Quand un sinistre survient (dégât d’eau, incendie, vol, accident auto, bris), la première chose à faire est de protéger les personnes et limiter les dommages, puis de contacter votre assureur dans les plus brefs délais — idéalement dans les 24 à 48 heures. Vous devrez décrire ce qui s’est passé, documenter les dommages (photos, vidéos), conserver les biens endommagés pour l’expertise, et rassembler les documents pertinents (police d’assurance, factures, reçus). Votre assureur ouvrira un dossier de réclamation et, selon la complexité, enverra un expert en sinistre pour évaluer les dommages. L’indemnisation dépend de vos couvertures, de votre franchise, et de la valeur des biens — c’est pourquoi il est essentiel de bien connaître votre police avant qu’un sinistre ne survienne.
Un sinistre est toujours un événement stressant — que ce soit un dégât d’eau dans votre sous-sol à 2 heures du matin, un vol pendant vos vacances, ou un accrochage sur l’autoroute. Dans ces moments, la dernière chose que vous voulez, c’est de perdre du temps à chercher comment faire une réclamation ou quels documents préparer.
Ce guide vous donne la procédure complète étape par étape pour déclarer un sinistre à votre assureur au Canada, que ce soit en assurance habitation, auto, ou autre. Vous saurez exactement quoi faire, dans quel ordre, dans quel délai, et comment maximiser vos chances d’obtenir une indemnisation rapide et complète. Toutes les informations sont vérifiées auprès de l’AMF, de la ChAD, et du Bureau d’assurance du Canada (BAC).
Sommaire
- Les premières actions (dans les minutes suivant le sinistre)
- Contacter votre assureur
- Documenter les dommages
- La procédure selon le type de sinistre
- Les documents à rassembler
- L’expert en sinistre et l’évaluation
- L’indemnisation : comment elle fonctionne
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Les premières actions (dans les minutes suivant le sinistre)
Avant de penser à l’assurance, occupez-vous de l’essentiel.
1. Assurez la sécurité des personnes. Si des blessures sont en cause, appelez le 911 immédiatement. Évacuez le bâtiment en cas d’incendie, de fuite de gaz, ou de risque structurel. La sécurité des personnes passe toujours avant les biens matériels.
2. Limitez les dommages (si c’est sécuritaire). Votre police d’assurance vous oblige à prendre des mesures raisonnables pour limiter les dégâts. Par exemple : fermer l’eau en cas de dégât d’eau, couvrir une ouverture causée par un arbre tombé, sécuriser les lieux après un vol. Vous n’êtes pas tenu de faire des réparations complètes — juste de prévenir l’aggravation des dommages.
3. Appelez les services d’urgence si nécessaire. Police (vol, vandalisme), pompiers (incendie), ou services municipaux (arbre sur la route, refoulement d’égout). Obtenez un numéro de rapport des services d’urgence — votre assureur en aura besoin.
4. Ne jetez rien. Conservez les biens endommagés — même s’ils sont irrécupérables. L’expert en sinistre devra les voir ou les photographier pour évaluer les dommages. Ne commencez pas le nettoyage complet avant d’avoir parlé à votre assureur (sauf les mesures d’urgence pour limiter les dommages).
Contacter votre assureur
Appelez votre assureur le plus rapidement possible — idéalement dans les 24 heures suivant le sinistre. La plupart des assureurs ont une ligne de réclamations ouverte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Ce que vous devrez fournir lors de l’appel :
- Votre numéro de police d’assurance
- La date et l’heure du sinistre
- Une description de ce qui s’est passé (soyez factuel — décrivez ce que vous avez vu, pas ce que vous pensez qu’il s’est passé)
- L’étendue approximative des dommages
- Les mesures que vous avez prises pour limiter les dégâts
- Le numéro de rapport de police (si applicable)
- Vos coordonnées (téléphone, courriel) pour le suivi
L’assureur vous donnera : un numéro de réclamation (conservez-le précieusement — c’est votre référence pour tout le dossier), les prochaines étapes, et possiblement une autorisation pour des mesures d’urgence (ex. : appeler un plombier d’urgence, réserver un hôtel si votre maison est inhabitable).
Si vous passez par un courtier : vous pouvez contacter votre courtier en assurance au lieu de l’assureur directement. Le courtier peut gérer la déclaration pour vous et coordonner les étapes avec l’assureur — c’est l’un des avantages d’avoir un courtier.
Documenter les dommages
La documentation est cruciale pour une indemnisation rapide et complète. Plus vos preuves sont détaillées, plus le processus sera fluide.
Photos et vidéos. Prenez des photos et vidéos de tous les dommages avant de commencer le nettoyage ou les réparations. Photographiez sous plusieurs angles, incluez des vues d’ensemble et des gros plans. Filmez en balayant lentement les zones endommagées. Assurez-vous que la date et l’heure sont visibles dans les métadonnées (automatique sur la plupart des téléphones).
Liste des biens endommagés. Faites une liste aussi complète que possible de tous les biens perdus ou endommagés, incluant une description, la date d’achat approximative, et le prix payé (si vous vous en souvenez). Les factures et reçus originaux sont idéaux, mais pas obligatoires — l’assureur peut accepter des estimations raisonnables.
Conservez les reçus de dépenses d’urgence. Si vous devez payer pour des mesures d’urgence (plombier, bâche, hôtel, nourriture si votre cuisine est inutilisable), conservez tous les reçus. Ces frais sont généralement remboursables par votre assureur sous la couverture « frais de subsistance supplémentaires ».
La procédure selon le type de sinistre
| Type de sinistre | Actions spécifiques | Documents particuliers |
|---|---|---|
| Dégât d’eau | Fermer l’arrivée d’eau si possible, éponger ou pomper l’eau stagnante, ventiler, ne pas utiliser les appareils électriques dans la zone inondée | Photos avant/après nettoyage, factures de plombier d’urgence, estimation des réparations |
| Incendie | Évacuer, appeler les pompiers, ne pas réintégrer avant autorisation, ne rien toucher à la scène (pour l’enquête) | Rapport des pompiers, liste des biens détruits, photos si l’accès est autorisé |
| Vol / Vandalisme | Appeler la police, ne rien toucher avant leur passage, sécuriser les ouvertures (vitre brisée, serrure forcée) | Rapport de police (numéro de dossier), liste des biens volés avec descriptions et valeurs, photos des dommages |
| Accident auto | Appeler le 911 si blessures, remplir un constat amiable sur place, échanger les informations avec l’autre conducteur, prendre des photos des véhicules et de la scène | Constat amiable signé, photos, rapport de police si applicable, informations de l’autre conducteur (nom, assureur, numéro de police) |
Le constat amiable (accident auto) : gardez-en toujours un exemplaire dans votre boîte à gants. Le constat amiable est le document de référence pour votre réclamation et pour déterminer la responsabilité. Remplissez-le sur les lieux de l’accident avec l’autre conducteur — chacun remplit sa colonne. Ne reconnaissez jamais votre responsabilité sur le constat — c’est à l’assureur de déterminer la faute. Consultez notre guide de l’assurance auto au Québec.
Les documents à rassembler
| Document | Pourquoi c’est nécessaire | Où le trouver |
|---|---|---|
| Votre police d’assurance | Pour connaître vos couvertures, votre franchise, et vos limites | Votre espace client en ligne, votre courtier, ou l’émetteur |
| Photos et vidéos des dommages | Preuve visuelle de l’étendue des dégâts | Votre téléphone — prenez-les le plus tôt possible |
| Liste des biens endommagés/volés | Pour calculer l’indemnisation | Rédigez-la de mémoire, avec factures si disponibles |
| Factures et reçus des biens | Prouvent la valeur des biens | Vos archives papier ou numériques, courriels de commande |
| Rapport de police ou des pompiers | Preuve officielle de l’événement | Demandez le numéro de dossier lors de l’intervention |
| Constat amiable (accident auto) | Document de base pour la réclamation auto | Rempli sur place lors de l’accident |
| Reçus des dépenses d’urgence | Pour le remboursement des frais de subsistance et de protection d’urgence | Conservez tout (plombier, hôtel, repas, bâche, etc.) |
| Devis de réparation | Estimation du coût des réparations par des entrepreneurs | Demandez 2-3 soumissions — votre assureur peut aussi en fournir |
Conseil préventif : avant qu’un sinistre ne survienne, faites un inventaire de vos biens avec photos ou vidéo (pièce par pièce), et conservez-le hors de votre domicile (infonuagique, courriel à vous-même). En cas de sinistre majeur (incendie, inondation), cet inventaire sera votre document le plus précieux pour la réclamation.
L’expert en sinistre et l’évaluation
Pour les réclamations importantes, votre assureur enverra un expert en sinistre (aussi appelé « rajusteur ») pour évaluer les dommages sur place.
Le rôle de l’expert : il documente les dommages, détermine la cause du sinistre, évalue le coût des réparations ou du remplacement, et vérifie que le sinistre est couvert par votre police. L’expert travaille pour l’assureur — pas pour vous. Son rapport influencera directement le montant de votre indemnisation.
Vos droits pendant l’expertise :
- Vous pouvez être présent lors de l’inspection — c’est fortement recommandé
- Vous pouvez poser des questions sur le processus et les délais
- Vous pouvez contester l’évaluation si vous la trouvez insuffisante
- Vous avez le droit d’engager votre propre expert en sinistre indépendant (à vos frais) pour contrer l’évaluation de l’assureur
L’expert en sinistre public (indépendant) : si vous êtes en désaccord avec l’évaluation de l’assureur, vous pouvez engager un expert en sinistre qui travaille pour vous (pas pour l’assureur). Cet expert défend vos intérêts et négocie avec l’assureur en votre nom. Les experts indépendants facturent généralement un pourcentage de l’indemnisation (10-15 %) ou des honoraires fixes. Au Québec, les experts en sinistre sont encadrés par la ChAD.
L’indemnisation : comment elle fonctionne
Le montant de votre indemnisation dépend de votre police, de votre franchise, et du type de couverture.
La franchise : c’est le montant que vous payez de votre poche avant que l’assureur ne commence à indemniser. Si votre franchise est de 500 $ et que les dommages sont évalués à 3 000 $, vous recevez 2 500 $. Consultez notre article sur la franchise d’assurance : comment bien la choisir.
Valeur à neuf vs valeur dépréciée :
- Valeur à neuf (remplacement) — l’assureur rembourse le coût de remplacement du bien par un bien neuf équivalent, sans déduction pour la dépréciation. C’est la couverture la plus avantageuse
- Valeur réelle (dépréciée) — l’assureur rembourse la valeur actuelle du bien, en tenant compte de l’usure et de l’âge. Un téléviseur de 5 ans acheté 1 000 $ pourrait n’être indemnisé que 300-400 $
Vérifiez votre police : la distinction entre valeur à neuf et valeur réelle peut faire une différence de milliers de dollars sur votre indemnisation. Si votre police est en valeur dépréciée, envisagez de passer à la valeur à neuf lors de votre prochain renouvellement. Consultez notre guide de l’assurance habitation.
Le délai d’indemnisation : il n’y a pas de délai légal fixe, mais la plupart des réclamations simples sont réglées en 2 à 6 semaines. Les sinistres complexes (incendie majeur, responsabilité contestée) peuvent prendre plusieurs mois. Votre assureur doit vous tenir informé de l’avancement du dossier.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Attendre trop longtemps pour déclarer. Déclarez dans les 24-48 heures. Un retard peut compliquer le dossier (les dommages évoluent, les preuves disparaissent) et, dans les cas extrêmes, donner à l’assureur un motif de refus. Votre police exige une déclaration « dans les meilleurs délais ».
Erreur 2 — Jeter les biens endommagés avant l’expertise. L’expert a besoin de voir ou de photographier les biens endommagés pour évaluer les dommages. Si vous jetez tout avant l’expertise, l’assureur pourrait réduire votre indemnisation parce qu’il ne peut pas vérifier l’étendue des dégâts.
Erreur 3 — Commencer les réparations complètes avant l’accord de l’assureur. Effectuez les mesures d’urgence (limiter les dégâts), mais n’engagez pas de réparations majeures sans l’accord de votre assureur. Si vous faites réparer avant l’expertise, l’assureur ne pourra pas évaluer les dommages originaux et pourrait contester le montant.
Erreur 4 — Reconnaître sa responsabilité sur les lieux (accident auto). Ne dites jamais « c’est ma faute » sur les lieux d’un accident. La détermination de la responsabilité est le travail de l’assureur et, si nécessaire, du tribunal. Sur le constat amiable, décrivez factuellement ce qui s’est passé sans admettre la faute.
Erreur 5 — Ne pas connaître sa police avant le sinistre. Beaucoup de gens découvrent leurs couvertures (et leurs exclusions) après un sinistre — souvent avec de mauvaises surprises. Relisez votre police au moins une fois par an, et vérifiez que vos couvertures correspondent à votre situation actuelle.
Erreur 6 — Exagérer ou falsifier une réclamation. C’est une fraude passible de poursuites criminelles et de l’annulation de votre police. Les assureurs ont des équipes d’enquête spécialisées et vérifient systématiquement les réclamations suspectes. Déclarez honnêtement et fournissez des preuves exactes.
Erreur 7 — Accepter la première offre sans la comprendre. L’offre initiale de l’assureur n’est pas nécessairement son offre finale. Si vous estimez que l’indemnisation est insuffisante, vous avez le droit de négocier, de demander des explications détaillées, ou d’engager un expert indépendant. Ne signez pas une quittance définitive avant d’être satisfait du règlement.
Questions fréquentes
Dans quel délai dois-je déclarer un sinistre ?
Le plus rapidement possible — idéalement dans les 24 à 48 heures. Votre police exige une déclaration « sans délai » ou « dans les meilleurs délais ». Un retard injustifié peut compliquer votre dossier. En cas de vol, déposez aussi un rapport de police le plus tôt possible.
Est-ce que ma prime va augmenter si je fais une réclamation ?
Possiblement. Un sinistre peut entraîner une augmentation de prime au renouvellement, surtout si vous êtes jugé responsable ou si vous avez eu plusieurs réclamations récentes. Cependant, pour les sinistres non responsables (tempête, refoulement d’égout), l’impact est généralement moindre. Évaluez si le montant de la réclamation justifie le risque d’augmentation — pour un sinistre de 700 $ avec une franchise de 500 $ (indemnisation de 200 $), il vaut peut-être mieux ne pas réclamer.
Mon assureur peut-il refuser ma réclamation ?
Oui, si le sinistre est exclu de votre police (par exemple, un refoulement d’égout sans avenant de protection contre le refoulement), si vous n’avez pas pris les mesures raisonnables pour limiter les dommages, ou si la déclaration contient des fausses informations. Lisez attentivement les exclusions de votre police. Si vous croyez que le refus est injustifié, vous pouvez contester auprès de votre assureur, contacter la ChAD, ou consulter l’AMF.
Dois-je accepter l’entrepreneur recommandé par l’assureur ?
Non. Vous avez le droit de choisir votre propre entrepreneur pour les réparations. L’assureur peut recommander des entrepreneurs avec qui il travaille (souvent avec des tarifs négociés), mais il ne peut pas vous obliger à les utiliser. Obtenez au moins 2-3 soumissions pour comparer.
Que faire si je suis en désaccord avec l’évaluation de l’assureur ?
Demandez une explication écrite et détaillée de l’évaluation. Si le désaccord persiste, vous pouvez engager un expert en sinistre indépendant pour faire une contre-évaluation. En dernier recours, vous pouvez porter plainte auprès de la ChAD ou de l’AMF, ou recourir à la médiation.
Les frais d’hôtel et de restaurant sont-ils remboursés si ma maison est inhabitable ?
Oui, généralement. La plupart des polices d’assurance habitation incluent une couverture pour les frais de subsistance supplémentaires — hébergement temporaire, repas, déplacement — si votre maison est inhabitable à cause d’un sinistre couvert. Le montant et la durée sont limités par votre police. Conservez tous les reçus et consultez votre assureur pour connaître les limites de cette couverture.
Que se passe-t-il si le sinistre est causé par un tiers ?
Votre assureur vous indemnise d’abord (selon votre police), puis il peut exercer un recours subrogatoire contre le tiers responsable pour récupérer les montants payés. Par exemple, si un voisin cause un dégât d’eau chez vous, votre assureur vous indemnise et se tourne ensuite vers l’assureur de votre voisin. Vous n’avez généralement pas à gérer cette partie — votre assureur s’en occupe.
Pour aller plus loin
- Pour l’assurance habitation : Assurance habitation au Québec : guide complet
- Pour payer moins cher : Payer moins cher son assurance habitation
- Pour choisir la bonne franchise : Franchise d’assurance : comment bien la choisir
- Pour l’assurance auto : Assurance auto au Québec et SAAQ
- Pour l’assurance locataire : Assurance locataire au Québec
- Pour l’assurance voyage : Assurance voyage au Canada
Sources officielles
- Assurance — Autorité des marchés financiers (AMF)
- Chambre de l’assurance de dommages (ChAD)
- Bureau d’assurance du Canada (BAC) — Québec
- Office de la protection du consommateur (OPC)
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil en assurance personnalisé. Les couvertures, les exclusions et les procédures varient selon les assureurs et les polices. Consultez votre police d’assurance pour connaître les conditions exactes applicables à votre situation. En cas de sinistre complexe, consultez un expert en sinistre certifié par la ChAD. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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