Combien faut-il d’argent pour prendre sa retraite au Canada

Le montant dont vous avez besoin pour prendre votre retraite au Canada dépend de trois facteurs : votre revenu de remplacement cible (généralement 70 % de votre revenu préretraite), vos sources de revenus garantis (RRQ/RPC + PSV), et le nombre d’années de retraite à financer. Pour un Québécois gagnant 75 000 $ qui vise un revenu de retraite de 52 500 $/an, le RRQ et la PSV fournissent environ 26 000 $. L’écart de 26 500 $/an doit venir de l’épargne personnelle. Avec la règle du 4 %, combler cet écart exige un capital accumulé d’environ 662 000 $. Pour un revenu de 100 000 $, le capital nécessaire grimpe à environ 1 095 000 $. Ces chiffres sont atteignables avec 25-40 ans d’épargne régulière — mais chaque année d’attente rend l’objectif plus difficile.

« Combien me faut-il pour la retraite ? » est probablement la question financière que les Canadiens se posent le plus — et celle à laquelle ils ont le plus de mal à répondre. Le chiffre d’un million de dollars circule souvent comme un objectif « standard », mais la réalité est que votre chiffre peut être de 400 000 $ ou de 1,5 million — selon votre revenu, votre style de vie, vos sources de revenus garantis, et vos dettes.

Ce guide vous donne les outils de calcul concrets pour déterminer votre propre objectif de retraite — pas un chiffre générique, mais un montant personnalisé basé sur votre situation. Pour la stratégie complète de planification (piliers de revenus, décaissement, optimisation fiscale), consultez notre guide complet de planification de retraite.

Sommaire

La méthode de calcul en 4 étapes

Étape Ce que vous calculez Exemple (revenu 75 000 $)
1. Revenu de remplacement cible Revenu brut × 70 % 75 000 $ × 70 % = 52 500 $/an
2. Revenus garantis (RRQ + PSV) Rente RRQ estimée + PSV estimée RRQ ~16 500 $ + PSV ~8 900 $ = ~25 400 $/an
3. Écart à combler Cible – revenus garantis 52 500 $ – 25 400 $ = ~27 100 $/an
4. Capital nécessaire (règle du 4 %) Écart annuel ÷ 4 % (ou × 25) 27 100 $ × 25 = ~677 000 $

C’est aussi simple que ça. Les trois premières étapes déterminent combien votre épargne doit fournir chaque année. La quatrième étape (règle du 4 %) traduit ce besoin annuel en capital total nécessaire. Voyons chaque étape en détail.

La règle du 4 % : combien retirer par année

La règle du 4 % est le pilier de la planification de retraite. Elle est basée sur l’étude Trinity (1998, mise à jour régulièrement) qui a analysé les rendements historiques du marché sur des périodes de 30 ans et conclu qu’un retraité qui retire 4 % de son capital la première année, puis ajuste ce montant à l’inflation chaque année, a une probabilité d’environ 95 % de ne pas épuiser son capital en 30 ans.

En pratique : si vous avez 700 000 $ au moment de la retraite, vous pouvez retirer 28 000 $ la première année (4 %), puis 28 840 $ l’année suivante (ajusté pour 3 % d’inflation), etc. Votre capital continue de générer des rendements pendant que vous retirez — il ne descend pas linéairement.

La version simplifiée : divisez votre écart annuel par 4 % (ou multipliez par 25) pour obtenir le capital nécessaire. Si vous avez besoin de 30 000 $/an de votre épargne, il vous faut 30 000 $ × 25 = 750 000 $. C’est votre « nombre de retraite ».

Les limites de la règle : elle est basée sur des données historiques américaines, un portefeuille 50/50 actions/obligations, et une retraite de 30 ans. Si vous prévoyez une retraite plus longue (retraite à 55 ans, espérance de vie de 90+ ans = 35+ ans), un taux de retrait de 3,5 % est plus prudent. Si vous avez des revenus garantis importants (pension d’employeur + RRQ + PSV), un taux de 4,5 % peut être acceptable parce que votre dépendance au portefeuille est moindre.

Combien vous faut-il selon votre revenu

Voici le calcul complet pour 5 niveaux de revenu, en supposant une retraite à 65 ans avec le RRQ et la PSV.

Revenu brut préretraite Cible retraite (70 %) RRQ estimé PSV estimée Écart annuel Capital nécessaire (règle 4 %)
40 000 $ 28 000 $ ~9 500 $ ~8 900 $ ~9 600 $ ~240 000 $
60 000 $ 42 000 $ ~13 000 $ ~8 900 $ ~20 100 $ ~503 000 $
75 000 $ 52 500 $ ~16 500 $ ~8 900 $ ~27 100 $ ~677 000 $
100 000 $ 70 000 $ ~17 300 $ ~8 900 $ ~43 800 $ ~1 095 000 $
125 000 $ 87 500 $ ~17 300 $ ~6 500 $ (récup. partielle) ~63 700 $ ~1 593 000 $

Les observations clés :

  • À 40 000 $ de revenu, le RRQ + PSV couvrent environ 66 % de l’objectif. Le capital nécessaire est modeste (~240 000 $) mais il faut quand même épargner
  • À 100 000 $+, le RRQ + PSV ne couvrent que 37 % de l’objectif — et la PSV commence à être récupérée. L’épargne personnelle doit combler un écart de plus en plus grand
  • La ligne des 100 000 $ est le seuil où le « million » devient réel — et où un régime de pension d’employeur fait une différence considérable

Si vous avez une pension d’employeur (régime à prestations déterminées ou cotisations déterminées), ajoutez-la à vos revenus garantis (étape 2). Une pension de 25 000 $/an réduit votre écart de 25 000 $ — et votre capital nécessaire de 625 000 $. C’est pourquoi les employés du secteur public avec un bon régime de pension ont des besoins d’épargne personnelle significativement plus bas.

Combien épargner par mois pour y arriver

Maintenant que vous connaissez votre « nombre de retraite », voici combien vous devez épargner chaque mois pour l’atteindre, selon votre âge de départ et un rendement annuel de 6 %.

Objectif de capital Début à 25 ans (40 ans d’épargne) Début à 30 ans (35 ans) Début à 35 ans (30 ans) Début à 40 ans (25 ans) Début à 45 ans (20 ans)
250 000 $ ~130 $/mois ~175 $/mois ~250 $/mois ~360 $/mois ~540 $/mois
500 000 $ ~260 $/mois ~350 $/mois ~500 $/mois ~720 $/mois ~1 080 $/mois
750 000 $ ~385 $/mois ~525 $/mois ~745 $/mois ~1 085 $/mois ~1 620 $/mois
1 000 000 $ ~515 $/mois ~700 $/mois ~995 $/mois ~1 445 $/mois ~2 160 $/mois
1 500 000 $ ~770 $/mois ~1 050 $/mois ~1 490 $/mois ~2 165 $/mois ~3 240 $/mois

Le message le plus important de ce tableau : la colonne « 25 ans » vs la colonne « 45 ans ». Pour accumuler 1 000 000 $, commencer à 25 ans coûte 515 $/mois. Commencer à 45 ans coûte 2 160 $/mois — plus de 4 fois plus. Les 20 ans de différence sont comblés par la croissance composée, pas par votre effort d’épargne. Le temps est votre actif le plus puissant — et le seul que vous ne pouvez pas rattraper.

Les facteurs qui changent le calcul

Le calcul de la section 3 est un point de départ — plusieurs facteurs peuvent augmenter ou diminuer votre objectif réel.

Facteurs qui réduisent le capital nécessaire :

  • Pension d’employeur — chaque dollar de pension annuelle réduit votre capital nécessaire de 25 $ (règle du 4 %)
  • Hypothèque remboursée — si votre maison est payée avant la retraite, vos dépenses mensuelles sont significativement plus basses (pas de loyer ni de paiement hypothécaire). Un objectif de 60 % au lieu de 70 % peut être suffisant
  • Style de vie plus modeste à la retraite — beaucoup de retraités dépensent naturellement moins (pas de déplacements travail, pas de vêtements professionnels, moins de sorties)
  • Report du RRQ à 70 ans — la rente bonifiée de 42 % réduit significativement l’écart que votre épargne doit combler. Consultez notre guide de planification de retraite pour la stratégie de décaissement
  • Revenus à la retraite — travail à temps partiel, revenus locatifs, royautés, dividendes d’une entreprise

Facteurs qui augmentent le capital nécessaire :

  • Retraite anticipée — prendre sa retraite à 55 ans au lieu de 65 ans ajoute 10 ans de décaissement + 10 ans sans RRQ/PSV. Le capital nécessaire peut doubler
  • Soins de santé à long terme — les soins de longue durée (résidence pour aînés, soins à domicile) coûtent 3 000 $ à 8 000 $/mois au Québec. Même avec la contribution gouvernementale, les coûts sont significatifs
  • Inflation élevée — une inflation de 3 % au lieu de 2 % réduit votre pouvoir d’achat plus rapidement et nécessite des retraits plus élevés
  • Revenus élevés (100 000 $+) — la récupération de la PSV réduit vos revenus garantis et augmente l’écart
  • Dettes non remboursées — arriver à la retraite avec une hypothèque, un prêt auto, ou des dettes de cartes de crédit augmente considérablement vos besoins

Les erreurs à éviter

Erreur 1 — Viser un chiffre arbitraire (« 1 million ») sans calculer. Le « million » est un chiffre rond rassurant, mais il peut être trop élevé pour certains (revenu modeste, bonne pension) ou largement insuffisant pour d’autres (revenu élevé, retraite anticipée, pas de pension). Faites le calcul en 4 étapes de la section 1 avec vos chiffres.

Erreur 2 — Oublier l’inflation dans le calcul. Un capital de 700 000 $ qui semble confortable aujourd’hui n’aura le pouvoir d’achat que de ~475 000 $ dans 20 ans (à 2 % d’inflation). La règle du 4 % intègre l’inflation dans ses hypothèses, mais si vous planifiez avec des montants nominaux sans ajustement, vous sous-estimerez vos besoins.

Erreur 3 — Compter sur un rendement irréaliste. Le tableau de la section 4 utilise 6 % de rendement annuel — réaliste pour un portefeuille diversifié sur le long terme. Si vous planifiez avec 10 % de rendement « parce que les actions ont fait ça récemment », vous sous-estimerez l’épargne nécessaire. Planifiez avec 5-6 % pour être prudent.

Erreur 4 — Ignorer les impôts au retrait. Les retraits du REER/FERR sont imposés comme un revenu. Si votre plan prévoit des retraits de 40 000 $/an du REER, vous ne recevez qu’environ 30 000-34 000 $ après impôt (selon votre palier). Les retraits du CELI, eux, sont libres d’impôt. La composition de vos sources (REER vs CELI) change significativement le montant net que vous recevez.

Erreur 5 — Reporter l’épargne « au moment où je gagnerai plus ». Le tableau de la section 4 montre clairement que chaque décennie d’attente multiplie l’effort requis. Commencer à 25 ans avec 500 $/mois est moins contraignant que commencer à 45 ans avec 2 000 $/mois — pour le même résultat. Consultez notre article sur l’automatisation de l’épargne.

Erreur 6 — Ne pas vérifier son relevé de participation RRQ. Votre rente RRQ estimée sur retraitequebec.gouv.qc.ca est basée sur votre historique réel de cotisations. Si votre rente estimée est de 900 $/mois au lieu du maximum de 1 441 $, l’écart à combler est plus grand que ce que les calculs « standard » suggèrent.

Erreur 7 — Planifier seul(e) quand on est en couple. La retraite d’un couple se planifie ensemble : quand chacun prend le RRQ, comment fractionner les revenus de pension (pour réduire l’impôt total), quel conjoint décaisse en premier, comment coordonner la PSV. Un plan de retraite conjoint peut économiser des dizaines de milliers de dollars d’impôt par rapport à deux plans individuels.

Questions fréquentes

La règle du 4 % est-elle encore valide en 2026 ?

Oui, avec des nuances. Les recherches récentes suggèrent que 3,5 à 4 % reste un taux de retrait prudent pour une retraite de 30 ans. Pour une retraite plus longue (35+ ans, si vous prenez votre retraite avant 60 ans), un taux de 3,3-3,5 % est plus sûr. L’important est de rester flexible : si le marché baisse fortement la première année de votre retraite, réduire temporairement vos retraits protège votre capital à long terme.

Dois-je viser 70 % ou est-ce trop / pas assez ?

Le 70 % est une règle de départ raisonnable pour la majorité. Certaines personnes vivent confortablement avec 50-60 % (hypothèque remboursée, peu de dépenses) ; d’autres ont besoin de 80 %+ (hypothèque encore en cours, soins de santé, voyages fréquents). La meilleure approche : estimez vos dépenses réelles de retraite poste par poste (logement, alimentation, transport, santé, loisirs) plutôt que d’utiliser un pourcentage aveugle.

Est-ce que 500 000 $ suffisent pour la retraite ?

Pour quelqu’un gagnant 40 000-50 000 $ avec le RRQ maximum et la PSV complète, 500 000 $ fournissent environ 20 000 $/an de revenus supplémentaires — ce qui, combiné au RRQ + PSV, donne environ 46 000-47 000 $/an. C’est suffisant pour un style de vie modeste. Pour un revenu de 80 000 $+, 500 000 $ est insuffisant.

Que faire si je suis en retard sur mon objectif ?

Trois leviers : (1) augmenter votre épargne (même 100 $/mois de plus fait une différence significative sur 15-20 ans), (2) reporter la retraite de quelques années (chaque année de plus = 1 an d’épargne supplémentaire + 1 an de rendement + 1 an de moins de décaissement + RRQ/PSV bonifiés), (3) réduire vos dépenses prévues de retraite (hypothèque remboursée, downsizing, style de vie plus sobre). Consultez notre article sur combien épargner par mois.

Les rendements sont-ils garantis ?

Non. Le rendement de 6 % utilisé dans les calculs est une moyenne historique des marchés diversifiés sur le long terme (30+ ans). Les rendements annuels individuels fluctuent — certaines années +20 %, d’autres -15 %. C’est pourquoi l’horizon long (20-40 ans) est crucial : il lisse les fluctuations. Si vous avez moins de 10 ans avant la retraite, vos projections doivent être plus conservatrices (4-5 %).

Ai-je besoin d’un planificateur financier ?

Pour les calculs de base (ce guide), vous pouvez le faire vous-même. Pour une stratégie optimisée (ordre de décaissement REER vs CELI, timing du RRQ, fractionnement de pension, gestion de la récupération PSV, planification fiscale), un planificateur financier est un excellent investissement — surtout à partir de 50 ans. Un bon plan de retraite personnalisé peut économiser 50 000 à 100 000 $ d’impôt sur une retraite de 25 ans.

Les couples ont-ils besoin du double ?

Pas nécessairement le double, parce que les dépenses d’un couple ne sont pas le double de celles d’une personne seule (un seul logement, une seule voiture parfois, épicerie proportionnellement moins chère). Cependant, les deux conjoints ont besoin de revenus de retraite adéquats. La bonne approche est de calculer les dépenses du ménage (pas de chaque individu) et de déduire les revenus garantis des deux conjoints (2 × RRQ + 2 × PSV). L’écart restant est le montant que l’épargne combinée doit couvrir.

Sources officielles


Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Les montants estimés sont basés sur des hypothèses de rendement historique (6 %) et d’inflation (2-3 %) qui ne sont pas garantis. Votre situation personnelle (revenu, dettes, pension, santé, objectifs) nécessite un plan adapté. Consultez un planificateur financier pour une projection personnalisée. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.