Vous avez réalisé un gros gain en capital, vendu une entreprise ou encaissé un revenu exceptionnel, et votre impôt à payer est étonnamment élevé? Il se peut que ce soit l’impôt minimum de remplacement (IMR), un calcul parallèle qui s’applique aux hauts revenus et qui, depuis 2024, est nettement plus large : taux fédéral de 20,5 %, exemption de base multipliée par plus de quatre. La bonne nouvelle : l’IMR n’est pas une perte sèche, car la portion qui dépasse votre impôt ordinaire peut être récupérée sur les sept années suivantes.
L’IMR est un impôt méconnu parce que la plupart des contribuables ne le paient jamais. Il surprend surtout les gens qui vivent une année exceptionnelle : vente d’un placement très rentable, don important, cession d’une entreprise ou revenu ponctuel élevé. Comprendre son fonctionnement permet d’anticiper la facture, de repérer l’erreur éventuelle dans un logiciel et, surtout, de ne pas oublier de réclamer le crédit de report les années suivantes.
Note : les taux, l’exemption de base et les pourcentages d’inclusion mentionnés ici correspondent à l’année d’imposition 2025 et sont indexés ou modifiés au fil du temps. Vérifiez toujours les chiffres de l’année en cours dans le formulaire officiel de l’ARC (T691) et celui de Revenu Québec (TP-776.42).
Sommaire
- Ce qu’est l’impôt minimum de remplacement
- Comment le calcul fonctionne
- Qui est réellement touché
- Récupérer l’IMR : le report sur sept ans
- Un exemple chiffré simplifié
- Anticiper et réduire le risque d’IMR
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Ce qu’est l’impôt minimum de remplacement
Le régime fiscal canadien offre de nombreuses déductions et mesures d’allègement. Pour éviter qu’un contribuable à haut revenu n’utilise ces mesures au point de payer très peu d’impôt, la loi prévoit un second calcul, plus restrictif, appelé impôt minimum de remplacement.
Un calcul en parallèle. Chaque année, l’impôt ordinaire est calculé comme d’habitude. Si l’IMR dépasse l’impôt ordinaire, la différence s’ajoute à votre facture. Dans le cas contraire, l’IMR ne coûte rien.
Deux administrations. Comme pour le reste de l’impôt, le Québec a son propre régime : l’ARC utilise le formulaire T691 et Revenu Québec le formulaire TP-776.42. Les deux calculs sont indépendants, avec des taux et des exemptions légèrement différents. Pour mieux comprendre cette double déclaration, consultez notre guide complet des impôts au Québec.
Un logiciel le gère souvent seul. Les logiciels d’impôts remplissent généralement le T691 automatiquement lorsque votre situation l’exige. Il est tout de même utile de comprendre ce qu’ils calculent.
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Comment le calcul fonctionne
Le principe est simple : on part d’un revenu imposable ajusté, on y soustrait une exemption, on applique un taux, puis on retire une partie de vos crédits non remboursables.
La formule. IMR à payer = [taux × (revenu imposable ajusté − exemption de base)] − (50 % de vos crédits non remboursables).
Les paramètres fédéraux. Depuis 2024, le taux fédéral est de 20,5 % (il était de 15 %) et l’exemption de base est de 177 882 $ pour 2025 (elle était de 40 000 $ avant 2024). Ce montant est indexé chaque année.
Les paramètres québécois. Pour 2025, le taux de l’IMR québécois est de 19 % (il était de 14 %) et l’exemption de base est de 179 990 $.
Un revenu « ajusté ». Le revenu de départ n’est pas votre revenu imposable ordinaire : certaines déductions sont réduites ou annulées et certains gains sont inclus davantage. C’est cet élargissement de l’assiette qui fait que l’IMR peut dépasser l’impôt ordinaire.
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Qui est réellement touché
Grâce à l’exemption relevée, la grande majorité des contribuables n’est pas concernée. L’IMR vise les années où le revenu ajusté dépasse nettement l’exemption.
Les gains en capital. Pour l’IMR, 100 % de la plupart des gains en capital est ajouté au revenu ajusté, alors que pour les gains admissibles à la déduction pour gains en capital (DGC), seulement 30 % sont ajoutés. Un gros gain, comme la vente d’un immeuble locatif ou d’un portefeuille très apprécié, est donc la situation classique. Notre article sur les gains en capital détaille le traitement ordinaire.
La DGC sur les actions de petite entreprise. Lorsque vous utilisez l’exonération cumulative des gains en capital, une partie du gain reste incluse dans le calcul de l’IMR. Une vente d’entreprise peut ainsi déclencher un IMR même si l’impôt ordinaire est réduit.
Les dons de bienfaisance. Le crédit pour dons est pris en compte à 80 % (et non 50 %) dans la portion des crédits retranchée du calcul, une règle appliquée depuis le 1er janvier 2024. Les dons importants ne sont donc plus pénalisés autant qu’auparavant. Voyez aussi nos règles sur les dons de charité.
Récupérer l’IMR : le report sur sept ans
L’IMR payé n’est pas définitivement perdu. La portion qui dépasse l’impôt ordinaire de l’année est conservée dans un « compte » fictif.
Un crédit réutilisable. Ce montant peut être appliqué comme crédit non remboursable durant les sept années suivantes, tant qu’aucun nouvel IMR n’est payable. Il réduit l’impôt ordinaire des années où l’impôt ordinaire est plus élevé que l’IMR.
Une limite. Le report ne peut pas faire baisser votre impôt fédéral net sous l’IMR exigible pour l’année visée.
Où le réclamer. Au fédéral, le report figure à la ligne 40427 de la déclaration et l’IMR à la ligne 4170, à l’aide du T691. Au Québec, l’IMR et son report se calculent avec le TP-776.42 et se retrouvent à la ligne 432. Un formulaire doit être joint chaque année où vous payez ou réclamez de l’IMR.
Conservez vos dossiers. Comme le report s’étale sur plusieurs années, gardez vos T691 et TP-776.42. En cas de vérification fiscale, ils justifient le solde du compte.
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Un exemple chiffré simplifié
L’exemple suivant est fictif et simplifié : il sert à illustrer la mécanique, pas à calculer votre situation réelle (le revenu ajusté exact se détermine avec le T691).
Les hypothèses. Supposons un revenu imposable ajusté de 400 000 $, une exemption de base de 177 882 $, un taux de 20,5 % et des crédits non remboursables dont la moitié vaut 7 000 $.
Le calcul. (400 000 − 177 882) × 20,5 % = environ 45 534 $. On soustrait 7 000 $, ce qui donne un IMR d’environ 38 534 $.
La comparaison. Si l’impôt fédéral ordinaire est de 30 000 $, l’IMR est plus élevé : vous payez 38 534 $, soit 8 534 $ de plus. Ces 8 534 $ vont dans le compte d’IMR et pourront servir de crédit durant les sept années suivantes, selon les règles décrites plus haut.
Anticiper et réduire le risque d’IMR
Comme l’IMR dépend d’une année exceptionnelle, la planification consiste surtout à lisser les revenus.
Étaler les gains. Quand c’est possible, répartir la réalisation de gros gains sur plusieurs années garde le revenu ajusté sous l’exemption. Une vente d’actifs peut parfois se planifier à l’avance, par exemple avec un transfert d’entreprise en plusieurs étapes.
Simuler avant de vendre. Avant de réaliser un gain important, demandez à un fiscaliste de calculer l’impôt ordinaire et l’IMR. Les deux résultats peuvent différer sensiblement.
Ne pas renoncer à un bon geste fiscal. Un don ou une cotisation REER qui réduit l’impôt ordinaire reste généralement avantageux. L’IMR rend simplement le bénéfice plus difficile à prédire.
Revenus imprévus. Un gain exceptionnel peut aussi arriver sans prévenir, comme un règlement de succession comprenant des biens vendus. Dans ce cas, vérifiez le calcul d’IMR dès la préparation de la déclaration.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Croire que l’IMR est une pénalité. Il s’agit d’un impôt d’avance, en grande partie récupérable par le report sur sept ans.
Erreur 2 — Oublier de réclamer le report. Si vous ne remplissez pas le T691 et le TP-776.42 les années suivantes, vous laissez un crédit inutilisé.
Erreur 3 — Utiliser les paramètres d’une ancienne année. L’exemption de 40 000 $ et le taux de 15 % appartiennent au passé : les chiffres actuels sont indexés et ont été relevés en 2024.
Erreur 4 — Ne regarder que l’impôt fédéral. Le Québec a son propre IMR, avec un taux de 19 % et une exemption différente.
Erreur 5 — Vendre un gros actif sans simuler. Un gain important, même partiellement exonéré, peut déclencher un IMR et vous laisser sans les liquidités prévues pour payer l’impôt.
Erreur 6 — Perdre les formulaires. Sans vos anciens T691 et TP-776.42, il est difficile de prouver le solde du compte d’IMR après plusieurs années.
Questions fréquentes
L’impôt minimum de remplacement s’applique-t-il à tout le monde?
Non. Le calcul est fait chaque année, mais il ne génère un impôt supplémentaire que lorsque le revenu ajusté dépasse nettement l’exemption de base (177 882 $ au fédéral pour 2025). La plupart des contribuables ne paient aucun IMR.
Quel est le taux de l’IMR?
Pour l’année d’imposition 2025, il est de 20,5 % au fédéral et de 19 % au Québec. Ces paramètres ont été relevés à compter de 2024 et peuvent changer; consultez les formulaires officiels pour l’année en cours.
Combien de temps puis-je récupérer l’IMR payé?
Sur les sept années suivantes, sous forme de crédit non remboursable, tant qu’un nouvel IMR n’est pas payable et dans les limites prévues par le T691.
Un gain en capital mène-t-il toujours à un IMR?
Non. Il faut que le revenu ajusté, qui inclut les gains selon des pourcentages plus élevés que pour l’impôt ordinaire, dépasse l’exemption et que l’IMR soit supérieur à l’impôt ordinaire. Un gain modeste ne déclenche généralement rien.
Les dons de bienfaisance sont-ils touchés?
Le crédit pour dons est considéré à 80 % dans le calcul de l’IMR depuis le 1er janvier 2024, ce qui limite l’effet de l’IMR sur les gros dons.
Dois-je remplir moi-même le T691?
Un logiciel d’impôts le remplit habituellement lorsque votre situation l’exige. Pour un cas complexe, comme une vente d’entreprise, un comptable ou un fiscaliste est recommandé.
Où trouver le formulaire du Québec?
Le formulaire TP-776.42, « Impôt minimum de remplacement », est disponible sur le site de Revenu Québec. Il doit être joint à la déclaration d’une personne assujettie à l’IMR ou qui souhaite déduire un IMR d’une année passée.
Sources officielles
- Agence du revenu du Canada — Formulaire T691, Impôt minimum de remplacement
- Revenu Québec — Formulaire TP-776.42, Impôt minimum de remplacement
- Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (Université de Sherbrooke) — Fiche sur l’impôt minimum de remplacement
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Les taux, exemptions et règles de report sont sujets à changement; la page de Revenu Québec sur la ligne 432 n’était pas accessible lors de la recherche (erreur 403) et le détail du report fédéral a été vérifié auprès de la fiche de la Chaire de fiscalité de l’Université de Sherbrooke. Pour une situation complexe, notamment une vente d’entreprise ou un gain important, consultez un comptable ou un fiscaliste. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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