Une dépense n’est déductible que si elle est raisonnable et engagée pour gagner un revenu d’entreprise — le simple fait qu’elle transite par le compte de la société ne suffit pas. Les registres justificatifs doivent être conservés pendant six ans après la fin de l’année d’imposition visée, et le mélange des dépenses personnelles et professionnelles reste l’une des causes les plus fréquentes de redressement lors d’une vérification fiscale.
Pour une petite entreprise incorporée au Québec, bien tenir son compte de dépenses n’est pas qu’une question de paperasse : c’est ce qui détermine combien d’impôt la société paiera réellement, et ce qui protège le propriétaire en cas de vérification de l’Agence du revenu du Canada (ARC) ou de Revenu Québec. Savoir quelles dépenses sont pleinement déductibles, lesquelles sont limitées et lesquelles ne le sont jamais du tout évite à la fois de payer trop d’impôt par excès de prudence et de s’exposer à un redressement par excès d’audace.
Note : les seuils, limites et taux mentionnés dans ce guide évoluent régulièrement (indexation annuelle, budgets fédéral et provincial). Vérifiez toujours le montant applicable à votre année d’imposition auprès de l’ARC ou de Revenu Québec avant de produire une déclaration.
Sommaire
- Qu’est-ce qu’une dépense d’entreprise déductible
- Les catégories de dépenses courantes admissibles
- Dépenses partiellement déductibles et dépenses en capital
- Organiser son compte de dépenses : séparer le personnel de l’entreprise
- Exemple chiffré : calculer une dépense à usage mixte
- Bonnes pratiques de tenue de registres
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une dépense d’entreprise déductible
Avant de dresser une liste de catégories, il faut comprendre le test légal qui s’applique à toute dépense d’entreprise. La règle générale est simple à énoncer, mais exigeante en pratique : une dépense est déductible si elle est raisonnable dans les circonstances et si elle a été engagée dans le but de gagner un revenu d’entreprise. Une dépense somptuaire, personnelle ou sans lien avec l’activité de l’entreprise ne devient pas déductible simplement parce qu’elle a été payée avec la carte de la société.
La société incorporée est une entité distincte. Contrairement au travailleur autonome qui déclare ses revenus et dépenses d’entreprise directement dans sa déclaration personnelle, une société par actions a sa propre personnalité juridique. Ses dépenses réduisent le revenu imposable de la société, pas celui de l’actionnaire directement — sauf lorsque celui-ci se fait rembourser une dépense engagée personnellement pour le compte de l’entreprise, auquel cas un registre de remboursement clair devient essentiel. Le type de structure choisie au départ — entreprise individuelle, société de personnes ou incorporation — a d’ailleurs une incidence directe sur qui peut déduire quoi ; le sujet est couvert en détail dans notre guide pour choisir sa structure d’entreprise au Québec.
Dépense courante ou dépense en capital. Une deuxième distinction structure tout le reste du guide : une dépense courante (fournitures de bureau, loyer, salaires) est généralement déductible dans l’année où elle est engagée, alors qu’une dépense en capital (achat d’un immeuble, d’un véhicule, d’équipement à longue durée de vie) doit plutôt être amortie sur plusieurs années via la déduction pour amortissement (DPA), une mécanique distincte abordée à la section suivante.
Les catégories de dépenses courantes admissibles
La majorité des dépenses qu’une petite entreprise engage pour fonctionner au quotidien sont déductibles à 100 %, dans la mesure où elles respectent le test de la section précédente. Les catégories les plus fréquentes incluent :
Loyer et frais de bureau. Le loyer commercial, les fournitures consommables (papeterie, cartouches d’encre, petites fournitures) et les frais d’exploitation d’un local d’affaires sont pleinement déductibles. Les biens durables comme le mobilier ou les classeurs, eux, sont considérés comme des immobilisations et suivent plutôt les règles de la DPA.
Salaires et avantages sociaux. Les salaires versés aux employés, incluant les charges sociales obligatoires de l’employeur (cotisations au Régime de rentes du Québec, à l’assurance-emploi, au régime québécois d’assurance parentale et à la CNESST, la commission provinciale qui encadre les normes du travail), sont déductibles pour la société. Ce même chapitre détermine comment le propriétaire lui-même est rémunéré ; le choix entre se payer en salaire ou en dividendes influence directement les dépenses déductibles de la société et le revenu personnel déclaré par la suite.
Assurances commerciales, honoraires professionnels et publicité. Les primes d’assurance responsabilité civile ou d’assurance des biens d’affaires, les honoraires versés à un comptable, un avocat ou un consultant, ainsi que les dépenses de publicité et de marketing sont généralement déductibles à 100 %.
Intérêts, frais bancaires, taxes et permis d’affaires. Les intérêts sur un emprunt contracté pour l’entreprise, les frais de tenue de compte bancaire d’affaires, les cotisations à un ordre professionnel ou à une association commerciale, ainsi que les taxes municipales et les permis d’exploitation sont admissibles — à l’exception des droits d’adhésion à un club social, sportif ou de golf, expressément exclus même à des fins de représentation.
La TPS et la TVQ payées sur ces achats. Une société inscrite aux fichiers de la TPS (taxe sur les produits et services, fédérale) et de la TVQ (taxe de vente du Québec, provinciale) peut généralement récupérer les taxes payées sur ses dépenses d’affaires sous forme de crédit de taxe sur les intrants (CTI) et de remboursement de la taxe sur les intrants (RTI), ce qui réduit d’autant le coût réel de chaque dépense admissible. Le mécanisme de récupération fonctionne selon les mêmes principes que ceux détaillés dans notre guide sur la TPS et la TVQ pour les travailleurs autonomes, applicables à toute entreprise inscrite, incorporée ou non.
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Dépenses partiellement déductibles et dépenses en capital
Certaines catégories de dépenses, même clairement liées à l’entreprise, ne sont pas déductibles à 100 %. Connaître ces limites évite à la fois de sous-réclamer par prudence excessive et de se faire refuser une portion de la dépense lors d’une vérification.
Repas et représentation : limite de 50 %. Les frais de repas et de représentation engagés pour des motifs d’affaires (repas avec un client, un fournisseur) ne sont déductibles qu’à hauteur de 50 % du montant raisonnable, taxes et pourboire inclus. Cette limite ne s’applique pas si l’entreprise facture directement ce coût à son client ou si elle œuvre elle-même dans la restauration.
Espace de travail à domicile : limite propre au Québec. Lorsqu’une partie de la résidence sert de bureau ou d’espace de travail pour l’entreprise, le Québec limite à 50 % le montant des dépenses qui y sont rattachées (une partie du loyer, de l’électricité, du chauffage, calculée au prorata de la superficie utilisée), en plus des conditions d’usage exclusif ou régulier exigées par l’ARC au fédéral. Les frais qui touchent directement et uniquement l’espace d’affaires — sans lien avec l’usage résidentiel — demeurent pleinement déductibles.
Véhicule à moteur : plusieurs limites combinées. Les frais de fonctionnement d’un véhicule utilisé à des fins d’affaires (essence, entretien, assurance, immatriculation) sont déductibles au prorata du kilométrage d’affaires sur le kilométrage total. Un véhicule de tourisme est en plus assujetti à des plafonds sur le montant amortissable, sur les intérêts déductibles et sur les frais de location — des plafonds révisés annuellement par le gouvernement fédéral, à vérifier pour l’année d’imposition en cours.
Dépenses en capital : la déduction pour amortissement (DPA). Un actif dont la durée de vie utile dépasse un an (ordinateur, mobilier, équipement, véhicule, bâtiment) ne se déduit pas en un seul versement l’année de l’achat. Il est plutôt inscrit dans une catégorie de la DPA et amorti fiscalement sur plusieurs années selon un taux prescrit — une mécanique distincte de la simple dépense courante, et qui explique pourquoi un gros achat d’équipement ne réduit pas l’impôt de la société aussi rapidement qu’on pourrait s’y attendre.
Organiser son compte de dépenses : séparer le personnel de l’entreprise
La règle la plus simple à appliquer — et la plus souvent négligée — consiste à séparer ses finances personnelles de celles de l’entreprise dès le départ, même pour une très petite structure. Un compte bancaire d’affaires distinct et, idéalement, une carte de crédit dédiée à l’entreprise simplifient considérablement la catégorisation des dépenses et évitent d’avoir à démêler des mois de relevés lors de la préparation des déclarations. Le choix d’une carte adaptée fait d’ailleurs l’objet d’un guide complet sur les cartes de crédit d’affaires pour petites entreprises.
Le cas des dépenses à usage mixte. Certains frais — téléphone cellulaire, forfait Internet, véhicule — servent à la fois à des fins personnelles et professionnelles. Dans ces cas, seule la portion utilisée pour l’entreprise, établie sur une base raisonnable (proportion du temps d’utilisation, kilométrage d’affaires, superficie occupée), peut être réclamée. Documenter cette proportion au moment de l’achat, plutôt que de l’estimer après coup, réduit le risque de contestation en cas de vérification.
Les pièces justificatives à conserver. Chaque dépense réclamée doit être appuyée par une pièce justificative — facture, reçu, relevé bancaire ou de carte de crédit — indiquant la date, le montant, le fournisseur et la nature de l’achat. Une note manuscrite ou un simple relevé de compte, sans facture détaillée, est rarement suffisant pour justifier une dépense importante en cas de vérification.
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Exemple chiffré : calculer une dépense à usage mixte
Voici, à titre illustratif seulement, comment se calcule une dépense à usage mixte typique — un espace de travail à domicile.
Étape 1 — établir la proportion d’usage. Supposons qu’une pièce représente 10 % de la superficie totale de la résidence et qu’elle sert exclusivement de bureau pour l’entreprise. Sur des frais annuels combinés de loyer, d’électricité et de chauffage de 18 000 $, la portion attribuable à l’espace de travail serait de 1 800 $ (18 000 $ × 10 %).
Étape 2 — appliquer la limite provinciale. Au Québec, cette portion est elle-même plafonnée à 50 % pour les frais qui ne sont pas exclusivement liés à l’espace d’affaires (comme le chauffage ou l’électricité, qui bénéficient aussi à la résidence dans son ensemble) : la dépense réellement déductible serait donc de 900 $ (1 800 $ × 50 %), et non 1 800 $.
Un exemple similaire s’applique à la TPS/TVQ. Si une entreprise inscrite dépense 1 000 $ plus taxes pour du matériel utilisé entièrement à des fins commerciales, elle peut généralement récupérer la totalité de la TPS et de la TVQ payées sur cet achat par crédit de taxe sur les intrants — un mécanisme qui ne s’applique toutefois qu’à la portion d’usage réellement commerciale lorsque le bien sert aussi à des fins personnelles.
Ces calculs restent des illustrations simplifiées : le traitement exact dépend de la situation précise de chaque entreprise, et un professionnel comptable demeure la meilleure ressource pour valider un cas particulier.
Bonnes pratiques de tenue de registres
Au-delà de savoir quoi déduire, la façon dont les dépenses sont enregistrées au fil de l’année détermine à quel point la période des impôts sera simple — ou pénible. Quelques réflexes structurent une bonne tenue de registres :
Utiliser un outil de comptabilité, même simplifié. Un chiffrier structuré ou un logiciel de comptabilité en ligne permet de catégoriser chaque dépense au moment où elle survient plutôt qu’en bloc, une fois par année. Cela facilite aussi les rapprochements mensuels entre les relevés bancaires et les registres internes.
Faire les rapprochements régulièrement. Comparer chaque mois les transactions du compte d’affaires avec les factures et reçus conservés permet de repérer rapidement une dépense mal catégorisée ou une pièce justificative manquante, plutôt que de découvrir le problème un an plus tard.
Conserver les documents pendant six ans. L’ARC exige que les registres comptables soient conservés pendant six ans suivant la fin de la dernière année d’imposition à laquelle ils se rapportent, sauf permission écrite de destruction anticipée. Cette obligation s’applique autant aux factures papier qu’aux registres électroniques, et elle incombe à l’entreprise même si la comptabilité est tenue par un tiers.
Distinguer la rémunération du propriétaire-dirigeant des dépenses de l’entreprise. Un retrait de fonds de la société vers le compte personnel du propriétaire n’est pas automatiquement une dépense déductible : selon la forme qu’il prend, ce retrait est un salaire, un dividende ou un remboursement de dépenses — trois traitements fiscaux très différents, décrits en détail dans notre guide sur le choix entre salaire et dividendes pour un propriétaire incorporé.
Le réflexe à adopter : tenir ses registres au fil de l’eau plutôt qu’en fin d’année, garder systématiquement la pièce justificative de chaque dépense — même minime — et se poser la question du lien réel avec l’activité de l’entreprise avant de réclamer une dépense douteuse. En cas de doute sur une dépense importante ou récurrente, une courte consultation avec un comptable coûte généralement bien moins cher qu’un redressement fiscal.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Payer des dépenses d’entreprise avec la carte personnelle sans les tracer. Chaque paiement effectué avec un compte ou une carte personnelle pour l’entreprise doit être enregistré comme un remboursement dû par la société, sans quoi la dépense risque de simplement disparaître des registres.
Erreur 2 — Réclamer 100 % d’une dépense à usage mixte. Réclamer la totalité d’un forfait cellulaire, d’un abonnement Internet ou de frais de véhicule utilisés en partie à des fins personnelles expose à un refus complet de la dépense en cas de vérification, plutôt qu’à une simple réduction proportionnelle.
Erreur 3 — Confondre dépense courante et dépense en capital. Déduire en un seul coup l’achat complet d’un équipement ou d’un véhicule, plutôt que de l’amortir sur plusieurs années via la DPA, est une erreur fréquente qui fausse le revenu imposable déclaré.
Erreur 4 — Négliger de conserver les pièces justificatives. Un relevé de carte de crédit indiquant seulement le nom du commerçant et le montant ne remplace pas une facture détaillée : sans reçu, une dépense contestée lors d’une vérification est souvent tout simplement refusée.
Erreur 5 — Oublier de s’inscrire à la TPS/TVQ une fois le seuil dépassé. Une entreprise dont les revenus taxables dépassent le seuil d’inscription obligatoire doit s’inscrire aux fichiers de la TPS et de la TVQ ; ne pas le faire prive l’entreprise de ses crédits de taxe sur les intrants tout en l’exposant à des pénalités.
Erreur 6 — Réclamer des dépenses expressément exclues. Les droits d’adhésion à un club social ou sportif, les amendes et pénalités, ainsi que certaines dépenses somptuaires ne sont jamais déductibles, peu importe le lien qu’on tente d’établir avec l’entreprise.
Erreur 7 — Improviser la comptabilité en fin d’année seulement. Reconstituer douze mois de dépenses juste avant la date limite de production multiplie les oublis, les erreurs de catégorisation et le risque de perdre des pièces justificatives.
Questions fréquentes
Une dépense payée avec ma carte personnelle peut-elle quand même être déduite par ma société?
Oui, à condition qu’elle soit enregistrée comme un remboursement dû par la société au propriétaire, avec la pièce justificative originale conservée. Sans cette trace, la dépense risque de ne jamais apparaître dans les registres de l’entreprise.
Est-ce que je peux déduire mon abonnement de gym ou mes vêtements de travail?
En général, non : ces dépenses sont considérées comme personnelles, même si elles contribuent indirectement à l’image professionnelle. Des vêtements exigeant un usage strictement professionnel (uniforme, équipement de protection) constituent une exception.
Dois-je garder les reçus papier ou une copie numérique suffit-elle?
Une copie numérique lisible (photo ou numérisation) est généralement acceptée, à condition qu’elle soit complète et conservée pendant toute la période de six ans exigée.
Qu’arrive-t-il si je ne peux pas retrouver une pièce justificative?
Une dépense sans pièce justificative peut être refusée en cas de vérification. Certains éléments de preuve secondaires (relevé bancaire, correspondance avec le fournisseur) peuvent parfois appuyer une reconstitution, mais ils restent moins solides qu’une facture originale.
La limite de 50 % sur les repas s’applique-t-elle aussi aux repas pris seul en déplacement d’affaires?
Oui, la limite de 50 % s’applique généralement à tous les frais de repas engagés dans le cadre d’une activité d’affaires, qu’ils soient pris seul en déplacement ou avec un client.
Une société qui ne génère pas encore de revenus peut-elle déduire ses dépenses de démarrage?
Certaines dépenses raisonnables engagées avant le début officiel des activités peuvent être admissibles, mais les règles de démarcation sont précises et varient selon la nature de la dépense — une vérification auprès d’un comptable est recommandée avant de les réclamer.
Faut-il un logiciel de comptabilité dès la première année?
Ce n’est pas obligatoire pour une très petite entreprise, mais un outil structuré — même un chiffrier bien organisé — réduit considérablement le risque d’erreurs et facilite la préparation de la déclaration de revenus de la société.
Qui est responsable si mon comptable fait une erreur de catégorisation?
La responsabilité de l’exactitude des registres et de la déclaration demeure celle de l’entreprise, même lorsque la tenue de livres est confiée à un tiers. D’où l’importance de réviser périodiquement les catégorisations avec la personne qui tient les registres.
Sources officielles
- Agence du revenu du Canada — Types de dépenses d’exploitation déductibles
- Agence du revenu du Canada — Frais de véhicule à moteur
- Agence du revenu du Canada — Conservation des registres
- Revenu Québec — Dépenses d’exploitation
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil fiscal ou comptable personnalisé. Les règles, limites et seuils applicables aux dépenses d’entreprise évoluent régulièrement et dépendent de la situation propre à chaque entreprise. Pour une situation particulière ou une dépense importante, consultez un comptable professionnel agréé (CPA). Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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