des dividendes intéressants.
Le dividende d’une action privilégiée peut-il être suspendu ?
Oui. Contrairement aux paiements d’intérêt d’une obligation, dont l’omission constitue un véritable défaut de l’émetteur, les dividendes d’actions privilégiées peuvent être reportés ou annulés par l’entreprise sans qu’elle soit techniquement en défaut, un risque important à comprendre avant d’investir.
Devrais-je acheter des actions privilégiées individuelles ou un FNB ?
Pour la plupart des investisseurs, un FNB regroupant un panier diversifié d’actions privilégiées offre une façon plus simple et moins risquée d’accéder à cette classe d’actifs, réduisant le risque spécifique à un seul émetteur, comparativement à la sélection individuelle de titres qui exige une analyse plus poussée.
Les actions privilégiées conviennent-elles à tous les investisseurs ?
Pas nécessairement. Elles conviennent généralement aux investisseurs qui privilégient un revenu stable et prévisible, tout en étant à l’aise avec le risque lié aux taux d’intérêt et la possibilité qu’un dividende soit suspendu sans préavis formel de défaut. Elles jouent souvent un rôle complémentaire, entre les obligations et les actions ordinaires, dans un portefeuille diversifié.
Sources officielles
- Investissements — Autorité des marchés financiers
- Ligne 12000 — Revenus de dividendes de sociétés canadiennes — Agence du revenu du Canada
- Épargne et placements — Agence de la consommation en matière financière du Canada
- Investissements — Autorité des marchés financiers
Cet article a une visée informative et éducative et ne constitue pas un conseil en placement personnalisé, ni une recommandation d’achat pour un titre ou un émetteur en particulier. Les actions privilégiées comportent des risques, incluant la possibilité de suspension de dividende et de perte de capital. Pour une stratégie de placement adaptée à votre situation, consultez un conseiller en placement. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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