Entre 55 et 71 ans, un salarié québécois peut réduire son temps de travail tout en continuant de cotiser au Régime de rentes du Québec (RRQ) comme si son salaire n’avait pas changé — à condition que l’employeur accepte de signer une entente approuvée par Retraite Québec. C’est l’un des mécanismes de transition vers la retraite les plus méconnus, et pourtant l’un des plus avantageux pour qui veut ralentir sans sacrifier sa rente future.
De plus en plus de travailleurs d’expérience souhaitent lever le pied avant la retraite complète : passer à quatre jours par semaine, réduire leurs heures l’été, ou combiner un salaire réduit avec un premier revenu de retraite. Le problème, c’est que beaucoup renoncent à cette idée par crainte de réduire définitivement leur rente de retraite ou leurs cotisations. Or, plusieurs mécanismes existent précisément pour éviter ce piège — au RRQ, dans les régimes de retraite d’employeur à prestations déterminées comme le RREGOP, et dans certaines conventions collectives.
Note : les seuils, plafonds et taux mentionnés ci-dessous (exemption de base, maximum des gains admissibles, réduction actuarielle) sont ajustés chaque année par Retraite Québec et l’Agence du revenu du Canada. Vérifiez toujours les montants en vigueur avant de signer quoi que ce soit avec votre employeur.
Sommaire
- Qu’est-ce que la retraite progressive, au juste
- Le mécanisme du RRQ : réduire ses heures sans réduire sa rente future
- La nuance essentielle : cotiser sur salaire plein ou toucher sa rente RRQ dès maintenant
- La retraite progressive dans un régime à prestations déterminées (RREGOP et régimes privés)
- Un exemple chiffré de retraite progressive
- Bien planifier sa transition : stratégies à connaître
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Qu’est-ce que la retraite progressive, au juste
La retraite progressive n’est pas un programme unique, mais une famille de mesures qui permettent de réduire graduellement son temps de travail avant de cesser complètement de travailler, sans que cela nuise automatiquement à la retraite. Elle se décline en trois grandes formes, souvent confondues :
Le mécanisme du RRQ. Un salarié réduit ses heures, mais continue de cotiser au Régime de rentes du Québec comme s’il travaillait encore à temps plein, grâce à une entente signée avec l’employeur.
La retraite progressive dans un régime d’employeur. Dans un régime à prestations déterminées (comme le RREGOP pour la fonction publique québécoise), certaines ententes permettent de toucher une partie de sa future rente tout en travaillant à temps réduit, ou d’aménager son horaire dans les années précédant la retraite.
Les ententes de départ progressif prévues aux conditions de travail. Plusieurs conventions collectives et contrats de travail prévoient des horaires réduits sur une période fixe, en échange d’un engagement à prendre sa retraite à la fin de cette période.
Point important : aucune de ces mesures n’est un droit automatique. Toutes reposent sur l’accord de l’employeur (et, pour le volet RRQ, sur une entente formellement approuvée par Retraite Québec). Un employeur peut refuser sans avoir à se justifier, à moins qu’une convention collective ou une politique interne ne prévoie explicitement ce droit.
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Le mécanisme du RRQ : réduire ses heures sans réduire sa rente future
Le mécanisme le plus structuré est celui offert directement par Retraite Québec dans le cadre du Régime de rentes du Québec. Il permet à un travailleur de diminuer son temps de travail tout en continuant à cotiser comme si son salaire n’avait pas été réduit, ce qui protège intégralement le calcul de sa future rente.
Pour y avoir droit, plusieurs conditions doivent être réunies :
Être âgé de plus de 55 ans et de moins de 71 ans, résider au Québec et cotiser au RRQ.
Gagner un salaire annuel d’au moins 3 500 $ après la réduction du temps de travail — c’est l’exemption générale de base du régime, celle sous laquelle aucune cotisation n’est exigée de toute façon.
Ne pas déjà recevoir une rente de retraite ou d’invalidité du RRQ ou du Régime de pensions du Canada (RPC).
Conclure une entente sur la cotisation avec son employeur, entente qui doit être approuvée par Retraite Québec. L’employeur et le salarié cotisent alors à parts égales, calculées sur le salaire non réduit — c’est-à-dire celui que le travailleur aurait gagné sans la réduction de ses heures.
L’employeur n’est jamais obligé d’accepter une telle entente : c’est une négociation, pas un droit. Retraite Québec offre toutefois un service de simulation pour évaluer l’effet concret d’une entente sur les cotisations avant de s’engager, ce qui permet de comparer les scénarios avant d’en discuter avec l’employeur.
La nuance essentielle : cotiser sur salaire plein ou toucher sa rente RRQ dès maintenant
C’est ici que la confusion est la plus fréquente. Il existe en réalité deux mécanismes distincts et non équivalents autour de la retraite progressive et du RRQ :
Réduire ses heures en cotisant sur le salaire plein (55 à 71 ans). C’est le mécanisme décrit plus haut : le travailleur ne touche pas encore sa rente, il continue simplement de bâtir ses droits comme s’il n’avait jamais réduit ses heures. Sa future rente RRQ n’est donc pas diminuée par cette période de travail à temps réduit.
Commencer à toucher sa rente RRQ de façon anticipée tout en travaillant (dès 60 ans). À partir de 60 ans, il est possible de demander le versement de sa rente de retraite du RRQ même en continuant à travailler, à temps plein ou réduit. Cette rente est toutefois réduite de façon permanente pour compenser le versement anticipé — une réduction pouvant atteindre environ 36 % pour une demande à 60 ans plutôt qu’à 65 ans, selon le profil de cotisation. Si le travailleur continue de cotiser après le début de cette rente, les cotisations versées génèrent un supplément de rente annuel qui s’ajoute à vie, jusqu’à 72 ans.
Ces deux options ne se combinent pas de la même façon : la première protège une rente qui n’est pas encore entamée, la seconde consiste à commencer à l’entamer plus tôt, de façon irréversible, en échange d’un revenu immédiat. Le choix dépend largement du besoin de liquidités à court terme et de l’espérance de vie anticipée — un sujet à évaluer avec soin plutôt qu’à décider par réflexe.
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La retraite progressive dans un régime à prestations déterminées (RREGOP et régimes privés)
Pour les employés couverts par un régime de retraite à prestations déterminées — comme le RREGOP dans le secteur public québécois, ou certains régimes privés équivalents — d’autres options s’ajoutent à celles du RRQ, avec des règles propres à chaque régime.
Dans les régimes de type RREGOP, plusieurs mesures peuvent coexister :
La réduction ou l’aménagement du temps de travail, applicable tout au long de la carrière (par exemple, quatre jours par semaine plutôt que cinq) : les années de service et le salaire continuent d’être reconnus pour le calcul de la rente comme si l’entente n’existait pas.
Le départ progressif, réservé aux dernières années avant la retraite, avec un horaire qui ne peut généralement pas descendre sous 40 % d’un poste à temps plein. Contrairement aux autres mesures, une fois signée, une telle entente ne peut habituellement plus être annulée : elle engage le travailleur à quitter au terme de la période prévue.
La retraite graduelle, à partir de 65 ans dans certains régimes, qui combine un emploi à temps réduit et le versement d’une partie de la rente. Un point de vigilance : le total du salaire réduit et de la rente versée ne peut généralement pas dépasser le salaire normal, sous peine de voir la rente elle-même réduite.
Certains régimes à prestations déterminées offrent aussi une prestation de retraite progressive distincte : un revenu versé directement par le régime pendant que l’employé continue de travailler, sans réduire sa rente future et en lui permettant même d’accumuler de nouveaux droits. Ce mécanisme diffère d’une autre option parfois proposée — une réduction du temps de travail compensée par un paiement comptant tiré à l’avance de l’épargne-retraite — qui, elle, réduit bel et bien la rente future d’un montant équivalent. Les deux options ne peuvent généralement pas être combinées, et les conditions précises varient d’un régime à l’autre : la seule façon de les connaître est de s’adresser à l’administrateur du régime ou au service des ressources humaines.
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Un exemple chiffré de retraite progressive
Prenons le cas de Sylvie, 58 ans, qui gagne 70 000 $ par année et souhaite passer à quatre jours par semaine, soit environ 80 % de son horaire actuel — un salaire réduit à environ 56 000 $. Elle et son employeur signent une entente de cotisation dans le cadre de la retraite progressive du RRQ, approuvée par Retraite Québec. Résultat : ses cotisations RRQ continuent d’être calculées comme si elle gagnait toujours 70 000 $ (jusqu’au maximum des gains admissibles fixé chaque année). Sa future rente RRQ n’est donc pas amputée par cette période à horaire réduit, même si son revenu net diminue d’environ 20 % pendant la transition.
Autre scénario : Marc, 60 ans, réduit ses heures à mi-temps et décide, en parallèle, de demander le versement anticipé de sa rente RRQ dès maintenant plutôt que d’attendre 65 ans. Sa rente sera réduite de façon permanente (de l’ordre de plusieurs dizaines de pourcent selon son profil), mais il touche un revenu immédiat qui compense la baisse de son salaire. S’il continue de cotiser sur les gains tirés de son travail à temps partiel, ces cotisations généreront un supplément de rente qui s’ajoutera année après année jusqu’à 72 ans. Le choix entre l’approche de Sylvie et celle de Marc dépend surtout du coussin financier disponible pour traverser la période de transition sans entamer sa rente trop tôt.
Bien planifier sa transition : stratégies à connaître
Avant d’entamer la discussion avec son employeur, quelques réflexes permettent d’éviter les mauvaises surprises.
Demander une simulation avant de signer quoi que ce soit. Retraite Québec propose un service qui permet d’estimer concrètement l’effet d’une entente de retraite progressive sur les cotisations et la rente future, avant de s’engager avec l’employeur.
Surveiller l’effet sur la récupération de la Pension de la Sécurité de la vieillesse. Si le revenu combiné (salaire réduit, rente RRQ anticipée, revenus de retrait) dépasse le seuil de récupération fixé chaque année par l’Agence du revenu du Canada, une partie de la PSV peut être récupérée l’année suivante. Un travailleur qui combine plusieurs sources de revenu pendant sa transition a donc intérêt à faire le calcul avant de commencer à toucher sa rente RRQ anticipée.
Envisager le fractionnement du revenu de retraite avec un conjoint si l’un des deux membres du couple entre en retraite progressive pendant que l’autre travaille encore à temps plein : cela peut réduire la facture fiscale globale du ménage pendant la période de transition.
Vérifier l’irrévocabilité de l’entente. Certaines ententes de départ progressif, une fois signées, engagent formellement à quitter son emploi à la date prévue. Ce n’est pas un simple aménagement d’horaire réversible : c’est souvent un premier pas contractuel vers la retraite complète.
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Le réflexe à adopter : avant toute discussion avec l’employeur, demandez une simulation à Retraite Québec, clarifiez si vous voulez protéger votre rente future (cotiser sur salaire plein) ou toucher un revenu immédiat (rente anticipée), et vérifiez si votre régime de retraite d’employeur offre ses propres options de retraite progressive. Ces trois vérifications, faites avant de signer quoi que ce soit, évitent la très grande majorité des mauvaises surprises.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Croire que la retraite progressive est un droit acquis. Aucune des mesures présentées ici n’est automatique : toutes dépendent de l’accord de l’employeur, sauf disposition contraire dans une convention collective.
Erreur 2 — Confondre « réduire ses heures en cotisant plein » et « toucher sa rente RRQ plus tôt ». La première protège une rente non entamée ; la seconde l’entame de façon permanente et réduite. Ce sont deux décisions très différentes.
Erreur 3 — Signer une entente de départ progressif sans en vérifier l’irrévocabilité. Plusieurs de ces ententes engagent formellement à quitter son emploi à la fin de la période convenue.
Erreur 4 — Ignorer l’effet possible sur la récupération de la PSV. Combiner salaire, rente RRQ anticipée et retraits de FERR peut faire grimper le revenu net au-delà du seuil de récupération de la Sécurité de la vieillesse.
Erreur 5 — Négliger de faire approuver l’entente par Retraite Québec. Une entente informelle avec l’employeur, sans approbation officielle, ne protège pas nécessairement le calcul de la rente RRQ future.
Erreur 6 — Oublier de comparer les options dans un régime à prestations déterminées. Une prestation de retraite progressive et un paiement comptant anticipé n’ont pas du tout le même effet sur la rente finale : l’un la préserve, l’autre la réduit.
Erreur 7 — Ne jamais demander de simulation avant de négocier. Discuter à l’aveugle avec son employeur, sans avoir d’abord chiffré les scénarios, mène souvent à accepter une entente moins avantageuse que ce qui aurait été possible.
Questions fréquentes
La retraite progressive est-elle un droit garanti par la loi au Québec?
Non. Sauf disposition prévue dans une convention collective ou une politique d’entreprise, l’employeur n’est jamais obligé d’accepter une entente de retraite progressive, qu’il s’agisse du volet RRQ ou d’un aménagement d’horaire. C’est une négociation entre les deux parties.
À partir de quel âge peut-on entamer une retraite progressive?
Pour le mécanisme du RRQ qui protège la cotisation sur salaire non réduit, il faut être âgé de plus de 55 ans et de moins de 71 ans. Pour commencer à toucher une rente RRQ anticipée tout en travaillant, l’âge minimal est 60 ans. Les régimes à prestations déterminées comme le RREGOP peuvent avoir leurs propres seuils d’âge.
Puis-je toucher ma rente RRQ tout en travaillant à temps plein?
Oui, dès 60 ans, il est possible de demander sa rente de retraite du RRQ même en continuant à travailler à temps plein. La rente sera toutefois réduite de façon permanente si elle est demandée avant 65 ans.
Qu’arrive-t-il à mes cotisations RRQ si je réduis mes heures sans entente particulière?
Sans entente de retraite progressive approuvée par Retraite Québec, vos cotisations seront simplement calculées sur votre nouveau salaire réduit, ce qui peut légèrement diminuer le calcul de votre future rente pour les années concernées.
La retraite progressive s’applique-t-elle aux travailleurs autonomes?
Le mécanisme de cotisation sur salaire non réduit du RRQ s’adresse aux salariés, dans le cadre d’une entente avec un employeur. Un travailleur autonome n’a pas d’employeur avec qui conclure une telle entente, mais il conserve la liberté de réduire ses heures et d’ajuster ses propres cotisations RRQ selon ses revenus déclarés.
Puis-je annuler une entente de départ progressif une fois signée?
Cela dépend du type d’entente. Certaines mesures d’aménagement du temps de travail restent réversibles, mais les ententes de départ progressif proprement dites sont souvent irrévocables une fois signées : elles engagent formellement à prendre sa retraite au terme de la période prévue.
Que se passe-t-il si mon employeur refuse la retraite progressive?
Rien ne l’y oblige, à moins qu’une convention collective ou une politique interne ne prévoie ce droit. D’autres options demeurent possibles : négocier un aménagement d’horaire informel, ou attendre l’âge de 60 ans pour toucher une rente RRQ anticipée en complément d’un salaire à temps plein, sans avoir besoin de l’accord de l’employeur pour ce volet.
Sources officielles
- Retraite Québec — Retraite progressive et Régime de rentes du Québec
- Retraite Québec — Retraite progressive et régimes de retraite à prestations déterminées
- Retraite Québec — Réduire son temps de travail au RREGOP sans affecter sa rente
- Retraite Québec — Réduire son horaire de travail avant de prendre sa retraite
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier ou fiscal personnalisé. Les conditions d’admissibilité, les seuils et les taux de réduction actuariels sont mis à jour périodiquement par Retraite Québec et les régimes de retraite d’employeur : validez toujours les paramètres en vigueur avec Retraite Québec, l’administrateur de votre régime ou un professionnel qualifié avant de signer une entente. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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