Calculer le rendement réel de son portefeuille : rendement pondéré dans le temps ou TRI

Deux investisseurs peuvent détenir exactement le même fonds, pendant exactement la même période, et obtenir des rendements très différents : la différence tient au moment où chacun a ajouté ou retiré de l’argent. Dans l’exemple chiffré de cet article, un fonds affiche +3,92 % par année pendant que le portefeuille de l’investisseur qui l’a utilisé en réalise +9,06 % par année. Aucun des deux chiffres n’est faux : ils répondent à deux questions différentes.

Quand on demande « combien mon portefeuille a-t-il rapporté? », la réponse dépend de ce qu’on veut mesurer : la performance des placements eux-mêmes, ou le résultat que vous avez vraiment obtenu avec vos dépôts, vos retraits et leur calendrier. Les relevés annuels, les sites de courtiers et les fiches de fonds n’utilisent pas toujours la même mesure, ce qui explique bien des confusions.

Note : les exemples chiffrés de cet article sont hypothétiques et servent uniquement à illustrer les méthodes de calcul. Ils ne constituent pas une prévision de rendement. Les règles de présentation des relevés peuvent évoluer : référez-vous toujours aux documents de votre courtier et aux sources officielles citées en fin d’article.

Sommaire

Pourquoi le « rendement » n’a pas un seul sens

Le mot « rendement » désigne en réalité plusieurs calculs. Selon celui qu’on choisit, le même portefeuille peut sembler très performant ou décevant.

Le rendement d’un placement. C’est la variation de valeur d’un fonds, d’un FNB (fonds négocié en bourse) ou d’une action, avec les revenus qu’il verse, indépendamment de ce que vous avez acheté ou vendu. C’est ce que mesurent les fiches de fonds et les indices de référence.

Le rendement de votre portefeuille. C’est le résultat de votre compte, qui dépend de la valeur des placements, mais aussi du montant et du moment de chaque dépôt et de chaque retrait. Les autorités en valeurs mobilières parlent de « rendement personnel » : il est propre à votre situation et, selon InvestRight, il n’est pas directement comparable aux indices de référence généraux.

Ces deux notions correspondent à deux méthodes : le rendement pondéré dans le temps (RPT) et le taux de rendement interne (TRI), aussi appelé rendement pondéré selon les flux de trésorerie ou « pondéré en fonction de la valeur en dollars ». Les sections suivantes les expliquent une à une.

Le rendement pondéré dans le temps (RPT)

Le RPT cherche à isoler la performance des placements en neutralisant l’effet de vos dépôts et retraits. On découpe la période en sous-périodes, délimitées par chaque mouvement d’argent, on calcule le rendement de chacune, puis on les enchaîne.

La formule. Si les sous-périodes ont produit des rendements r1, r2, … rn, le rendement total est (1 + r1) × (1 + r2) × … × (1 + rn) − 1. Pour l’exprimer en rendement annuel, on en tire la racine correspondant au nombre d’années (voir l’exemple plus bas).

À quoi il sert. Le RPT permet de comparer un fonds, un gestionnaire ou un portefeuille à un indice de référence, parce qu’il ne dépend pas du moment où chaque investisseur a choisi de cotiser. C’est généralement la méthode derrière les rendements affichés pour les fonds communs et les FNB. Si vous cherchez à savoir si votre FNB indiciel suit bien son indice, c’est le RPT qu’il faut regarder.

Sa limite. Le RPT ne dit rien sur ce que vous avez gagné en dollars. Un investisseur qui a ajouté beaucoup d’argent juste avant une baisse a vécu une expérience bien plus difficile que ce que le RPT du fonds laisse voir.

Le TRI : le rendement pondéré selon les flux de trésorerie

Le TRI (taux de rendement interne) répond à une autre question : « quel taux de croissance annuel constant aurait produit la valeur finale de mon compte, compte tenu de tout l’argent que j’y ai mis ou retiré, aux dates où je l’ai fait? ».

Comment il fonctionne. Chaque dépôt est traité comme une sortie d’argent, chaque retrait comme une entrée, et la valeur finale du compte comme une dernière entrée. Le TRI est le taux qui ramène la valeur actualisée de tous ces flux à zéro. Il n’existe pas de formule fermée : on le calcule par approximations successives, ce que font les chiffriers (la fonction TRI ou XIRR selon les logiciels) et les calculatrices financières.

Ce qu’il capte. Contrairement au RPT, le TRI tient compte de la taille et du moment de vos mouvements de fonds. Ajouter de l’argent avant une hausse améliore votre TRI; l’ajouter avant une baisse le détériore, alors que le RPT, lui, n’en tient pas compte. Si aucun dépôt ni retrait n’a lieu pendant la période, les deux méthodes donnent le même résultat.

Ce que mesure le rapport de votre courtier. Depuis les modifications réglementaires du modèle de relation client-conseiller (MRCC2, en vigueur depuis juillet 2016), les personnes inscrites doivent fournir un rapport annuel sur le rendement qui présente un taux de rendement personnel calculé selon les flux de trésorerie (pour le cadre général du MRCC2, voir la synthèse des Autorités canadiennes en valeurs mobilières). C’est donc la mesure « personnelle » que vous retrouvez déjà dans votre relevé.

Un exemple chiffré qui montre l’écart

Voici un scénario hypothétique, volontairement simple, sur deux ans.

Année 1. Vous investissez 10 000 $ dans un fonds. Le fonds perd 10 %, et votre compte vaut 9 000 $ à la fin de l’année. Vous ajoutez alors 10 000 $, pour un total de 19 000 $.

Année 2. Le fonds gagne 20 %. Votre compte vaut 22 800 $ (19 000 $ × 1,20).

Le RPT. On enchaîne les deux rendements : 0,90 × 1,20 = 1,08, soit +8 % sur deux ans. En rendement annuel : la racine carrée de 1,08 moins 1, soit environ 3,92 % par année. C’est le rendement du fonds, que vous ayez cotisé ou non.

Le TRI. Vous avez mis 20 000 $ au total (10 000 $ au départ, 10 000 $ un an plus tard) et vous avez 22 800 $ à la fin, soit un gain de 2 800 $. Mais la moitié de l’argent n’a travaillé qu’une seule année, celle de la hausse de 20 %. Le TRI qui égalise ces flux est d’environ 9,06 % par année.

Comment lire l’écart. Le fonds a été à peine positif sur la période (RPT), mais votre décision d’ajouter de l’argent après la baisse a été favorable (TRI). Dans un autre scénario, ajouter l’argent juste avant la baisse aurait produit l’effet inverse. Aucune des deux mesures n’est la « bonne » : le RPT évalue le fonds, le TRI évalue le parcours de votre argent.

Mesure Ce qu’elle évalue Dépôts et retraits Résultat de l’exemple
Rendement pondéré dans le temps (RPT) Le placement ou le gestionnaire Neutralisés ≈ 3,92 % par année
Taux de rendement interne (TRI) Votre résultat personnel Pris en compte (montant et moment) ≈ 9,06 % par année

Lire son relevé annuel et ses frais

Votre courtier ou conseiller fournit déjà un rapport sur le rendement. Savoir le lire évite de refaire les calculs à la main.

Les périodes. Le rapport présente généralement des rendements annualisés sur plusieurs périodes (par exemple la dernière année, puis des horizons plus longs) ainsi que depuis l’ouverture du compte. Plus la période est longue, plus le chiffre est instructif; un seul exercice peut être trompeur.

Les mouvements d’argent. Le rapport indique aussi la variation de la valeur du compte, avec les dépôts et retraits de la période. Un rendement qui semble faible après de gros dépôts tardifs, ou élevé après un retrait, s’explique souvent par ce calendrier.

Les frais. Les rendements personnels sont habituellement présentés après déduction des frais, ce qui est exactement ce qu’on veut savoir. Par contre, le rendement d’un fonds ou d’un indice affiché ailleurs peut ne pas inclure les mêmes frais. Pour comparer des pommes avec des pommes, vérifiez toujours si le chiffre est avant ou après frais. L’effet des frais sur le long terme est détaillé dans notre article sur le RFG.

Le calcul à la maison. Si vous gérez vous-même plusieurs comptes, un chiffrier suffit : inscrivez chaque dépôt et retrait avec sa date (dépôts en négatif, retraits en positif), ajoutez la valeur actuelle du compte comme dernier flux positif à la date du jour, puis appliquez la fonction XIRR (ou TRI.PAIEMENTS selon la version). Pour un suivi plus simple, GetSmarterAboutMoney propose une estimation approximative à partir de la valeur en début et en fin de période, des sommes investies et des frais payés; c’est une approximation, pas un calcul précis.

Du rendement nominal au rendement réel : inflation et impôts

Dans le langage courant, « rendement réel » désigne souvent un autre ajustement : celui de l’inflation. Le rendement affiché (dit nominal) ne dit pas combien votre pouvoir d’achat a progressé.

La formule. Rendement réel ≈ (1 + rendement nominal) ÷ (1 + inflation) − 1. À titre purement illustratif : avec un rendement de 6 % et une inflation de 3 %, le calcul donne 1,06 ÷ 1,03 − 1, soit environ 2,91 %. Ces chiffres sont hypothétiques; consultez les données officielles de la Banque du Canada ou de Statistique Canada pour l’inflation réelle d’une période donnée. Pour mieux comprendre le phénomène, voyez notre article sur l’inflation et le pouvoir d’achat.

Les impôts. Le rapport de rendement de votre courtier ne tient pas compte de l’impôt que vous paierez. Dans un compte non enregistré, les intérêts, dividendes et gains en capital sont imposables; dans un CELI, la croissance ne l’est pas, et dans un REER l’impôt est reporté au retrait. Deux portefeuilles au rendement identique peuvent donc donner des résultats après impôt très différents.

L’objectif personnel. GetSmarterAboutMoney suggère trois points de comparaison : vos objectifs financiers, l’inflation et un indice de référence adapté (par exemple un indice mixte si vous détenez des actions et des titres à revenu fixe). Le TRI est la mesure appropriée pour la première comparaison; le RPT convient mieux à la troisième.

Le réflexe à adopter : utilisez le RPT pour juger un fonds ou un gestionnaire contre son indice de référence, et le TRI pour juger votre propre résultat. Avant de tirer une conclusion, vérifiez trois choses : la période mesurée, si le chiffre est avant ou après frais, et si l’on parle de rendement nominal ou réel. Un seul exercice ne suffit pas pour décider de changer de stratégie.

Les erreurs à éviter

Erreur 1 — Comparer son TRI à l’indice de référence. Votre rendement personnel dépend de vos dépôts et retraits; l’indice, lui, n’en a aucun. La comparaison directe peut être trompeuse dans un sens comme dans l’autre.

Erreur 2 — Juger un fonds avec son propre TRI. Si vos dépôts sont tombés au mauvais moment, le fonds n’y est pour rien. Pour évaluer le fonds, regardez son rendement pondéré dans le temps.

Erreur 3 — Calculer sur une période trop courte. Un rendement annualisé à partir de quelques mois peut produire un chiffre spectaculaire qui n’a aucune valeur prédictive. Privilégiez des périodes d’au moins plusieurs années.

Erreur 4 — Oublier les frais. Comparer un rendement avant frais à un rendement après frais fausse le jugement. Vérifiez toujours la mention en bas de page.

Erreur 5 — Additionner des rendements annuels. Des gains de +20 % puis de −20 % ne donnent pas 0 % : on obtient 1,20 × 0,80 = 0,96, soit −4 %. Les rendements s’enchaînent par multiplication, pas par addition.

Erreur 6 — Confondre gain en dollars et rendement. Un gain de 2 800 $ sur 20 000 $ investis ne raconte pas la même histoire qu’un gain de 2 800 $ sur 200 000 $. Rapportez toujours le gain au capital investi et à sa durée.

Erreur 7 — Ignorer l’inflation et l’impôt. Un rendement nominal positif peut cacher un rendement réel nul après inflation, et un rendement après impôt plus faible dans un compte non enregistré.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre le rendement pondéré dans le temps et le TRI?

Le rendement pondéré dans le temps neutralise vos dépôts et retraits pour mesurer la performance du placement lui-même. Le TRI tient compte du montant et du moment de chaque mouvement d’argent pour mesurer le résultat de votre compte. S’il n’y a ni dépôt ni retrait, les deux sont égaux.

Quelle mesure figure sur mon relevé annuel?

Le rapport annuel sur le rendement exigé des personnes inscrites présente un taux de rendement personnel qui intègre les dépôts et retraits, donc de type TRI. Les rendements publiés par les sociétés de fonds pour leurs produits suivent plutôt la logique pondérée dans le temps. Vérifiez la note explicative de votre document.

Comment calculer mon TRI dans un chiffrier?

Dressez la liste de vos dépôts (en négatif) et retraits (en positif) avec leurs dates, ajoutez la valeur actuelle du compte comme dernier flux positif à la date du jour, puis utilisez la fonction XIRR (ou son équivalent français selon votre logiciel). Le résultat est un taux annuel.

Mon rendement est-il bon?

Il n’existe pas de seuil universel. Comparez-le à vos objectifs, à l’inflation et, pour le rendement du placement, à un indice de référence adapté à la composition de votre portefeuille. Considérez aussi la période : un résultat sur un an est peu significatif.

Pourquoi mon rendement est-il différent de celui de mon FNB?

Parce que votre rendement dépend du moment de vos achats, de vos dépôts et de vos retraits, alors que celui du FNB est calculé indépendamment de ces mouvements. Les frais de courtage, les écarts de prix à l’achat et les autres titres du compte peuvent aussi jouer.

Faut-il inclure les dividendes et les intérêts dans le calcul?

Oui. Le rendement total comprend la variation de valeur et les revenus versés, qu’ils soient réinvestis ou retirés. Un revenu retiré du compte se traite comme un retrait dans un calcul de type TRI.

Comment tenir compte de l’inflation?

Divisez (1 + votre rendement) par (1 + l’inflation de la même période), puis soustrayez 1. Utilisez les chiffres d’inflation publiés par la Banque du Canada ou Statistique Canada pour la période exacte que vous mesurez.

Les rendements passés garantissent-ils les rendements futurs?

Non. Le rendement passé décrit ce qui s’est produit; il ne prédit pas ce qui arrivera. Servez-vous-en pour comprendre votre parcours et ajuster votre plan, pas pour prévoir.

Sources officielles


Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier personnalisé. Les exemples chiffrés sont hypothétiques et ne garantissent aucun rendement futur. Pour une situation particulière, consultez un planificateur financier ou un conseiller inscrit. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.