Quand les marchés chutent, la perte affichée sur votre relevé n’est pas encore une perte réalisée : elle ne devient définitive que si vous vendez à bas prix. Pour la plupart des épargnants, la décision qui coûte le plus cher pendant un krach n’est pas celle d’avoir investi, mais celle de vendre sous le coup de la peur.
Un krach boursier est une chute rapide et marquée des cours des actions. On parle généralement de correction pour une baisse modérée et de marché baissier pour une baisse prolongée et plus profonde, souvent définie par convention comme un recul de 20 % ou plus depuis un sommet récent. Ces termes n’ont pas de définition légale : ce qui compte, c’est la façon dont vous réagissez, selon votre horizon de placement (le temps avant lequel vous aurez besoin de l’argent) et votre situation personnelle.
Cet article n’essaie pas de prédire quand le prochain recul surviendra ni d’où viendra la reprise : personne ne peut le faire de façon fiable. Il explique plutôt quoi faire, et quoi éviter, selon que vous épargnez pour dans trois ans, dans quinze ans ou que vous retirez déjà de l’argent de vos placements.
Note : les règles fiscales et les plafonds de cotisation sont indexés ou modifiés périodiquement. Vérifiez toujours les montants à jour auprès de l’Agence du revenu du Canada (ARC) et de Revenu Québec avant d’agir.
Sommaire
- Krach, correction, marché baissier : de quoi parle-t-on?
- Pourquoi le premier réflexe est souvent le mauvais
- L’horizon de placement : la distinction qui change tout
- Si vous êtes en phase d’accumulation
- Si vous approchez de la retraite ou retirez déjà de l’argent
- Un plan écrit avant la tempête
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Krach, correction, marché baissier : de quoi parle-t-on?
Les marchés boursiers ne montent pas en ligne droite. Ils alternent entre des périodes de hausse et des périodes de recul, de durées et d’ampleurs très variables. Les baisses font partie du fonctionnement normal d’un placement en actions, même si chacune donne l’impression d’être exceptionnelle sur le moment.
La volatilité désigne l’ampleur des variations de la valeur d’un placement dans le temps. Plus un placement est volatil, plus sa valeur peut monter ou descendre fortement et rapidement. En contrepartie, les placements les moins volatils offrent habituellement un rendement plus faible à long terme : c’est le compromis entre risque et rendement.
Une perte « sur papier » (ou latente) est la baisse de valeur d’un placement que vous détenez encore. Elle devient une perte réalisée seulement au moment de la vente. Cette distinction n’enlève pas le malaise de voir son solde reculer, mais elle explique pourquoi le moment de la vente compte tant.
Si vous débutez, notre guide pour commencer à investir au Canada présente les bases du risque et des types de placements avant même de parler de krach.
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Pourquoi le premier réflexe est souvent le mauvais
Devant une chute, le réflexe naturel est de se protéger : vendre pour « arrêter l’hémorragie ». C’est compréhensible, mais ce réflexe a un angle mort.
L’aversion aux pertes. En psychologie, une perte est généralement ressentie plus fortement qu’un gain de même ampleur. Pendant un krach, cette asymétrie pousse à agir vite, souvent au pire moment.
Le piège du double pari. Vendre après une baisse oblige à réussir deux choses : sortir avant que le recul s’aggrave, puis racheter avant la reprise. Les reprises sont souvent rapides et imprévisibles ; l’investisseur resté à l’écart peut manquer une partie importante du rebond. Aucune méthode connue ne permet de réussir ce « chronométrage » de façon constante.
Les nouvelles en continu. Consulter son portefeuille et les titres financiers plusieurs fois par jour amplifie l’anxiété sans améliorer les décisions. Réduire la fréquence de consultation est une mesure simple et efficace.
Un bon fonds d’urgence joue ici un rôle clé : s’il est en place, vous n’aurez pas à vendre vos placements en catastrophe pour payer une dépense imprévue pendant que les marchés sont bas.
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L’horizon de placement : la distinction qui change tout
La bonne réaction à un krach dépend moins de l’ampleur de la baisse que du moment où vous aurez besoin de l’argent. Voici une façon simple d’y réfléchir, sans chiffre magique.
Besoin à court terme (quelques années ou moins). L’argent destiné à une mise de fonds, à des études ou à une grosse dépense prochaine ne devrait pas être entièrement exposé aux actions. Une baisse risque de survenir juste avant la date où vous en avez besoin, sans le temps de récupérer. Pour ces sommes, des placements plus stables, comme un CPG, ont leur raison d’être.
Besoin à moyen terme. Un portefeuille mixte, combinant actions et placements à revenu fixe, amortit les secousses. L’importance relative de chaque composante dépend de votre tolérance au risque et de votre échéance.
Besoin à long terme (une dizaine d’années et plus). Le temps joue en votre faveur : une baisse a davantage de chances d’être suivie d’une reprise avant que vous ne retiriez l’argent. Cela ne garantit rien, mais explique pourquoi les autorités de réglementation rappellent que les actions s’envisagent sur une longue période.
L’Autorité des marchés financiers (AMF) définit l’horizon de placement comme la période au terme de laquelle l’investisseur commencera à retirer ses fonds. Par exemple, une personne qui épargne pour acheter une maison dans 5 ans a un horizon de 5 ans.
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Si vous êtes en phase d’accumulation
Si vous cotisez régulièrement et que la retraite est loin, un krach est, mathématiquement, une période où vos cotisations achètent plus de parts pour le même montant. Cela ne rend pas la baisse agréable, mais cela change la perspective.
Maintenez vos cotisations automatiques. Un virement programmé évite d’avoir à décider, chaque mois, si « c’est le bon moment ». Notre article sur l’automatisation de l’épargne explique comment le mettre en place.
Vérifiez que votre répartition correspond encore à votre tolérance. Si la baisse vous empêche de dormir, c’est peut-être le signe que votre portefeuille est plus risqué que ce que vous pouvez supporter. Le moment de corriger le tir est après la tempête, de façon réfléchie, et non en pleine panique. Voyez la répartition d’actifs et la diversification pour revoir vos proportions.
Gardez un œil sur les frais. Les frais de gestion s’appliquent que le marché monte ou descende : en période de baisse, ils pèsent proportionnellement plus lourd.
Dans un compte non enregistré, une baisse peut aussi ouvrir la possibilité de réaliser une perte à des fins fiscales, sous des règles strictes. Voyez la récolte de pertes fiscales pour les conditions et les pièges.
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Si vous approchez de la retraite ou retirez déjà de l’argent
Pour une personne qui retire déjà des sommes de ses placements, le risque principal d’un krach n’est pas la baisse elle-même : c’est de devoir vendre des placements à bas prix pour financer ses dépenses. Cette situation est parfois appelée le risque de séquence des rendements.
Prévoir une réserve pour les dépenses des prochaines années. Plusieurs retraités gardent une portion de leur épargne dans des placements stables pour couvrir leurs dépenses courantes, afin de ne pas avoir à vendre des actions au creux du marché. La taille de cette réserve dépend de votre situation et se discute idéalement avec un professionnel.
Comprendre les retraits obligatoires. Les retraits minimums d’un FERR ne s’arrêtent pas parce que les marchés baissent. Notre article sur le FERR explique les règles et les options.
Réviser le plan global. Un krach quelques années avant la retraite peut inciter à retarder le départ, à ajuster le budget ou à combiner d’autres sources de revenu. Le guide de planification de la retraite aide à situer ces décisions dans un tableau d’ensemble.
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Un plan écrit avant la tempête
Le meilleur moment pour décider quoi faire pendant un krach est avant qu’il survienne. Une fois la panique installée, les décisions sont rarement les meilleures.
Rédigez une courte politique de placement personnelle. Une page suffit : l’objectif de chaque placement, l’horizon, la répartition cible, et ce que vous ferez (et ne ferez pas) en cas de baisse importante.
Définissez vos règles à l’avance. Par exemple : « Je ne vends pas d’actions destinées à plus de dix ans à cause d’une baisse » ou « Je consulte mon portefeuille une fois par mois ». Des règles simples valent mieux que des intentions floues.
Diversifiez réellement. Un portefeuille réparti entre plusieurs types de placements et régions subit habituellement des secousses moins brutales. La diversification ne supprime pas le risque, mais elle limite l’effet d’un seul placement qui s’effondre. Le portefeuille 60/40 est un exemple classique de cette logique, avec ses forces et ses limites.
Méfiez-vous des « occasions » qui surgissent en période de panique. Les fraudeurs profitent de l’inquiétude pour proposer des placements « sans risque » ou des rendements garantis. Consultez notre article sur les arnaques d’investissement pour reconnaître les signaux d’alarme.
Le réflexe à adopter : avant toute décision, posez-vous trois questions. Quand aurai-je besoin de cet argent? Ma situation personnelle (emploi, dettes, fonds d’urgence) a-t-elle changé, ou seulement la valeur de mon relevé? Est-ce que je prends cette décision à cause d’un plan, ou à cause d’une émotion? Si la réponse à la troisième est « une émotion », attendez quelques jours et relisez votre plan.
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Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Vendre dans la panique. Transformer une perte latente en perte réalisée au creux du marché est l’erreur la plus coûteuse, car elle élimine toute chance de profiter de la reprise.
Erreur 2 — Tenter de deviner le bas du marché. Attendre le « bon moment » pour racheter donne souvent de moins bons résultats que de rester investi selon son plan.
Erreur 3 — Cesser ses cotisations régulières. Arrêter d’investir en pleine baisse prive le portefeuille de parts achetées à prix réduit.
Erreur 4 — Garder à risque l’argent dont on a besoin bientôt. Une mise de fonds prévue dans un an n’a pas sa place entièrement en actions : la baisse peut survenir juste avant l’échéance.
Erreur 5 — Concentrer son portefeuille. Détenir peu de titres, ou un seul secteur, expose à des chutes bien plus fortes que celles du marché dans son ensemble.
Erreur 6 — Suivre les rumeurs et les « conseils » de réseaux sociaux. Les messages qui promettent de « battre le krach » sont souvent le terreau de fraudes ou de décisions impulsives.
Erreur 7 — Emprunter pour investir ou « racheter » à crédit. L’effet de levier amplifie les pertes comme les gains et peut forcer à vendre au pire moment. Il exige un horizon long et une bonne compréhension des risques.
Questions fréquentes
Dois-je vendre mes placements quand le marché chute?
Pas automatiquement. Si l’argent est destiné à un besoin lointain et que votre situation n’a pas changé, vendre transforme une baisse temporaire en perte définitive. Si vous en avez besoin bientôt, la question est plutôt de savoir si ces placements auraient dû être exposés autant aux actions dès le départ.
Un krach, c’est le bon moment pour acheter?
Personne ne peut savoir si le bas est atteint. Continuer d’investir de façon régulière selon un plan évite d’avoir à deviner. Pour une somme importante à placer d’un seul coup, il vaut mieux en discuter avec un professionnel qualifié.
Quelle est la différence entre une correction et un marché baissier?
Les deux termes décrivent des baisses, la première plus modérée, le second plus profond et prolongé. Le seuil de 20 % souvent cité est une convention du milieu financier, pas une règle officielle.
Mon CELI ou mon REER peut-il « disparaître » dans un krach?
Un CELI ou un REER n’est qu’un contenant fiscal. Sa valeur dépend des placements qu’il contient : un CELI investi en épargne ou en CPG ne varie pas comme un CELI investi en actions. Un compte peut perdre de la valeur, mais n’« expire » pas à cause d’une baisse.
Les placements garantis sont-ils une meilleure protection?
Ils protègent le capital selon leurs conditions, mais leur rendement est habituellement plus faible à long terme, et l’inflation peut en réduire le pouvoir d’achat. Le bon choix dépend de votre horizon, pas d’un principe général.
À quelle fréquence devrais-je consulter mon portefeuille?
Il n’existe pas de fréquence idéale, mais consulter son portefeuille moins souvent en période de forte volatilité réduit l’anxiété et le risque de décisions impulsives. Une vérification mensuelle ou trimestrielle convient à plusieurs investisseurs à long terme.
Que faire si la baisse m’empêche de dormir?
C’est un signal à écouter : votre tolérance au risque est peut-être inférieure à ce que vous pensiez. Évitez de tout changer sous le stress, mais planifiez une révision de votre répartition avec un conseiller ou en suivant les outils d’évaluation du profil d’investisseur de l’AMF.
Sources officielles
- Autorité des marchés financiers — Les turbulences des marchés boursiers canadiens
- Autorité des marchés financiers — Glossaire financier
- OCRI — Bureau des investisseurs : principes de base en matière de placement
- Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC)
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Il ne contient aucune prédiction de marché ni recommandation de produit. Pour une situation particulière (retraite imminente, somme importante à placer, endettement), consultez un conseiller financier ou un planificateur financier qualifié. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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