Quand un employeur fait faillite, le salaire impayé n’est pas forcément perdu : un programme fédéral, le Programme de protection des salariés (PPS), peut verser jusqu’à 9 275 $ pour les salaires, les vacances et certaines indemnités dus, et la Loi sur les normes du travail du Québec continue de protéger vos droits.
Apprendre que son employeur est insolvable, c’est souvent une double inquiétude : la paie des dernières semaines est incertaine, et l’emploi lui-même disparaît. La bonne nouvelle, c’est que des mécanismes existent, au fédéral comme au Québec, et qu’il suffit généralement de connaître les bonnes étapes dans le bon ordre.
Note : le plafond du PPS est indexé chaque année et les règles peuvent évoluer. Les montants cités ici datent de 2026 ; confirmez-les toujours sur le site de Service Canada avant de faire une demande.
Sommaire
- Faillite, séquestre, restructuration : de quoi parle-t-on ?
- Ce que la loi prévoit pour vos créances salariales
- Le Programme de protection des salariés (PPS)
- Qui n’est pas admissible au PPS ?
- Les recours au Québec : CNESST et Loi sur les normes du travail
- Un exemple pour s’y retrouver
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Faillite, séquestre, restructuration : de quoi parle-t-on ?
Les termes se ressemblent, mais ils n’ont pas les mêmes conséquences pour vous.
La faillite. L’entreprise cesse ses activités et un syndic (professionnel agréé en insolvabilité) liquide ses biens pour rembourser les créanciers, selon un ordre de priorité fixé par la loi. Pour comprendre le mécanisme général, voir les différences entre faillite et proposition, qui s’appliquent par analogie aux entreprises.
La mise sous séquestre. Un séquestre prend le contrôle des biens d’une entreprise, souvent à la demande d’un prêteur garanti. Vous pouvez alors continuer de travailler quelques jours ou semaines, ou être mis à pied.
La restructuration. L’entreprise tente de se réorganiser sous la protection des tribunaux (par exemple en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies). Certaines de ces procédures donnent aussi accès au PPS.
Si votre employeur tarde simplement à payer, sans aucune procédure d’insolvabilité, le PPS ne s’applique pas encore : vous pourriez le devenir si une faillite ou une autre procédure admissible est déposée plus tard.
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Ce que la loi prévoit pour vos créances salariales
En cas de faillite, les créanciers ne sont pas tous égaux. Les salariés bénéficient d’un traitement favorable pour certaines sommes impayées, mais ce rang ne garantit pas un paiement complet : tout dépend de ce qu’il reste après le paiement des créanciers qui passent en premier, comme les créanciers garantis.
Réclamer auprès du syndic. Le syndic transmet généralement aux employés un avis de faillite et un formulaire pour déclarer ce qui leur est dû. Remplissez-le avec soin et joignez vos talons de paie, votre contrat ou tout document qui prouve le montant réclamé.
Conserver ses preuves. Relevés de paie, courriels de l’employeur, relevé d’heures, feuillets de fin d’emploi (comme le relevé d’emploi) : ces documents appuieront chaque démarche ultérieure.
Ne pas compter uniquement sur la liquidation. Dans bien des faillites, il reste peu d’argent pour les créanciers ordinaires. C’est précisément pour cela que le PPS a été créé : il verse une somme sans attendre la fin de la liquidation.
Le Programme de protection des salariés (PPS)
Administré par Service Canada, le PPS verse un paiement aux travailleurs dont l’employeur est en faillite ou sous séquestre, ou fait l’objet d’une autre procédure d’insolvabilité admissible.
Ce qui est couvert. Selon Service Canada, le programme peut couvrir les salaires, commissions et autres rémunérations gagnés, l’indemnité de vacances, l’indemnité de départ et l’indemnité de préavis (aussi appelée indemnité de cessation d’emploi).
La période admissible. Elle correspond en général aux six mois précédant la faillite, la mise sous séquestre ou la procédure d’insolvabilité. Les salaires et vacances s’arrêtent à la date de la faillite ou du séquestre ; pour les indemnités de départ et de préavis, des règles particulières s’appliquent. Vérifiez votre cas précis sur le site officiel.
Le plafond. Le paiement maximal correspond à sept fois la rémunération hebdomadaire assurable de l’assurance-emploi, soit 9 275 $ en 2026. Ce montant est révisé chaque année. Si le syndic ou le séquestre vous verse une partie de ce qui est dû, vous pourriez avoir droit à un complément du PPS jusqu’au plafond.
Comment faire la demande. Service Canada encourage la demande en ligne : le formulaire doit être rempli en une seule fois, car il ne peut pas être enregistré à moitié. Vous aurez besoin de votre numéro d’assurance sociale. Une demande peut être retardée si Service Canada n’a pas encore reçu l’information du syndic ou du séquestre. Si vous n’êtes pas d’accord avec les montants indiqués par le syndic, contactez-le avant de présenter votre demande.
Délais. La page officielle consultée ne précise pas la date limite ni la durée du traitement : communiquez avec la ligne d’information du PPS ou consultez le site de Service Canada pour les confirmer, et ne tardez pas.
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Qui n’est pas admissible au PPS ?
Certaines personnes sont exclues, en raison de leur lien avec l’entreprise. Selon Service Canada, vous n’êtes pas admissible si, pendant la période visée, vous étiez :
- un administrateur ou dirigeant de l’employeur ;
- un actionnaire majoritaire ;
- un cadre supérieur ayant un pouvoir de décision financière ou celui de décider du paiement des salaires ;
- une personne liée à l’une de ces personnes par un lien de dépendance.
Un lien familial n’est pas automatiquement disqualifiant. Votre demande est évaluée pour déterminer s’il existait un véritable lien de dépendance et si vous étiez traité comme les autres employés.
Si vous poursuivez le travail pour le syndic ou le séquestre après la date de la faillite, vous ne devenez admissible qu’à la fin de votre emploi.
Les recours au Québec : CNESST et Loi sur les normes du travail
Au Québec, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) applique la Loi sur les normes du travail. Elle peut recevoir une plainte pour salaire impayé, indemnité de vacances ou de jours fériés non versée, et indemnité de cessation d’emploi.
Un recours qui garde sa valeur. Même lorsque l’employeur est insolvable, déposer une plainte permet de documenter votre créance. La CNESST peut aussi réclamer la somme en votre nom lorsque l’employeur est solvable ou que des actifs existent.
Un délai de prescription court. Les recours en recouvrement de sommes dues se prescrivent rapidement après chaque échéance de paie. Ne laissez pas passer les semaines : communiquez avec la CNESST dès que la paie manque et confirmez le délai applicable à votre situation.
Articuler les démarches. Il est possible, et souvent utile, de mener de front la réclamation auprès du syndic, la demande au PPS et le contact avec la CNESST. Assurez-vous seulement de ne pas être payé deux fois pour la même somme : le PPS tient compte de ce que le syndic vous verse.
Si vous avez quitté votre emploi avant la faillite. Les sommes dues pour la période précédant votre départ peuvent encore être réclamables. Voir aussi les liquidités à prévoir quand on quitte son emploi.
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Un exemple pour s’y retrouver
Prenons une situation fictive. Marie travaille pour une entreprise qui fait faillite un 15 mars. Ses trois dernières paies n’ont pas été versées et elle n’a jamais reçu son indemnité de vacances accumulée.
Étape 1. Elle rassemble ses talons de paie, son contrat et son relevé d’emploi, puis surveille l’avis du syndic.
Étape 2. Elle remplit le formulaire de réclamation du syndic et signale toute erreur dans les montants indiqués.
Étape 3. Elle présente sa demande au PPS en ligne. Si le total de ses créances admissibles est inférieur au plafond, c’est ce total qui est versé ; s’il le dépasse, le paiement est limité au plafond de l’année.
Étape 4. Parallèlement, elle présente sa demande de prestations d’assurance-emploi pour la période sans revenu, et contacte la CNESST pour les sommes que le PPS ne couvre pas.
Étape 5. Elle ajuste son budget le temps que les paiements arrivent. Notre guide sur le fonds d’urgence aide à calculer combien de mois de dépenses il faut tenir.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Attendre « pour voir ». Les délais courent dès les premières paies manquées. Agissez dès que vous avez un doute sérieux.
Erreur 2 — Jeter ses documents. Talons de paie, courriels et relevés d’heures sont vos preuves : conservez-les.
Erreur 3 — Ignorer l’avis du syndic. Le formulaire de réclamation a des échéances ; un oubli peut compliquer le dossier.
Erreur 4 — Croire que le PPS paie tout. Il est plafonné et ne couvre que certaines catégories de sommes.
Erreur 5 — Retarder sa demande d’assurance-emploi. Sans revenu, présentez-la rapidement, sans attendre le versement du PPS.
Erreur 6 — Accepter de continuer à travailler sans être payé. Chaque période travaillée sans paie augmente la somme à récupérer, avec un risque de ne pas tout récupérer.
Erreur 7 — Négliger de contacter la CNESST. Même si le PPS verse une somme, il peut rester des montants (par exemple des heures supplémentaires) à réclamer.
Questions fréquentes
Mon employeur est en faillite : serai-je payé ?
Pas nécessairement en totalité, mais plusieurs sommes sont récupérables. Le syndic peut verser une partie des créances salariales selon les actifs disponibles, et le PPS peut combler une partie de l’écart jusqu’au plafond annuel.
Quel est le montant maximal du PPS ?
En 2026, selon Service Canada, il est de 9 275 $. Il correspond à sept fois la rémunération hebdomadaire assurable de l’assurance-emploi et il est révisé chaque année.
Mon employeur n’a pas fait faillite mais ne me paie plus : suis-je couvert ?
Le PPS ne s’applique pas tant qu’aucune procédure d’insolvabilité admissible n’est engagée. Vous pouvez toutefois déposer une plainte à la CNESST pour salaire impayé, sans attendre une éventuelle faillite.
Puis-je recevoir de l’assurance-emploi et le PPS en même temps ?
Ce sont deux programmes distincts avec des objectifs différents : l’un remplace le revenu perdu, l’autre rembourse des sommes dues. Déclarez toutefois toute somme reçue à Service Canada, car certaines peuvent avoir une incidence sur vos prestations.
Un membre de ma famille dirige l’entreprise : suis-je exclu du PPS ?
Pas automatiquement. Service Canada évalue si un véritable lien de dépendance existait et si vous étiez traité comme les autres employés.
Les sommes reçues du PPS sont-elles imposables ?
Elles représentent généralement de la rémunération qui vous était due ; renseignez-vous sur les feuillets fiscaux émis et conservez-les pour votre déclaration de revenus.
Quand dois-je faire ma demande au PPS ?
Le plus tôt possible, une fois l’information du syndic ou du séquestre disponible. Confirmez la date limite applicable auprès de Service Canada, car la page consultée ne la précise pas.
Sources officielles
- Programme de protection des salariés : admissibilité (Service Canada)
- Programme de protection des salariés : montant que vous pourriez recevoir (Service Canada)
- Programme de protection des salariés : présenter une demande (Service Canada)
- CNESST : normes du travail et recours pour salaire impayé
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil juridique ou financier personnalisé. Les montants, délais et règles peuvent changer ; la page de la CNESST n’a pas pu être consultée en détail lors de la rédaction, d’où l’importance de valider les délais directement auprès de l’organisme. Pour une situation complexe ou si des sommes importantes sont en jeu, consultez un avocat en droit du travail ou un syndic autorisé en insolvabilité. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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