Les principales dépenses déductibles pour un travailleur autonome au Québec sont : les frais de bureau à domicile (au prorata de la superficie), les frais de véhicule (au prorata du kilométrage professionnel), les fournitures et matériel de bureau, les frais de télécommunications (téléphone, internet), les repas et représentation (déductibles à 50 %), la sous-traitance et honoraires professionnels, les primes d’assurance commerciale, les cotisations professionnelles et syndicales, les frais bancaires d’entreprise, les frais de publicité et marketing, les frais de déplacement professionnels, la formation continue, les intérêts sur emprunts d’entreprise, et la déduction pour amortissement (DPA) sur les biens durables. Le principe général : toute dépense raisonnable et engagée pour gagner un revenu d’entreprise est déductible — à condition d’avoir conservé les pièces justificatives pendant 6 ans.
Être travailleur autonome au Québec offre de la flexibilité et du contrôle, mais exige aussi une excellente maîtrise des règles fiscales. Contrairement à l’employé salarié qui déclare simplement son feuillet T4, le travailleur autonome doit calculer son revenu net d’entreprise — c’est-à-dire ses revenus bruts moins ses dépenses admissibles — et c’est ce revenu net qui est imposé.
La différence entre un travailleur autonome bien informé et un mal informé peut représenter des milliers de dollars d’impôt chaque année. Beaucoup de pigistes, consultants, artisans et entrepreneurs individuels paient plus d’impôt qu’ils ne le devraient simplement parce qu’ils ne connaissent pas toutes les dépenses qu’ils peuvent légitimement déduire. D’autres, à l’inverse, déduisent des dépenses non admissibles et s’exposent à des réévaluations et pénalités lors d’une vérification.
Ce guide vous présente toutes les principales dépenses déductibles pour les travailleurs autonomes au Québec, les règles précises qui s’appliquent à chaque catégorie, les pièges à éviter, et des stratégies concrètes pour maximiser légalement vos déductions. Toutes les informations sont vérifiées auprès de l’Agence du revenu du Canada (ARC) et de Revenu Québec.
Sommaire
- Le principe général des déductions d’entreprise
- Les 14 catégories principales de dépenses déductibles
- Le bureau à domicile en détail
- Les frais de véhicule et le kilométrage
- Les repas et la représentation (règle du 50 %)
- La déduction pour amortissement (DPA)
- Exemple chiffré d’économies fiscales
- Les formulaires T2125 et TP-80
- Les erreurs fréquentes à éviter
- Questions fréquentes
Le principe général des déductions d’entreprise
Pour qu’une dépense soit déductible de vos revenus d’entreprise, elle doit respecter trois critères fondamentaux selon l’ARC et Revenu Québec :
- Elle doit être engagée en vue de gagner un revenu d’entreprise (pas une dépense personnelle)
- Elle doit être raisonnable dans les circonstances (pas excessive par rapport à l’activité)
- Elle doit être appuyée par une pièce justificative (reçu, facture, relevé) que vous devez conserver pendant 6 ans
La règle de base : si une dépense est nécessaire ou utile à votre activité professionnelle, elle est probablement déductible. Si elle est purement personnelle ou n’a qu’un lien lointain avec votre entreprise, elle ne l’est pas.
Les dépenses mixtes (personnelles et professionnelles) : vous ne pouvez déduire que la portion qui correspond à l’usage professionnel. Par exemple, si vous utilisez votre véhicule à 40 % pour le travail et 60 % pour des déplacements personnels, seuls 40 % des frais totaux du véhicule sont déductibles. La même règle s’applique au téléphone, à internet, et au bureau à domicile.
Important — la TPS/TVQ : si vous êtes inscrit aux fichiers de la TPS et de la TVQ (obligatoire dès que votre revenu taxable dépasse 30 000 $ sur quatre trimestres consécutifs), vous pouvez réclamer des crédits de taxe sur les intrants (CTI et RTI). Dans ce cas, vous inscrivez le montant de la dépense hors taxes dans vos déductions d’impôt, parce que vous récupérez les taxes séparément. Si vous n’êtes pas inscrit, vous déduisez le montant taxes incluses.
Les 14 catégories principales de dépenses déductibles
Voici le tableau récapitulatif des 14 grandes catégories de dépenses que vous pouvez déduire comme travailleur autonome au Québec.
| # | Catégorie | Ce qui est déductible | Règles particulières |
|---|---|---|---|
| 1 | Bureau à domicile | Loyer ou hypothèque (intérêts), électricité, chauffage, taxes, assurance habitation, entretien | Au prorata de la superficie utilisée exclusivement ou principalement pour le travail |
| 2 | Véhicule à moteur | Essence, entretien, réparations, assurance, immatriculation, intérêts sur prêt, amortissement | Au prorata du kilométrage professionnel, registre obligatoire |
| 3 | Fournitures et petit matériel | Papier, cartouches d’encre, cahiers, stylos, logiciels, abonnements en ligne (usage pro) | 100 % déductible si exclusivement professionnel |
| 4 | Télécommunications | Téléphone, cellulaire, internet, hébergement web, domaine | Ligne dédiée 100 % déductible, ligne partagée au prorata |
| 5 | Repas et représentation | Repas avec clients, cadeaux d’affaires raisonnables | Déductible à 50 % seulement |
| 6 | Sous-traitance et honoraires | Paiements à d’autres travailleurs autonomes, comptable, avocat, conseiller | 100 % déductible, conserver contrats et factures |
| 7 | Primes d’assurance commerciale | Assurance responsabilité civile professionnelle, assurance des biens d’entreprise | 100 % déductible |
| 8 | Cotisations professionnelles | Ordre professionnel, associations professionnelles, syndicats | 100 % déductible si requis pour exercer |
| 9 | Frais bancaires d’entreprise | Frais de compte d’entreprise, frais de transaction, intérêts sur marge de crédit | 100 % déductible si compte dédié à l’entreprise |
| 10 | Publicité et marketing | Publicité en ligne, impression, cartes professionnelles, site web, référencement | 100 % déductible, restrictions pour les publicités étrangères |
| 11 | Frais de déplacement | Transport, hébergement, repas en déplacement (50 %), taxi, stationnement | Voyages professionnels uniquement, conserver itinéraire |
| 12 | Formation continue | Cours, conférences, séminaires, livres professionnels | 100 % déductible si lié à l’activité actuelle (pas nouvelle carrière) |
| 13 | Intérêts sur emprunts d’entreprise | Intérêts sur prêts contractés pour l’entreprise | 100 % déductible, besoin de démontrer le lien avec l’entreprise |
| 14 | Déduction pour amortissement (DPA) | Équipement, ordinateurs, meubles, véhicule, bâtiment | Étalement sur plusieurs années selon la catégorie fiscale |
Voyons maintenant en détail les catégories les plus importantes et les plus souvent mal comprises.
Le bureau à domicile en détail
Le bureau à domicile est l’une des plus grosses déductions possibles pour un travailleur autonome — et aussi l’une des plus mal utilisées.
Conditions d’admissibilité : votre bureau à domicile doit être soit :
- Votre principal lieu d’affaires (vous n’avez pas d’autre bureau ailleurs), OU
- Utilisé exclusivement pour gagner un revenu d’entreprise ET pour rencontrer des clients de façon régulière et continue
Comment calculer le pourcentage déductible :
- Mesurez la superficie totale de votre logement (par exemple 100 m²)
- Mesurez la superficie du bureau à domicile utilisée exclusivement pour le travail (par exemple 15 m²)
- Le pourcentage déductible est : 15 ÷ 100 = 15 %
Ce que vous pouvez déduire au prorata (15 % dans notre exemple) :
- Locataire : loyer mensuel, électricité, chauffage, internet partagé, assurance locataire, entretien
- Propriétaire : intérêts hypothécaires (pas le capital), électricité, chauffage, assurance habitation, taxes foncières, taxes scolaires, entretien général
Exemple concret : un locataire qui paie 1 500 $/mois de loyer et 200 $/mois d’électricité et chauffage, avec un bureau qui occupe 15 % de son logement :
- Loyer annuel : 18 000 $ × 15 % = 2 700 $ déductibles
- Électricité/chauffage : 2 400 $ × 15 % = 360 $ déductibles
- Assurance locataire : 300 $ × 15 % = 45 $ déductibles
- Total bureau à domicile : 3 105 $/an
Attention pour les propriétaires : bien que vous puissiez déduire une portion de votre hypothèque (intérêts seulement) et de votre maison, cela peut avoir des implications si vous vendez votre résidence. Si vous déduisez la DPA (amortissement) sur la portion bureau, une partie de la plus-value de votre maison pourrait devenir imposable. Pour cette raison, la plupart des conseillers recommandent aux propriétaires de ne pas réclamer de DPA sur la partie résidentielle utilisée comme bureau, et de se limiter aux dépenses courantes (intérêts, taxes, électricité).
Règle importante — limite à vos revenus : vos déductions de bureau à domicile ne peuvent pas créer ou augmenter une perte d’entreprise. Si vos dépenses de bureau à domicile dépassent votre revenu net d’entreprise, la partie non utilisée peut être reportée aux années suivantes indéfiniment jusqu’à ce que vous ayez des revenus suffisants pour l’absorber.
Les frais de véhicule et le kilométrage
Les frais de véhicule sont souvent la deuxième plus grosse déduction pour un travailleur autonome, mais aussi la plus vérifiée par l’ARC et Revenu Québec.
Les deux règles d’or :
- Vous ne pouvez déduire que la portion de vos frais correspondant à l’usage professionnel du véhicule
- Vous devez tenir un registre kilométrique rigoureux pour justifier votre pourcentage d’usage
Ce qu’est un déplacement professionnel :
- Aller chez un client ou un fournisseur
- Se rendre à une réunion d’affaires
- Livraisons de produits ou services
- Déplacement pour formation ou conférence professionnelle
- Déplacement entre deux lieux de travail
Ce qui N’EST PAS un déplacement professionnel :
- Trajet entre votre domicile et un lieu de travail régulier (considéré comme personnel)
- Courses personnelles même si vous faites un crochet pour une tâche pro
- Déplacement familial
Le registre kilométrique obligatoire : pour chaque déplacement professionnel, notez :
- La date
- La destination (adresse)
- Le but du déplacement (nom du client, nature de la rencontre)
- Le nombre de kilomètres parcourus
- L’odomètre au début et à la fin de l’année fiscale
Les applications mobiles (comme MileIQ, Driversnote, ou celle intégrée à certains logiciels de comptabilité) peuvent automatiser complètement ce registre avec le GPS de votre téléphone. C’est un investissement minime qui peut vous éviter des milliers de dollars de redressement lors d’une vérification.
Comment calculer les dépenses déductibles :
- Additionnez tous vos frais de véhicule pour l’année : essence, entretien, réparations, assurance, immatriculation, lave-auto, intérêts sur prêt, stationnement
- Calculez votre pourcentage d’usage professionnel : (km professionnels ÷ km totaux) × 100
- Multipliez vos frais totaux par ce pourcentage
Exemple : Marie a parcouru 20 000 km dans l’année, dont 8 000 km pour des déplacements professionnels. Ses frais de véhicule totaux pour l’année s’élèvent à 8 500 $.
- Pourcentage d’usage professionnel : 8 000 ÷ 20 000 = 40 %
- Frais déductibles : 8 500 $ × 40 % = 3 400 $
Marie peut également déduire la DPA (amortissement) sur la portion professionnelle de la valeur de son véhicule, selon la catégorie fiscale applicable.
Les repas et la représentation (règle du 50 %)
La règle des repas et représentation est l’une des plus mal comprises. Voici la règle exacte.
Règle de base : les dépenses de repas et de divertissement engagées dans le cadre d’activités d’affaires sont déductibles à 50 % seulement.
Exemples de dépenses admissibles (à 50 %) :
- Repas d’affaires avec un client (vous discutez de l’entreprise durant le repas)
- Repas pour fêter un contrat signé ou remercier un partenaire
- Billets pour un événement sportif ou culturel pour divertir un client
- Cadeaux d’affaires raisonnables (bouteille de vin, panier-cadeau) — avec limites
Exemples de dépenses NON déductibles :
- Votre café pris seul devant votre ordinateur (dépense personnelle)
- Repas familiaux même s’ils ont lieu dans un restaurant
- Repas pendant votre journée de travail normal sans contexte d’affaires
- Abonnement à un gym présenté comme « entretenir la forme pour mieux travailler »
Documentation requise : pour chaque repas professionnel, conservez le reçu et notez :
- La date
- Le nom du client ou de la personne rencontrée
- L’objet de la rencontre (brièvement)
Exception — les repas lors de conférences ou voyages professionnels : quand vous êtes en voyage d’affaires éloigné (plus de 160 km de votre lieu habituel), les repas restent déductibles à 50 %. Il n’y a pas d’exception permettant de déduire à 100 %.
Exception — les employés que vous nourrissez : si vous avez des employés (pas de la sous-traitance), les repas que vous leur fournissez sur le lieu de travail peuvent être déductibles à 100 % dans certaines circonstances. Consultez un comptable pour cette situation spécifique.
La déduction pour amortissement (DPA)
La déduction pour amortissement (DPA) permet de déduire progressivement le coût des biens durables (équipement, ordinateurs, véhicules, meubles) que vous utilisez pour votre entreprise. Au lieu de déduire le coût complet la première année, vous l’étalez sur plusieurs années selon la catégorie fiscale du bien.
Les catégories les plus courantes pour travailleurs autonomes :
- Catégorie 8 (20 %) — Meubles, accessoires, équipement général, photocopieurs, téléphones
- Catégorie 50 (55 %) — Ordinateurs, logiciels de système, équipement électronique de traitement de données
- Catégorie 10.1 (30 %) — Véhicule de tourisme (avec un plafond sur le coût, variable selon l’année)
- Catégorie 12 (100 %) — Petits outils, logiciels d’application, trousses à outils (coût inférieur à un certain seuil)
La règle de la demi-année : l’année d’acquisition d’un bien, vous ne pouvez généralement réclamer que la moitié du taux normal de DPA. Par exemple, un ordinateur de 2 000 $ en catégorie 50 (55 %) vous donne droit à une DPA de 1 000 $ × 55 % = 550 $ la première année, puis 55 % du solde restant les années suivantes.
La DPA est optionnelle : vous n’êtes pas obligé de la réclamer chaque année. Si vous avez un revenu faible une année et que vous ne paieriez pas d’impôt de toute façon, il peut être avantageux de reporter la DPA à une année où votre revenu sera plus élevé — la déduction sera alors plus utile.
Conseil pratique : la DPA est l’un des aspects les plus techniques de la fiscalité des travailleurs autonomes. Si vous avez des investissements importants en équipement ou un véhicule, consultez un comptable pour optimiser votre stratégie de DPA sur plusieurs années.
Exemple chiffré d’économies fiscales
Pour illustrer l’impact concret des déductions, voici un exemple chiffré pour trois profils de travailleurs autonomes au Québec.
| Profil | Revenus bruts | Dépenses déductibles totales | Revenu net imposable | Économie d’impôt approximative |
|---|---|---|---|---|
| Pigiste débutant à temps partiel (bureau maison, peu de déplacements) | 35 000 $ | 6 500 $ | 28 500 $ | ~2 000 $ |
| Consultant indépendant (bureau maison, véhicule, sous-traitance) | 85 000 $ | 18 000 $ | 67 000 $ | ~6 500 $ |
| Entrepreneur avec activité intensive (équipement, déplacements, marketing) | 150 000 $ | 42 000 $ | 108 000 $ | ~20 000 $ |
Note importante : ces estimations d’économies d’impôt tiennent compte du fait que le travailleur autonome doit aussi payer la totalité des cotisations au RRQ (part de l’employé ET part de l’employeur, environ 11,4 % sur le revenu net jusqu’au maximum annuel) et les cotisations au RQAP. Ces cotisations sont calculées sur le revenu net d’entreprise — une raison supplémentaire pour laquelle maximiser vos déductions est crucial.
Pour optimiser globalement votre charge fiscale, consultez aussi notre article sur comment réduire ses impôts légalement au Canada.
Les formulaires T2125 et TP-80
Comme travailleur autonome au Québec, vous devez remplir deux formulaires supplémentaires en plus de vos déclarations T1 (fédéral) et TP-1 (Québec) :
Le formulaire T2125 (fédéral) — État des résultats des activités d’une entreprise ou d’une profession libérale. C’est là que vous déclarez à l’ARC vos revenus bruts, vos dépenses détaillées par catégorie, et votre revenu net d’entreprise. Le T2125 suit une structure standardisée avec des lignes numérotées pour chaque catégorie de dépenses.
Le formulaire TP-80 (Québec) — Revenus et dépenses d’entreprise ou de profession. Équivalent québécois du T2125. La plupart des logiciels d’impôt (TurboImpôt, Wealthsimple Tax, H&R Block, ImpôtRapide) remplissent automatiquement les deux formulaires à partir des mêmes informations, ce qui simplifie énormément la tâche.
Dates importantes :
- 30 avril : date limite pour payer tout solde d’impôt dû (même si vous avez jusqu’au 15 juin pour produire). Après le 30 avril, des intérêts commencent à courir sur le solde impayé.
- 15 juin : date limite pour produire votre déclaration si vous (ou votre conjoint) avez des revenus d’entreprise.
Les acomptes provisionnels : si vous devez plus de 3 000 $ d’impôt net au fédéral (ou 1 800 $ au Québec) au cours d’une année ET que vous en avez dû un montant similaire l’année précédente ou l’année d’avant, l’ARC et Revenu Québec exigent que vous payiez votre impôt de l’année en cours en quatre versements trimestriels (mars, juin, septembre, décembre). Si vous ignorez ces acomptes, des intérêts s’accumulent. Consultez Mon dossier de l’ARC pour savoir si vous êtes concerné.
Conservation des pièces justificatives : vous devez conserver tous vos reçus, factures, et registres pendant 6 ans après la fin de l’année fiscale concernée. Les versions numérisées (photos, scans) sont acceptées par l’ARC et Revenu Québec, et sont recommandées parce que les reçus papier (surtout sur papier thermique) s’effacent avec le temps.
Les erreurs fréquentes à éviter
Erreur 1 — Mélanger dépenses personnelles et professionnelles. C’est l’erreur la plus courante et la plus facilement détectée en vérification. Utilisez un compte bancaire dédié à votre entreprise et une carte de crédit distincte. Pour comprendre l’intérêt d’une carte dédiée, consultez notre article sur combien de cartes de crédit avoir.
Erreur 2 — Ne pas tenir de registre kilométrique. Sans registre rigoureux, l’ARC peut refuser toutes vos déductions de véhicule lors d’une vérification. Utilisez une application pour automatiser le suivi dès le premier jour de votre activité.
Erreur 3 — Déduire 100 % d’un bien à usage mixte. Si vous utilisez votre téléphone, internet, ou voiture partiellement pour le personnel, vous ne pouvez pas déduire 100 %. L’ARC applique généralement une présomption de « prorata raisonnable » et peut ajuster votre déclaration même sans preuve explicite d’usage personnel.
Erreur 4 — Oublier la règle du 50 % pour les repas. Beaucoup de travailleurs autonomes déduisent 100 % de leurs repas d’affaires, ce qui est incorrect. La règle du 50 % est stricte et systématiquement appliquée en vérification.
Erreur 5 — Déduire des dépenses de formation pour changer de carrière. Seules les formations qui améliorent vos compétences dans votre activité actuelle sont déductibles. Une formation pour changer de domaine complètement n’est généralement pas admissible.
Erreur 6 — Ne pas s’inscrire à la TPS/TVQ après avoir dépassé 30 000 $. Dès que votre revenu taxable dépasse 30 000 $ sur quatre trimestres consécutifs, l’inscription est obligatoire. Si vous ne vous inscrivez pas, vous êtes quand même responsable de remettre les taxes que vous auriez dû collecter — un rattrapage qui peut être très coûteux.
Erreur 7 — Jeter les reçus après avoir fait sa déclaration. Vous devez conserver tous vos documents pendant 6 ans après la fin de l’année fiscale. L’ARC peut vérifier jusqu’à 3 ans en arrière de façon routinière, et plus loin en cas de soupçon de fraude.
Erreur 8 — Ignorer les acomptes provisionnels. Si vous devez payer des acomptes, les ignorer entraîne des intérêts à un taux prescrit (actuellement élevé). Mettez de côté environ 25 à 30 % de vos revenus bruts dans un compte distinct pour couvrir vos obligations fiscales et vos cotisations au RRQ/RQAP.
Erreur 9 — Ne pas consulter un comptable. Pour un travailleur autonome avec un revenu significatif (plus de 50 000 $/an), les honoraires d’un comptable professionnel agréé (CPA) — eux-mêmes déductibles — représentent souvent un investissement rentable. Un bon CPA peut identifier des déductions que vous auriez manquées et vous conseiller sur des stratégies fiscales avancées (incorporation, fractionnement de revenu, planification de la DPA).
Questions fréquentes
Dois-je m’incorporer pour bénéficier de plus de déductions ?
Pas nécessairement. En tant que travailleur autonome (propriétaire unique), vous avez déjà accès à la plupart des déductions listées dans cet article. L’incorporation offre d’autres avantages (différé d’impôt, protection limitée, fractionnement de revenu sous conditions), mais entraîne aussi des coûts administratifs (comptable, frais d’incorporation, déclarations supplémentaires). Généralement, l’incorporation devient avantageuse à partir de revenus annuels supérieurs à 100 000 $ ou pour des entreprises avec des besoins spécifiques. Consultez un comptable pour une analyse personnalisée.
Puis-je déduire ma formation pour changer de métier ?
Non. Les déductions de formation s’appliquent uniquement aux formations qui améliorent vos compétences dans votre activité actuelle. Une formation pour une nouvelle carrière n’est pas déductible comme dépense d’entreprise (mais peut donner droit au crédit d’impôt pour frais de scolarité dans votre déclaration personnelle).
Est-ce que je peux déduire mes vêtements de travail ?
Très rarement. L’ARC accepte la déduction uniquement pour des vêtements spécialisés non portables dans la vie quotidienne : équipement de sécurité, uniforme avec logo d’entreprise, costume de scène pour artistes, chaussures de sécurité, etc. Un costume d’affaires ou des vêtements professionnels « élégants » ne sont pas déductibles, même si vous les portez uniquement au travail.
Comment fonctionne la TPS/TVQ pour un travailleur autonome ?
En dessous de 30 000 $ de revenus taxables sur quatre trimestres consécutifs, l’inscription est facultative (mais peut être avantageuse pour récupérer les taxes sur vos achats). Au-dessus de 30 000 $, l’inscription est obligatoire. Une fois inscrit, vous devez collecter la TPS (5 %) et la TVQ (9,975 %) sur vos services taxables, et vous pouvez récupérer les taxes payées sur vos dépenses d’entreprise (crédits de taxe sur les intrants).
Puis-je cotiser à un REER comme travailleur autonome ?
Oui, et c’est fortement recommandé. Les cotisations REER sont déductibles de votre revenu total (pas de votre revenu d’entreprise directement, mais de votre revenu personnel global). C’est un excellent levier de réduction d’impôt complémentaire aux déductions d’entreprise. Consultez notre guide CELI, REER et CELIAPP et notre article sur l’impact fiscal d’une cotisation REER.
Que faire si j’ai des pertes d’entreprise une année ?
Si vos dépenses dépassent vos revenus d’entreprise, vous avez une perte d’entreprise. Cette perte peut être déduite de vos autres revenus personnels (salaire, revenus de placement) de l’année courante, ce qui réduit votre impôt global. Les pertes non utilisées peuvent être reportées rétroactivement 3 ans ou projetées 20 ans pour les absorber contre des revenus futurs.
Puis-je déduire les intérêts de ma marge de crédit personnelle si je l’utilise pour mon entreprise ?
Oui, mais uniquement pour la portion utilisée à des fins professionnelles. Vous devrez être capable de démontrer (relevés bancaires) quels achats ont été faits avec quels fonds. L’idéal est d’avoir une marge de crédit dédiée à l’entreprise pour éliminer toute ambiguïté.
Les frais de déménagement sont-ils déductibles ?
Les frais de déménagement sont généralement déductibles dans votre déclaration personnelle (pas comme dépense d’entreprise) si vous déménagez pour vous rapprocher de votre nouveau lieu de travail, y compris si ce travail est votre entreprise. Il y a des règles précises (distance minimale de 40 km, etc.). Consultez la ligne 21900 de la T1.
Pour aller plus loin
Optimiser vos déductions comme travailleur autonome est une des façons les plus efficaces de réduire votre charge fiscale légalement. Voici les ressources complémentaires :
- Pour comprendre le système fiscal québécois dans son ensemble : Impôts au Québec : le guide complet
- Pour les stratégies générales de réduction d’impôt : 10 stratégies pour réduire ses impôts légalement
- Pour ne pas oublier les crédits d’impôt : Crédits d’impôt méconnus au Québec
- Pour séparer finances personnelles et entreprise : Combien de cartes de crédit avoir
- Pour bâtir une stratégie REER complémentaire : CELI, REER et CELIAPP : guide complet
- Si vous avez des dettes avec l’ARC ou Revenu Québec : Dette avec l’ARC ou Revenu Québec
Sources officielles
Cet article s’appuie sur les sources officielles suivantes :
- Guide T4002 — Revenus d’un travail indépendant (ARC)
- Particularités pour le travailleur autonome — Revenu Québec
- Guide IN-155 — Les revenus d’entreprise ou de profession (Revenu Québec)
- Formulaire TP-80 — Revenus et dépenses d’entreprise (Revenu Québec)
- Formulaire T2125 — État des résultats (ARC)
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. La fiscalité des travailleurs autonomes est complexe et les règles peuvent évoluer. Pour une situation spécifique, consultez un comptable professionnel agréé (CPA) ou un fiscaliste. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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