Transférer ses frais de scolarité à un parent ou à un conjoint : crédit d’impôt, report et limites

Un étudiant qui a peu de revenus ne peut pas toujours utiliser en entier son crédit d’impôt pour frais de scolarité : le crédit n’est utile que s’il y a de l’impôt à réduire. La partie inutilisée peut alors être transférée à un parent ou à un grand-parent, ou encore reportée aux années suivantes. Mais attention : au fédéral et au Québec, les règles ne sont pas identiques, et choisir le report peut fermer la porte au transfert.

Pour une famille, quelques milliers de dollars de frais de scolarité peuvent se traduire par un allègement d’impôt bien réel, que ce soit pour l’étudiant (plus tard) ou pour la personne qui reçoit le transfert. Pourtant, ce mécanisme est souvent mal compris : on ignore qui peut recevoir le transfert, quel montant peut être transféré et comment bien remplir les formulaires. Cet article explique la logique de base, les différences entre le fédéral et le Québec, et les gestes concrets à poser. Pour la vue d’ensemble de l’aide aux études, consultez notre guide sur l’aide financière aux études (AFE) au Québec.

Note : les montants, les taux et les formulaires peuvent changer d’une année d’imposition à l’autre. Les sites de l’Agence du revenu du Canada (ARC) et de Revenu Québec sont la référence : vérifiez toujours les valeurs de l’année visée avant de produire une déclaration. Lors de la préparation de cet article, certaines pages officielles de Revenu Québec n’étaient pas accessibles (erreur 403) ; nous avons donc évité d’affirmer un chiffre qui n’a pas pu être confirmé à la source.

Sommaire

Le crédit pour frais de scolarité en bref

Un crédit d’impôt non remboursable est un montant qui sert uniquement à réduire l’impôt à payer : il ne peut pas produire un remboursement s’il n’y a pas d’impôt à réduire.

Les frais admissibles. Les frais de scolarité et certains frais obligatoires payés à un établissement d’enseignement postsecondaire reconnu donnent droit à un crédit. En général, l’établissement doit avoir facturé plus de 100 $ de frais admissibles pour que ceux-ci soient pris en compte.

Les pièces justificatives. Au fédéral, l’établissement émet le formulaire T2202 (certificat pour frais de scolarité). Au Québec, on retrouve généralement les frais sur le Relevé 8. Ces documents sont la base de toute réclamation, et vous n’avez pas à les chercher dans les relevés de carte de crédit.

Deux crédits distincts. L’étudiant produit une déclaration fédérale et une déclaration québécoise, chacune avec son propre calcul. Les deux régimes ne fonctionnent pas exactement de la même façon, comme nous le verrons à la section 4. Pour un tour d’horizon des déductions oubliées, consultez aussi nos crédits d’impôt méconnus au Québec.

Pourquoi il y a souvent un montant inutilisé

La mécanique est simple : le crédit s’applique d’abord à l’impôt de l’étudiant lui-même. Ce qui dépasse cet impôt est le montant « inutilisé ».

Un étudiant à faible revenu paie peu d’impôt. Avec un emploi d’été ou à temps partiel, le revenu imposable est souvent bas et l’impôt à réduire, minime. Le crédit s’épuise vite. Pour mieux comprendre l’effet d’un emploi étudiant sur vos impôts, voyez travailler pendant ses études au Québec.

Un étudiant qui ne travaille pas du tout n’utilise rien de son crédit. Même sans impôt à payer, il demeure utile de produire sa déclaration et de documenter ses frais, afin de ne pas perdre le droit au report.

Le montant inutilisé a deux destins possibles : il peut être transféré à une personne admissible, ou reporté pour servir à l’étudiant dans une année future. C’est le choix entre ces deux voies qui fait l’objet de la section suivante.

Transfert ou report : deux voies qui s’excluent

Voici la nuance la plus importante de cet article : reporter ses frais ne se combine pas avec les transférer pour la même portion.

Le report. L’étudiant garde le montant inutilisé et l’applique à son impôt dans une année future, par exemple quand il aura un emploi à temps plein. Ce choix est avantageux si l’étudiant s’attend à payer de l’impôt à court ou moyen terme.

Le transfert. L’étudiant désigne un parent ou un grand-parent, qui réduira à son tour son propre impôt. Ce choix est avantageux si la personne désignée paie de l’impôt et que l’étudiant n’en paiera pas avant plusieurs années.

Un choix à faire avec méthode. Des guides d’établissements d’enseignement soulignent qu’une fois les frais reportés, ils ne peuvent plus être transférés pour cette partie. On évite donc de choisir à la hâte. Comparez l’économie immédiate du parent à l’économie future de l’étudiant, tout en gardant en tête que le report n’expire pas, alors que le transfert ne se fait qu’au moment de la déclaration de l’année concernée.

Si les études sont financées en partie par un régime enregistré d’épargne-études, les retraits influencent aussi le revenu imposable de l’étudiant ; voyez notre article sur la stratégie de retrait du REEE à l’université.

Fédéral et Québec : les différences à connaître

Les deux paliers de gouvernement partagent la même idée de base, mais pas tous les détails.

Au fédéral. Le montant inutilisé de l’année peut être transféré à un parent, à un grand-parent ou, selon la situation, au conjoint ou à la conjointe. Selon les indications de l’ARC reprises par plusieurs guides, le montant maximal transférable est de 5 000 $, moins le montant que l’étudiant utilise lui-même pour réduire son impôt. Seuls les frais de l’année en cours sont transférables : un montant déjà reporté d’une année précédente ne l’est pas. Par ailleurs, on ne peut pas transférer à un parent si le conjoint de l’étudiant réclame déjà un montant à son égard.

Au Québec. Selon Revenu Québec, la partie inutilisée du crédit peut être transférée à un parent ou à un grand-parent de l’étudiant, ou à ceux de son conjoint. Contrairement au fédéral, le mécanisme repose sur le crédit inutilisé plutôt que sur un plafond de 5 000 $ de frais : certaines sources indiquent qu’il n’y a pas de plafond équivalent. Le transfert direct au conjoint du crédit pour frais de scolarité n’est généralement pas permis. Comme les sources consultées divergent sur certains détails, vérifiez les instructions de l’annexe T pour l’année visée avant d’affirmer quoi que ce soit dans votre déclaration.

Pourquoi cela compte. Un même transfert peut donc être possible au fédéral et pas au Québec, ou calculé différemment. Le conjoint ou la conjointe peut recevoir le montant fédéral dans certains cas, mais pas nécessairement le crédit québécois. Pour comprendre comment répartir les tâches fiscales à deux, voyez nos conseils sur les finances de couple.

Les formulaires et les étapes concrètes

Le transfert exige que l’étudiant produise une déclaration, même si son revenu est nul.

Étape 1 — L’étudiant produit ses déclarations. Il complète l’annexe 11 (fédéral) et l’annexe T (Québec). Revenu Québec recommande de remplir l’annexe T même si aucun crédit n’est demandé, afin de suivre le montant cumulatif reportable. Un service de déclaration automatique ne dispense pas de vérifier ses frais de scolarité.

Étape 2 — L’étudiant désigne la personne bénéficiaire. Au fédéral, la section de transfert de l’annexe 11 et le formulaire T2202 permettent de désigner le parent ou le grand-parent. Au Québec, l’annexe T sert à désigner le bénéficiaire.

Étape 3 — Le parent ou le grand-parent réclame le montant. Au fédéral, le montant transféré se déclare dans la ligne prévue à cet effet de la déclaration du bénéficiaire. Au Québec, la personne qui reçoit le montant remplit la partie D de l’annexe A, sans avoir à joindre l’annexe T de l’étudiant. Un parent ne peut pas réclamer un montant que l’étudiant ne lui a pas transféré.

Étape 4 — Conserver les documents. Gardez les T2202, les Relevés 8 et les copies des annexes pendant plusieurs années, au cas où l’ARC ou Revenu Québec demanderait des justificatifs. Les logiciels d’impôts guident généralement ces étapes, mais c’est vous qui répondez de l’exactitude de la déclaration.

Un exemple fictif pour comprendre la logique

Cet exemple est purement illustratif : il ne reflète pas le calcul exact du crédit d’une année donnée.

Le point de départ. Léa a payé 6 000 $ de frais de scolarité admissibles. Son revenu est faible : elle n’utilise, pour réduire son propre impôt fédéral, qu’un montant de 1 500 $ de frais.

Le calcul fédéral du maximum transférable. Le plafond de 5 000 $ moins les 1 500 $ utilisés par Léa donne un montant maximal transférable de 3 500 $. Elle peut désigner sa mère ou son grand-père pour recevoir ce montant, qui réduira l’impôt de cette personne.

Le choix. Si Léa prévoit trouver un emploi bien payé l’an prochain, elle pourrait préférer reporter une partie des frais pour réduire son propre impôt plus tard. Si sa mère paie un impôt important cette année et que Léa n’en paiera pas avant longtemps, le transfert devient attrayant.

Ce que l’exemple montre. Les frais ne disparaissent pas : la question est de savoir qui en profite et à quel moment. Faites la comparaison sur papier, ou avec un logiciel d’impôts, avant de signer le formulaire de transfert.

Le réflexe à adopter : chaque année d’études, conservez le T2202 et le Relevé 8, produisez la déclaration de l’étudiant même sans revenu et remplissez l’annexe 11 et l’annexe T. Ensuite, avant de désigner un bénéficiaire, comparez ce que le parent économiserait maintenant avec ce que l’étudiant économiserait plus tard. Aucune décision n’est urgente avant la date limite de production, mais il vaut mieux discuter en famille avant de signer.

Les erreurs à éviter

Erreur 1 — Ne pas produire de déclaration parce que l’étudiant n’a pas de revenu. Sans déclaration, le montant inutilisé n’est pas inscrit au dossier et le report comme le transfert deviennent impossibles ou plus compliqués.

Erreur 2 — Confondre le fédéral et le Québec. Un plafond ou un bénéficiaire valable d’un côté ne l’est pas forcément de l’autre. Lisez les instructions des deux paliers.

Erreur 3 — Transférer sans comparer avec le report. L’économie immédiate du parent n’est pas toujours supérieure à l’économie future de l’étudiant.

Erreur 4 — Réclamer un montant non transféré. Le parent ne peut réclamer que ce que l’étudiant lui a officiellement désigné.

Erreur 5 — Oublier le seuil de 100 $ par établissement. Des frais inférieurs à ce seuil, pour un établissement donné, ne donnent généralement pas droit au crédit.

Erreur 6 — Perdre les documents. Sans T2202 ni Relevé 8, la réclamation est difficile à justifier si l’ARC ou Revenu Québec pose des questions.

Erreur 7 — Se fier à des chiffres périmés. Les taux, les plafonds et les formulaires évoluent. Vérifiez la valeur de l’année visée sur les sites officiels.

Questions fréquentes

Qui peut recevoir le transfert des frais de scolarité d’un étudiant ?

Au fédéral, un parent, un grand-parent ou, dans certains cas, le conjoint ou la conjointe de l’étudiant. Au Québec, un parent ou un grand-parent de l’étudiant (ou de son conjoint), selon Revenu Québec. Vérifiez l’annexe T de l’année visée pour les détails.

Quel montant peut-on transférer ?

Au fédéral, selon l’ARC, jusqu’à 5 000 $, moins le montant que l’étudiant utilise pour réduire son propre impôt. Au Québec, le transfert porte sur le crédit inutilisé, sans le même plafond selon certaines sources. Consultez les instructions officielles de l’année concernée.

Peut-on transférer des frais d’une année précédente ?

Au fédéral, seuls les frais de l’année en cours sont transférables ; les montants déjà reportés ne le sont plus. Au Québec, validez la règle dans les instructions de l’annexe T avant de réclamer.

Faut-il avoir un revenu pour reporter ses frais ?

Non. Il faut toutefois produire une déclaration pour que le montant reportable soit inscrit au dossier. Revenu Québec recommande de remplir l’annexe T même si aucun crédit n’est demandé.

Peut-on transférer à son conjoint ?

Au fédéral, dans certains cas, oui. Au Québec, le crédit pour frais de scolarité n’est généralement pas transférable directement au conjoint. Vérifiez les conditions précises pour votre situation.

Un étudiant qui reçoit de l’aide financière aux études est-il concerné ?

Oui, les frais admissibles donnent droit au crédit, quelle que soit la source de financement. L’effet d’un emploi ou d’une aide sur les impôts est traité dans notre article sur l’AFE.

Où trouver les formulaires ?

L’annexe 11 est disponible sur le site de l’ARC. L’annexe T fait partie de la déclaration de revenus du Québec (TP-1) sur le site de Revenu Québec. Le T2202 et le Relevé 8 sont fournis par l’établissement d’enseignement.

Sources officielles


Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil fiscal personnalisé. Les règles, les montants et les formulaires changent d’une année d’imposition à l’autre, et certaines pages officielles n’ont pas pu être consultées lors de la rédaction. Pour une situation particulière, consultez un fiscaliste ou un comptable professionnel agréé. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.