Les obligations d’épargne au Canada : quelles options reste-t-il

Le programme fédéral des Obligations d’épargne du Canada — vendu à des générations de ménages canadiens par retenue sur la paie — ne vend plus aucune nouvelle obligation depuis novembre 2017. Au Québec, un seul palier de gouvernement continue d’offrir ce type de produit directement aux particuliers.

Si vous cherchez encore aujourd’hui « obligations d’épargne du Canada » pour placer un peu d’argent en toute sécurité, il y a de fortes chances que vous tombiez sur des pages qui décrivent un produit qui n’existe plus vraiment sous cette forme au fédéral. Beaucoup de ménages ont grandi avec le réflexe du carnet de paie qui prélevait automatiquement quelques dollars par chèque pour acheter une obligation garantie par Ottawa. Ce réflexe est aujourd’hui dépassé, et il vaut la peine de comprendre ce qui a changé, ce qui reste réellement disponible et par quoi le remplacer sans se tromper.

Note : les taux d’intérêt et les conditions de vente mentionnés dans cet article évoluent régulièrement et sont sujets à changement sans préavis. Vérifiez toujours les conditions en vigueur directement auprès de la source officielle avant de prendre une décision.

Sommaire

Qu’est-ce qu’une obligation d’épargne, exactement

Avant de parler de ce qui a disparu, il faut clarifier ce dont on parle. Une obligation d’épargne n’est pas une obligation comme celles qui s’échangent en bourse. C’est un produit vendu directement par un gouvernement à ses citoyens, sans intermédiaire, sans marché secondaire et sans fluctuation de prix : vous prêtez de l’argent au gouvernement émetteur, qui s’engage à vous le remettre avec intérêt à une date ou selon des conditions précises.

La différence fondamentale avec une obligation gouvernementale ordinaire — celle que l’on retrouve dans un fonds négocié en bourse (FNB) obligataire ou qu’un courtier vend sur le marché — c’est que sa valeur ne bouge jamais à la hausse ou à la baisse selon les taux d’intérêt. Le sujet est traité plus en profondeur dans notre article sur le fonctionnement général des obligations et leur rôle dans un portefeuille, mais retenez ceci : une obligation d’épargne se rachète généralement à sa valeur nominale plus les intérêts courus, peu importe ce qui se passe sur les marchés.

Historiquement, ce type de produit servait à financer l’État tout en offrant aux citoyens un véhicule d’épargne simple, garanti et accessible avec de petits montants. Le programme fédéral canadien remonte d’ailleurs aux obligations de la Seconde Guerre mondiale, transformées ensuite en produit d’épargne permanent pour le grand public.

Le programme fédéral : ce qui s’est vraiment passé depuis 2017

Le gouvernement du Canada a annoncé, dans son budget fédéral de mars 2017, qu’il mettait fin à la vente des Obligations d’épargne du Canada (OEC) et des Obligations à prime du Canada (OPC) à compter de novembre 2017. Le coût administratif du programme — évalué à plusieurs dizaines de millions de dollars par année pour un produit dont la popularité déclinait depuis des années face aux comptes d’épargne à intérêt élevé et aux CPG — a motivé cette décision, confirmée par la Banque du Canada.

Concrètement, les dernières retenues sur la paie destinées aux régimes d’épargne-salaire ont cessé fin octobre 2017. Les obligations déjà détenues à ce moment ont continué de porter intérêt normalement jusqu’à leur échéance ou leur rachat, sans perte pour les détenteurs — mais aucune nouvelle obligation n’a été émise depuis, et l’ensemble des séries encore en circulation à cette époque sont maintenant arrivées à échéance.

On trouve occasionnellement en ligne des affirmations selon lesquelles le programme aurait été « relancé » quelques années plus tard. Au moment de la rédaction de cet article, aucune source gouvernementale officielle ne confirme la reprise de la vente d’obligations d’épargne fédérales aux particuliers : il s’agit d’une confusion à éviter, et la prudence commande de vérifier directement sur les sites du gouvernement du Canada avant de s’y fier.

Obligation d’épargne, obligation de marché ou CPG : ne pas confondre

C’est ici que se trouve la nuance la plus utile pour quelqu’un qui cherche aujourd’hui à remplacer ce que faisaient les anciennes obligations d’épargne. Trois produits sont souvent confondus :

L’obligation de marché (émise par un gouvernement ou une entreprise et achetée via un courtier) fluctue en prix selon les taux d’intérêt et peut se revendre avant l’échéance, avec un gain ou une perte de capital possible.

Le certificat de placement garanti (CPG), offert par les banques et les caisses, ressemble beaucoup plus à l’ancienne obligation d’épargne fédérale dans son esprit : capital garanti, taux fixé à l’avance, aucune fluctuation de valeur. Notre guide complet sur le CPG détaille ses différentes variantes (rachetable, non rachetable, à taux progressif) qui rappellent d’ailleurs certaines structures qu’utilisaient les obligations d’épargne gouvernementales.

L’obligation d’épargne gouvernementale, quand elle existe encore (voir section suivante), combine les deux logiques : elle est émise directement par l’État comme un CPG l’est par une institution financière, mais elle porte le nom et la structure juridique d’une obligation.

Un point de vigilance : contrairement à un CPG, qui bénéficie de la protection de la Société d’assurance-dépôts du Canada (SADC) jusqu’à un plafond par catégorie, une obligation d’épargne gouvernementale n’a pas besoin de ce type d’assurance : elle est garantie directement par la capacité d’emprunt et de taxation de l’État émetteur, ce qui est en pratique une garantie au moins équivalente.

Le Québec, dernier gouvernement à vendre des obligations d’épargne

Le Québec fait figure d’exception. Épargne Placements Québec (EPQ), l’organisme du gouvernement du Québec responsable de ces produits, continue d’offrir des obligations d’épargne du Québec aux résidents de la province, sans frais de gestion ni d’administration.

Le fonctionnement reste proche de ce qu’offrait autrefois le fédéral : un placement minimum de 100 $, un terme pouvant aller jusqu’à 10 ans, et surtout un rachat total ou partiel possible en tout temps, sans pénalité, par tranches minimales de 100 $ ou pour le solde restant. Deux options de calcul d’intérêt existent : l’intérêt simple, versé annuellement, ou l’intérêt composé, réinvesti automatiquement chaque année dans le capital.

Il faut toutefois noter une limite importante : ces obligations ne sont pas offertes en continu. EPQ ouvre généralement deux périodes de vente par année, autour de mai-juin et d’octobre-novembre, et le produit n’est simplement pas disponible à l’achat en dehors de ces fenêtres. Avant de vous déplacer ou de prévoir un montant à investir, vérifiez le statut de vente en cours directement sur le site d’Épargne Placements Québec.

Au-delà des obligations d’épargne classiques, EPQ propose aussi d’autres produits gouvernementaux garantis — comptes de placement à intérêt quotidien, obligations à taux progressif, obligations indexées à un indice boursier avec capital protégé — qui peuvent convenir à des profils d’épargne différents selon l’horizon et le besoin de liquidité.

En Ontario, un programme équivalent (les Ontario Savings Bonds) a existé jusqu’en 2018, année où la province a cessé toute nouvelle émission ; les obligations déjà détenues continuent d’être honorées jusqu’à leur échéance, mais aucun nouvel achat n’est possible. La Saskatchewan avait fait de même dès le début des années 2010. Le Québec demeure donc, à notre connaissance, le seul palier de gouvernement au Canada à vendre encore ce type de produit directement au grand public.

Combien ça rapporte : comprendre le calcul

Le taux d’une obligation d’épargne gouvernementale n’a rien de mystérieux : il suit essentiellement le mouvement des taux d’intérêt à court et moyen terme fixés par les banques centrales et les marchés obligataires, avec un léger ajustement propre au produit. Épargne Placements Québec garantit généralement un taux minimal pour la première année, puis ajuste le taux des années suivantes selon les conditions de marché en vigueur au moment de l’émission.

Prenons un exemple pour illustrer la mécanique, sans figer un taux précis qui pourrait avoir changé depuis la rédaction : si une obligation porte un taux annuel de 3 %, un placement de 1 000 $ en intérêt simple rapporte 30 $ par année, versés directement, pour un total de 300 $ d’intérêt sur 10 ans si le taux restait constant. En intérêt composé, ce même taux appliqué chaque année sur un capital qui grossit progressivement générerait un peu plus, l’écart s’accentuant avec le temps — c’est exactement le principe expliqué dans notre article sur la différence entre intérêt simple et intérêt composé.

Dans les faits, les taux réels varient d’une émission à l’autre et changent à chaque nouvelle période de vente ; ils se comparent la plupart du temps à ceux des CPG de durée similaire offerts par les institutions financières, parfois légèrement en dessous compte tenu de la flexibilité de rachat sans pénalité qu’offrent les obligations d’épargne. Consultez toujours le tableau de taux affiché au moment de l’achat plutôt qu’un chiffre trouvé ailleurs en ligne, y compris dans cet article.

Quelles alternatives choisir aujourd’hui

Pour la grande majorité des Canadiens hors Québec — et même pour les Québécois qui tombent en dehors des fenêtres de vente d’EPQ — la question devient : par quoi remplacer le réflexe « obligation d’épargne » ? Plusieurs options jouent aujourd’hui ce rôle de placement garanti et simple.

Le CPG reste l’équivalent le plus direct : capital garanti, taux connu à l’avance, offert par la quasi-totalité des banques et caisses, avec des termes allant de quelques mois à plusieurs années. Sa contrepartie est la protection de la SADC, qui couvre le capital et les intérêts courus jusqu’à un plafond par catégorie de dépôt — un filet de sécurité que l’obligation d’épargne gouvernementale n’a jamais eu besoin d’offrir puisqu’elle est garantie directement par l’État.

Le compte d’épargne à intérêt élevé offre moins de garantie de taux dans le temps, mais une liquidité totale et sans pénalité de retrait ; notre guide pour bien choisir un compte d’épargne à intérêt élevé détaille les critères à comparer entre institutions.

Pour un profil qui accepte une légère fluctuation de valeur en échange d’une meilleure diversification, les FNB obligataires indiciels donnent accès à un panier d’obligations gouvernementales et de sociétés, avec des frais très faibles, mais sans le capital garanti à 100 % propre aux obligations d’épargne ou aux CPG.

Enfin, les investisseurs plus expérimentés peuvent accéder aux bons du Trésor et obligations du gouvernement du Canada directement par l’entremise d’un courtier, bien que ce marché s’adresse davantage à ceux qui sont à l’aise avec le fonctionnement des enchères obligataires et les fluctuations de prix avant échéance.

Le réflexe à adopter : si votre priorité est la simplicité et la garantie totale du capital sans jamais suivre un marché, comparez d’abord un CPG à court terme et, si vous résidez au Québec, vérifiez le calendrier de vente des obligations d’épargne du Québec. Si vous voulez plutôt une exposition obligataire diversifiée dans un portefeuille de croissance, un FNB obligataire répond mieux à ce besoin qu’une recherche nostalgique de l’ancien produit fédéral.

Les erreurs à éviter

Erreur 1 — Croire que le programme fédéral a été relancé. Plusieurs pages en ligne laissent entendre à tort que les Obligations d’épargne du Canada seraient de nouveau en vente. Vérifiez toujours directement sur les sites officiels avant d’agir sur cette base.

Erreur 2 — Chercher à racheter une vieille obligation fédérale sans vérifier son statut. Si vous détenez encore un certificat papier ou électronique d’une ancienne série, elle est très probablement arrivée à échéance depuis longtemps et ne rapporte plus d’intérêt — mieux vaut la racheter rapidement plutôt que la laisser dormir.

Erreur 3 — Confondre obligation d’épargne et obligation de marché. Acheter un FNB obligataire en pensant obtenir la même garantie de capital qu’une ancienne obligation d’épargne mène à des surprises si les taux montent et que la valeur du fonds baisse temporairement.

Erreur 4 — Ignorer les fenêtres de vente d’Épargne Placements Québec. Se présenter en dehors des périodes de vente et conclure à tort que le produit n’existe plus du tout au Québec.

Erreur 5 — Négliger de comparer avec un CPG avant d’acheter une obligation d’épargne. Les taux et la flexibilité de rachat varient d’un produit à l’autre ; ne pas comparer revient parfois à accepter un rendement inférieur pour une garantie équivalente.

Erreur 6 — Oublier la fiscalité. Les intérêts générés par une obligation d’épargne, comme ceux d’un CPG, sont pleinement imposables à titre de revenu d’intérêt s’ils sont détenus hors d’un compte enregistré comme le CELI ou le REER.

Erreur 7 — Se fier à un chiffre de taux trouvé sur un blogue ou un comparateur tiers. Les taux changent à chaque période d’émission : seule la source officielle du gouvernement émetteur fait foi au moment de l’achat.

Questions fréquentes

Peut-on encore acheter des Obligations d’épargne du Canada aujourd’hui?

Non. Le programme fédéral a cessé toute nouvelle vente depuis novembre 2017 et aucune source gouvernementale officielle ne confirme sa relance. Les anciennes obligations encore détenues sont pour la plupart arrivées à échéance.

Que faire si je détiens encore une vieille obligation d’épargne du Canada?

Vérifiez son statut auprès de votre institution financière ou du service de rachat gouvernemental : si elle a atteint son échéance, elle ne rapporte plus d’intérêt et il est généralement avantageux de la racheter et de replacer les fonds ailleurs.

Les Obligations d’épargne du Québec sont-elles disponibles en tout temps?

Non, elles sont vendues durant des périodes précises, généralement autour de mai-juin et d’octobre-novembre. En dehors de ces fenêtres, le produit n’est simplement pas en vente, même s’il n’a pas été aboli.

Une obligation d’épargne gouvernementale est-elle plus sûre qu’un CPG?

Les deux offrent une garantie très élevée de capital. L’obligation d’épargne est garantie directement par l’État émetteur, tandis que le CPG bénéficie de la protection de la SADC jusqu’à un plafond par catégorie de dépôt. Dans les deux cas, le risque de perte de capital est considéré comme minimal pour un particulier.

Quelle est la différence entre une obligation d’épargne et un CPG?

Structurellement, elles sont très proches dans leur promesse de capital garanti et de taux fixé à l’avance. La différence tient surtout à l’émetteur (un gouvernement plutôt qu’une institution financière), au mode de distribution et, souvent, à une plus grande flexibilité de rachat pour l’obligation d’épargne gouvernementale.

D’autres provinces offrent-elles encore des obligations d’épargne?

À notre connaissance, non. L’Ontario a cessé d’en émettre de nouvelles en 2018 et la Saskatchewan avait déjà mis fin à son programme au début des années 2010. Le Québec demeure le seul gouvernement à continuer d’en offrir directement aux particuliers.

Les intérêts d’une obligation d’épargne sont-ils imposables?

Oui, sauf si l’obligation est détenue dans un compte enregistré comme le CELI, le REER ou le CELIAPP. Détenue hors de ces comptes, elle génère un revenu d’intérêt pleinement imposable l’année où il est reçu ou couru, selon le mode choisi.

Vaut-il la peine d’attendre un retour du programme fédéral plutôt que de placer son argent maintenant?

Rien n’indique qu’un tel retour soit prévu. Attendre un produit qui n’a pas été relancé depuis 2017 comporte un coût d’opportunité réel : un CPG ou une obligation d’épargne provinciale disponible aujourd’hui rapporte un rendement garanti que l’attente, elle, ne rapporte jamais.

Sources officielles


Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Les taux, conditions de vente et disponibilités des produits mentionnés changent régulièrement : vérifiez toujours l’information à jour directement auprès de la source officielle avant de placer votre argent. Pour une situation particulière, consultez un conseiller financier qualifié. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.