Les frais d’automobile déductibles pour un travailleur autonome : journal de bord et calcul

Pour un travailleur autonome, la voiture est souvent la deuxième dépense en importance, mais aussi l’une des plus contestées lors d’une vérification : l’ARC répète que les frais ne sont déductibles que s’ils sont raisonnables et appuyés par des reçus, et que seule la portion liée à l’usage d’affaires peut être déduite. Sans journal de bord, vous n’avez à peu près aucune preuve à présenter.

Vous utilisez votre véhicule pour rencontrer des clients, livrer, transporter du matériel ou vous rendre sur des chantiers ? Une partie de ses coûts peut réduire votre revenu net d’entreprise. Mais la déduction ne se résume pas à « mettre l’essence dans les dépenses » : il faut calculer un pourcentage, conserver des preuves, et tenir compte de plafonds qui s’appliquent aux voitures de tourisme. Notre guide général sur les déductions du travailleur autonome présente l’ensemble des dépenses admissibles ; cet article se concentre uniquement sur l’automobile : la méthode de calcul et les preuves à conserver.

Note : les plafonds fiscaux liés à l’automobile sont revus chaque année par le gouvernement fédéral. Les montants cités ici sont ceux annoncés pour 2026 et sont susceptibles de changer ; vérifiez toujours les valeurs en vigueur pour votre année d’imposition auprès de l’ARC et de Revenu Québec.

Sommaire

Quels frais d’automobile peut-on déduire ?

La liste des frais admissibles est assez large, mais chaque poste doit être réel, documenté et lié à votre entreprise.

Les frais courants. L’ARC mentionne notamment les droits d’immatriculation et de permis, l’essence et l’huile (ou l’électricité pour un véhicule zéro émission), l’assurance, l’entretien et les réparations. Les frais de stationnement liés à l’entreprise sont aussi déductibles, de même que l’assurance supplémentaire contractée pour les besoins d’affaires.

Les frais de financement et de location. Les intérêts sur un prêt servant à acheter le véhicule et les frais de location sont déductibles, mais ils sont plafonnés lorsqu’il s’agit d’une voiture de tourisme (voir la section 4). Si vous hésitez entre acheter et louer, notre comparatif acheter ou louer une voiture en détaille les coûts, et le guide du prêt auto explique le financement.

L’amortissement, à part. Si vous êtes propriétaire du véhicule, vous ne déduisez pas son prix d’achat d’un coup : vous réclamez une déduction pour amortissement (DPA, c’est-à-dire l’étalement fiscal du coût d’un bien durable sur plusieurs années). L’ARC la traite séparément des autres frais de véhicule, à la ligne 9936 du formulaire T2125.

Ce qui n’est pas déductible. Les frais purement personnels, comme un voyage en famille, ne le sont pas. Les trajets entre le domicile et un lieu de travail régulier sont en règle générale considérés comme personnels : si votre cas est particulier (par exemple, un bureau à domicile qui est votre principal lieu d’affaires), validez-le avec un comptable.

Calculer son pourcentage d’usage d’affaires

Quand le véhicule sert à la fois à l’entreprise et à la vie personnelle, seule la portion d’affaires de chaque dépense est déductible. C’est le pourcentage d’usage qui fait toute la différence.

La formule. Revenu Québec la décrit ainsi : on divise les kilomètres parcourus pour les besoins de l’entreprise pendant l’exercice par le total des kilomètres parcourus pendant le même exercice. Il faut donc connaître deux chiffres : vos kilomètres d’affaires et vos kilomètres totaux.

Un exemple de l’ARC. Avec 27 000 km d’affaires sur 30 000 km au total et 7 000 $ de dépenses, la déduction est de 6 300 $ (90 % de 7 000 $).

Un pourcentage par véhicule. Si vous utilisez plus d’un véhicule, vous devez tenir un registre distinct pour chacun et calculer ses dépenses séparément. Si vous changez de véhicule en cours d’année, notez les dates et la lecture de l’odomètre à l’achat, à la vente ou à l’échange.

Un pourcentage qui bouge. L’usage d’affaires change d’une année à l’autre (nouveau client, déménagement, changement de territoire). Recalculez-le chaque année plutôt que de reporter le pourcentage précédent sans vérification.

Le journal de bord : complet ou simplifié

C’est ici que se joue la solidité de votre déduction. L’ARC considère un journal de bord tenu pour toute l’année comme la meilleure preuve de votre usage d’affaires.

Le journal complet. Pour chaque déplacement d’affaires, notez la date, la destination, le but du déplacement et les kilomètres parcourus. Ajoutez la lecture de l’odomètre au début et à la fin de l’exercice, ainsi que le total des kilomètres de l’année.

Le journal simplifié. L’ARC permet une approche allégée : vous tenez un journal complet pendant une année entière, qui devient votre « année de base ». Les années suivantes, un échantillon de trois mois peut suffire pour estimer l’usage annuel, tant que votre utilisation demeure dans une marge de 10 % par rapport à l’année de base. La formule officielle est : (pourcentage de la période d’échantillon ÷ pourcentage de la même période de l’année de base) × pourcentage annuel de l’année de base. Dans l’exemple de l’ARC, une année de base à 49 % (46 % pour avril à juin) et un échantillon à 51 % donnent (51 ÷ 46) × 49, soit environ 54 %.

La nuance du Québec. Revenu Québec présente le registre d’utilisation comme un outil pour appuyer vos calculs. Même si le registre n’y est pas décrit de la même façon qu’à l’ARC, ne vous en passez pas : en cas de vérification, c’est lui qui prouve vos chiffres, et les deux administrations peuvent examiner le même dossier. Pour savoir combien de temps garder ces documents, consultez notre article sur la conservation des documents fiscaux. L’ARC précise que le journal de base de 12 mois doit être conservé six ans après la fin de la dernière année d’imposition pour laquelle il sert.

Papier ou application. Le format est libre : carnet dans la boîte à gants, tableur ou application de suivi. L’important est que les renseignements soient notés au fil du temps, et non reconstitués de mémoire en avril.

Les plafonds : intérêts, location et amortissement

Lorsque votre véhicule est une voiture de tourisme (selon l’ARC, un véhicule principalement conçu pour transporter des personnes, avec un conducteur et au plus huit passagers), des plafonds limitent trois postes : l’amortissement, les intérêts et la location.

Tous les véhicules ne sont pas visés. L’ARC indique que certains véhicules, comme des camionnettes ou fourgonnettes servant principalement au transport de marchandises ou d’équipement, ne sont pas des voitures de tourisme selon des critères précis. Le classement de votre véhicule détermine donc si les plafonds s’appliquent : vérifiez-le dans le guide T4002 ou auprès d’un comptable.

L’amortissement : un coût maximal reconnu. Pour une voiture de tourisme de la catégorie 10.1, le coût en capital admissible à la DPA est plafonné, avant taxes, à 39 000 $ pour un véhicule acquis à compter du 1er janvier 2026 (38 000 $ auparavant). Pour un véhicule zéro émission de la catégorie 54, le plafond annoncé est de 61 000 $. Même si vous payez votre véhicule davantage, l’excédent ne génère pas de DPA.

Les intérêts : 350 $ par mois. Pour les nouveaux prêts conclus à compter du 1er janvier 2026, le plafond de déduction des intérêts est de 350 $ par mois. Les prêts conclus plus tôt peuvent relever d’un plafond antérieur (par exemple 10,00 $ ou 11,66 $ par jour selon la date d’achat, d’après l’ARC).

La location : 1 100 $ par mois. Pour les nouveaux baux conclus à compter du 1er janvier 2026, le plafond de déduction des frais de location est de 1 100 $ par mois, avant taxes. L’ARC ajoute que les dépôts remboursables supérieurs à 1 000 $ peuvent entraîner un calcul d’intérêts réputés.

Propriété conjointe. Si le véhicule appartient à plusieurs personnes, les plafonds ne se multiplient pas : le total des déductions ne peut dépasser ce qu’une seule personne pourrait déduire.

Un exemple de calcul pas à pas

Voici un exemple fictif, à titre d’illustration seulement. Sophie, consultante, a parcouru 25 000 km dans l’année, dont 15 000 km pour ses clients. Son journal de bord le prouve.

Étape 1 — le pourcentage. 15 000 ÷ 25 000 = 60 % d’usage d’affaires.

Étape 2 — les frais courants. Essence 3 200 $, assurance 1 900 $, entretien 900 $ et immatriculation 300 $, pour un total de 6 300 $. La portion déductible est 6 300 $ × 60 % = 3 780 $.

Étape 3 — les intérêts. Elle a payé 2 800 $ d’intérêts sur son prêt, soit moins que le plafond annuel correspondant à 350 $ par mois (4 200 $). La portion déductible est 2 800 $ × 60 % = 1 680 $.

Étape 4 — le total. 3 780 $ + 1 680 $ = 5 460 $ de frais d’automobile à inscrire, auxquels s’ajoute la DPA, calculée séparément sur la portion d’affaires du coût du véhicule (dans la limite du coût maximal reconnu).

Où l’inscrire. Les travailleurs autonomes joignent à leur déclaration provinciale le formulaire TP-80 (Revenus et dépenses d’entreprise ou de profession) et, du côté fédéral, le formulaire T2125. Les exemples de Revenu Québec situent les frais de véhicule à la ligne 220 du TP-80.

TPS, TVQ et habitudes qui protègent votre déduction

Au-delà du calcul, quelques réflexes réduisent le risque d’un refus en cas de vérification.

Les taxes de vente. Si vous êtes inscrit aux fichiers de la TPS et de la TVQ, Revenu Québec indique que vous pourriez avoir droit à un crédit de taxe sur les intrants (CTI) et à un remboursement de la taxe sur les intrants (RTI) pour les taxes payées sur ces dépenses, généralement selon la portion d’usage d’affaires. Les règles sur les voitures de tourisme comportent des particularités : consultez notre guide TPS et TVQ pour travailleurs autonomes et validez votre situation avec un comptable.

Conservez les reçus. L’ARC est claire : les frais doivent être raisonnables et vous devez avoir les reçus. Prenez l’habitude de photographier chaque facture d’essence, d’entretien et d’assurance.

Photographiez l’odomètre. Une photo datée du compteur au 1er janvier et au 31 décembre (ou aux dates de votre exercice) renforce votre journal de bord et règle la question du kilométrage total.

Séparez si possible. Un véhicule utilisé presque exclusivement pour l’entreprise et un autre pour la famille donnent des registres plus simples qu’un seul véhicule à usage très mixte.

Ne confondez pas avec l’employé. Les allocations de 73 ¢ et 67 ¢ par kilomètre dont on entend parler visent les remboursements qu’un employeur verse à un employé qui utilise son véhicule personnel ; elles ne remplacent pas le calcul du travailleur autonome. Pour le côté employé, voyez les avantages imposables de l’employeur.

Le réflexe à adopter : commencez votre journal de bord le premier jour de votre exercice, pas au moment de préparer votre déclaration. Notez chaque déplacement d’affaires dans les minutes qui suivent, prenez une photo de l’odomètre en début et en fin d’année, et rangez les reçus au même endroit. Un journal simple mais régulier vaut mieux qu’un système sophistiqué abandonné en mars.

Les erreurs à éviter

Erreur 1 — Déduire 100 % des frais. Sauf usage exclusivement professionnel, seule la portion d’affaires est déductible. Un pourcentage rond (« 80 % ») sans registre est facile à contester.

Erreur 2 — Reconstituer le journal de bord après coup. Un registre rempli de mémoire en avril est peu crédible et, surtout, inexact.

Erreur 3 — Compter le trajet domicile-travail comme des kilomètres d’affaires. Ces trajets sont en règle générale personnels. Distinguez-les des déplacements vers les clients.

Erreur 4 — Oublier les plafonds. Déduire la totalité des intérêts ou des frais de location d’une voiture de tourisme, sans appliquer les limites, expose à un redressement.

Erreur 5 — Mélanger plusieurs véhicules. Chaque véhicule exige son propre registre et son propre calcul.

Erreur 6 — Réclamer la DPA avec les autres frais. La DPA est calculée séparément (ligne 9936 du T2125) et suit ses propres règles et plafonds.

Erreur 7 — Jeter les pièces trop tôt. Le journal de base et les reçus doivent être gardés pendant six ans après la fin de l’année d’imposition qu’ils appuient.

Questions fréquentes

Le journal de bord est-il obligatoire ?

L’ARC exige que vous puissiez démontrer votre usage d’affaires, et un journal de bord est la meilleure preuve. Revenu Québec le présente comme un registre recommandé pour appuyer vos calculs. Dans les faits, sans journal, il devient très difficile de défendre votre pourcentage.

Puis-je utiliser un taux par kilomètre au lieu de mes frais réels ?

Les taux de 73 ¢ et 67 ¢ par kilomètre cités par le gouvernement fédéral concernent les allocations non imposables versées par un employeur à un employé. Un travailleur autonome calcule généralement ses frais réels selon son pourcentage d’usage. Si vous doutez, demandez conseil à un comptable.

Que faire si j’ai oublié de tenir un journal cette année ?

Reconstituez ce que vous pouvez à partir de votre agenda, de vos factures clients et de vos courriels, en indiquant clairement qu’il s’agit d’une reconstitution. Commencez dès maintenant un journal fiable pour l’année suivante, car il servira de base aux années à venir.

Un journal simplifié est-il accepté ?

Oui, selon l’ARC, à condition d’avoir tenu un journal complet pendant une année entière (l’année de base) et que l’usage demeure dans une marge de 10 % de cette année. Au-delà, il faut de nouveaux registres.

Ma voiture est électrique : les règles changent-elles ?

L’électricité de recharge est déductible, et les véhicules zéro émission relèvent de règles distinctes (catégorie 54 et plafond de 61 000 $ pour 2026 selon le gouvernement fédéral). Vérifiez les conditions d’admissibilité dans les pages officielles.

Combien de temps garder mon journal de bord ?

L’ARC indique six ans à compter de la fin de l’année d’imposition visée. Le journal complet de l’année de base doit être conservé six ans après la fin de la dernière année où il sert à établir votre usage.

Les plafonds s’appliquent-ils à ma camionnette ?

Cela dépend de son classement. L’ARC distingue les voitures de tourisme des véhicules servant principalement au transport de marchandises ou d’équipement. Faites valider le classement de votre véhicule avant de réclamer vos frais.

Sources officielles


Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Les plafonds et les règles liés à l’automobile changent régulièrement et dépendent de la date d’acquisition du véhicule. Pour une situation particulière (plusieurs véhicules, véhicule électrique, camionnette, propriété conjointe), consultez un comptable ou un fiscaliste. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.