Au Québec, l’aide financière aux études (AFE) n’est que la partie visible du financement des études : chaque année, des centaines de bourses — universitaires, collégiales, professionnelles ou privées — restent non réclamées faute de candidatures, simplement parce que peu d’étudiants savent qu’elles existent ou où les chercher.
Contrairement au régime de prêts et bourses de l’AFE, qui repose sur une évaluation automatisée des besoins financiers, les bourses d’excellence et les bourses privées forment un univers beaucoup plus fragmenté : chaque université, chaque cégep, chaque fondation, chaque ordre professionnel et chaque entreprise gère son propre programme, avec ses propres critères, ses propres formulaires et ses propres échéances. Cette dispersion est justement ce qui décourage la plupart des étudiants de s’y attarder — et ce qui explique qu’une bonne partie de cet argent reste sur la table chaque année.
Note : les montants, les critères d’admissibilité et l’existence même de certains programmes de bourses évoluent d’une année à l’autre, parfois de façon abrupte (un programme gouvernemental peut être aboli du jour au lendemain). Vérifiez toujours l’information à jour directement auprès de l’établissement ou de l’organisme concerné avant de bâtir une stratégie de candidature.
Sommaire
- Bourse d’excellence, bourse privée, AFE : de quoi parle-t-on
- Comment fonctionne la recherche de bourses en pratique
- Bourse au mérite, bourse de besoin, bourse d’engagement : la nuance qui change tout
- Où chercher concrètement une bourse privée ou d’excellence
- Les montants réels — et pourquoi ils bougent d’une année à l’autre
- Bâtir un dossier de candidature qui se démarque
- Les erreurs à éviter
- Questions fréquentes
Bourse d’excellence, bourse privée, AFE : de quoi parle-t-on
Il est facile de confondre les différents types d’aide financière disponibles pendant des études, alors qu’ils reposent sur des logiques complètement différentes.
L’aide financière aux études (AFE) est le programme public géré par le ministère de l’Enseignement supérieur : un régime de prêts et bourses calculé automatiquement selon le revenu familial, la situation de l’étudiant et la durée du programme. Notre guide complet sur l’AFE au Québec détaille son fonctionnement et ses critères — ce n’est pas de ce programme dont il est question ici.
Les bourses d’excellence et les bourses privées, elles, forment une catégorie à part : ce sont des sommes offertes par un établissement d’enseignement, une fondation, un ordre professionnel, une entreprise ou un organisme communautaire, généralement en reconnaissance du rendement scolaire, de l’engagement social, d’un projet particulier ou d’une combinaison des trois. Contrairement à l’AFE, il n’y a aucune évaluation automatique : chaque bourse exige une candidature distincte, souvent avec un formulaire, un texte de présentation et parfois des lettres de référence.
La bonne nouvelle : rien n’empêche généralement de cumuler l’AFE et une ou plusieurs bourses privées ou d’excellence (sous réserve des règles propres à chaque bourse et, dans certains cas, d’un plafond de cumul appliqué par l’AFE elle-même si le total des sommes reçues dépasse le coût réel des études). Une bourse n’est pas non plus un substitut à un prêt étudiant ou à des sommes accumulées dans un régime enregistré d’épargne-études (REEE) : ce sont des sources de financement complémentaires, pas concurrentes, et il faut simplement vérifier les conditions de chaque programme avant de vous fier à un cumul automatique.
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Comment fonctionne la recherche de bourses en pratique
La majorité des établissements d’enseignement supérieur québécois — universités comme cégeps — maintiennent un répertoire centralisé de bourses, accessible via le portail étudiant une fois le code permanent activé. Ce répertoire regroupe généralement trois familles de bourses : celles financées directement par l’établissement, celles administrées par sa fondation, et celles offertes par des organismes externes (fondations, entreprises, ordres professionnels) qui ont choisi de passer par l’université pour rejoindre leurs étudiants.
Concrètement, ces plateformes permettent de filtrer les bourses selon un profil académique (programme d’études, cycle, moyenne cumulative, année d’admission) plutôt que de parcourir manuellement des centaines d’offres non pertinentes. Une fois le profil complété, l’étudiant peut généralement conserver une liste de bourses ciblées, suivre les dates limites et déposer sa candidature électroniquement pour chacune.
Le bureau de l’aide financière ou le bureau des bourses de votre établissement — souvent une entité distincte du bureau de l’AFE — reste le point de contact le plus fiable si le répertoire en ligne semble incomplet pour votre situation particulière, notamment pour les bourses très spécifiques à un programme ou à une faculté qui ne sont pas toujours bien indexées dans les outils de recherche généralistes.
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Bourse au mérite, bourse de besoin, bourse d’engagement : la nuance qui change tout
Avant de bâtir un dossier de candidature, il faut comprendre à quelle logique répond chaque bourse — les exigences et les chances réelles de l’obtenir varient énormément selon la catégorie.
Les bourses au mérite récompensent une performance académique mesurable : moyenne cumulative au-dessus d’un seuil précis, classement dans le programme, résultats à un concours. Ce sont généralement les plus compétitives, parce que le critère est objectif et facilement comparable entre candidats.
Les bourses de besoin financier — offertes par certaines fondations universitaires en complément de l’AFE — exigent de démontrer une situation financière précaire, parfois avec des pièces justificatives similaires à celles de l’AFE, mais sans nécessairement exiger un dossier académique exceptionnel, seulement une progression satisfaisante dans le programme.
Les bourses d’engagement — communautaire, sportif, artistique, entrepreneurial ou lié à la persévérance scolaire — évaluent un parcours plutôt qu’un chiffre : bénévolat, implication étudiante, surmontement d’obstacles personnels. Ce sont souvent les bourses les moins compétitives en proportion des candidatures reçues, précisément parce que beaucoup d’étudiants présument à tort qu’ils n’ont « rien à raconter » et ne posent jamais leur candidature.
Une même bourse peut aussi combiner plusieurs critères — par exemple exiger une moyenne minimale tout en accordant un poids important à l’engagement communautaire. Lire attentivement la grille de sélection, quand elle est publiée, permet souvent de savoir sur quel aspect concentrer son énergie de rédaction. Pour les familles qui ont épargné dans un REEE depuis l’enfance, ces bourses complémentaires viennent généralement s’ajouter aux retraits du régime sans les remplacer, puisque les deux répondent à des besoins différents (financement de base contre reconnaissance ponctuelle).
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Où chercher concrètement une bourse privée ou d’excellence
Au-delà du répertoire de bourses de votre établissement, plusieurs sources méritent d’être explorées systématiquement :
Les fondations d’entreprises et de coopératives financières. Plusieurs grandes institutions financières et coopératives — les caisses Desjardins en sont un exemple courant au Québec — administrent des programmes de bourses nationaux ou régionaux, souvent ouverts à des critères variés (persévérance scolaire, besoins financiers, engagement communautaire) et parfois conditionnels au statut de membre de l’institution. Il ne s’agit pas d’un endossement d’un fournisseur en particulier : ce type de programme existe chez plusieurs institutions et coopératives, et vaut la peine d’être vérifié auprès de celles avec lesquelles vous faites déjà affaire.
Les ordres et associations professionnelles. Si votre programme mène à une profession réglementée (comptabilité, ingénierie, soins infirmiers, droit, etc.), l’ordre professionnel correspondant offre fréquemment des bourses réservées aux étudiants inscrits dans les programmes menant à cette profession — un bassin de candidats beaucoup plus restreint que les bourses ouvertes à tous.
Les fondations communautaires et municipales. Plusieurs municipalités, chambres de commerce locales et fondations communautaires régionales offrent de petites bourses réservées aux résidents de leur territoire — moins prestigieuses, mais aussi beaucoup moins disputées.
Les fondations spécifiques à un domaine d’études ou à une clientèle. Sciences, arts, entrepreneuriat, personnes en situation de handicap, familles monoparentales, premières générations à fréquenter l’université : de nombreuses fondations ciblent un profil précis. Un moteur de recherche combinant votre domaine d’études et le mot « bourse » permet souvent de repérer ces programmes plus discrets que les grandes bourses universitaires.
Votre propre employeur ou celui d’un parent. Certains employeurs, syndicats et associations professionnelles offrent des bourses à leurs employés qui retournent aux études ou aux enfants de leurs employés — une source souvent oubliée parce qu’elle ne figure dans aucun répertoire universitaire.
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Les montants réels — et pourquoi ils bougent d’une année à l’autre
Il n’existe pas de montant « typique » unique : les bourses universitaires et de fondations vont de quelques centaines de dollars pour de petites bourses locales ou ponctuelles à plusieurs milliers de dollars pour les bourses d’excellence les plus prestigieuses ou les bourses de recherche aux cycles supérieurs. La règle générale à retenir est qu’une multitude de petites bourses cumulées (300 $, 500 $, 750 $) peut au final représenter une somme substantielle sur une année, alors qu’une seule bourse prestigieuse très compétitive n’est jamais garantie.
Les programmes gouvernementaux ciblés, eux, sont plus volatils qu’on ne le pense : le programme de bourses Perspective Québec, qui offrait une bourse incitative aux étudiants inscrits dans certains programmes collégiaux et universitaires menant à des professions en pénurie de main-d’œuvre, en est un bon exemple récent. Le gouvernement du Québec a devancé la fin de ce programme, la dernière session d’admissibilité ayant été ramenée à l’hiver 2025 — les étudiants déjà inscrits continuent de recevoir la bourse jusqu’à la fin de leurs études admissibles, mais le programme n’accepte plus de nouvelles cohortes. Ce genre de changement rappelle qu’il vaut mieux vérifier le statut exact d’un programme au moment de préparer sa candidature plutôt que de se fier à une information trouvée en ligne il y a un an ou deux.
À l’inverse, les bourses institutionnelles et les fondations privées sont généralement plus stables d’une année à l’autre dans leur existence, même si les montants exacts et les critères peuvent être ajustés annuellement par leur conseil d’administration ou leur comité de sélection.
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Bâtir un dossier de candidature qui se démarque
La plupart des candidatures de bourses reposent sur une combinaison de pièces standards : un formulaire, un relevé de notes, une lettre de motivation et, souvent, une ou deux lettres de recommandation. La qualité de ces documents fait généralement toute la différence entre les candidats admissibles, puisque la plupart des comités reçoivent bien plus de dossiers recevables qu’ils n’ont de bourses à accorder.
La lettre de motivation doit éviter le ton générique : plutôt que de répéter le relevé de notes, elle doit expliquer concrètement un projet d’études ou professionnel, montrer une réflexion sur la façon dont la bourse permettrait de le concrétiser, et illustrer les qualités recherchées (rigueur, engagement, résilience) par des exemples précis plutôt que des affirmations vagues.
Les lettres de recommandation gagnent à être sollicitées tôt — idéalement quatre à six semaines avant la date limite — auprès de personnes qui vous connaissent réellement (un professeur, un superviseur de stage, un responsable d’organisme communautaire) plutôt qu’une figure d’autorité qui vous connaît peu. Fournir à cette personne un résumé de votre parcours et du projet visé par la bourse l’aide à rédiger une lettre appuyée sur des faits concrets plutôt que des généralités.
Le calendrier mérite une attention particulière : une large part des bourses universitaires et de fondations pour l’année scolaire suivante ouvrent leurs candidatures à l’automne ou en début d’hiver, avec des dates limites qui tombent souvent avant même la fin de la session en cours. Attendre l’été pour commencer à chercher signifie généralement manquer la majorité des occasions pour l’année suivante.
Une fois la bourse accordée, assurez-vous que le compte bancaire étudiant qui recevra le versement est actif et à jour : plusieurs fondations exigent un compte au nom de l’étudiant lui-même, et des coordonnées bancaires périmées peuvent retarder la réception des fonds de plusieurs semaines.
Le réflexe à adopter : bloquez un moment fixe une fois par trimestre — par exemple au début de chaque session — pour consulter le répertoire de bourses de votre établissement et postuler systématiquement aux bourses pour lesquelles vous êtes admissible, même les plus petites. Une candidature de 15 minutes pour une bourse de 300 $ a un bien meilleur rendement horaire qu’aucune candidature du tout, et l’habitude de postuler régulièrement rend chaque candidature suivante plus rapide à préparer.
Les erreurs à éviter
Erreur 1 — Attendre la dernière année d’études pour commencer à chercher. La plupart des bourses sont accessibles dès la première session ; retarder la recherche signifie perdre plusieurs cycles de candidatures possibles.
Erreur 2 — Ignorer les petites bourses par manque d’intérêt apparent. Une bourse de 250 $ ou 500 $ attire beaucoup moins de candidatures qu’une bourse de 5 000 $, ce qui augmente considérablement les chances réelles de l’obtenir.
Erreur 3 — Envoyer une lettre de motivation générique à plusieurs bourses. Les comités de sélection remarquent facilement un texte recyclé qui ne fait aucune référence aux critères précis de leur bourse.
Erreur 4 — Solliciter une lettre de recommandation à la dernière minute. Une demande faite quelques jours avant l’échéance produit souvent une lettre bâclée, voire un refus pur et simple par manque de temps de la personne sollicitée.
Erreur 5 — Présumer qu’une bourse est incompatible avec l’AFE sans vérifier. De nombreux étudiants renoncent à poser leur candidature en croyant, à tort, qu’une bourse privée annulera automatiquement leur aide financière aux études, alors que les règles de cumul varient selon le montant total reçu et méritent d’être vérifiées au cas par cas plutôt que présumées.
Erreur 6 — Se fier à une information de bourse trouvée en ligne sans vérifier sa date. Un programme peut être modifié, réduit ou carrément aboli d’une année à l’autre, comme l’illustre la fin récente du programme Perspective Québec pour les nouvelles cohortes.
Erreur 7 — Ne poser sa candidature qu’à une seule bourse. Puisque chaque comité de sélection est indépendant et que les chances d’obtenir une bourse précise restent incertaines, multiplier les candidatures reste la stratégie la plus fiable pour maximiser le financement total obtenu.
Questions fréquentes
Une bourse d’excellence est-elle imposable?
La plupart des bourses d’études versées à un étudiant inscrit à temps plein dans un programme admissible ne sont généralement pas imposables au fédéral ni au provincial, dans la mesure où l’étudiant a droit au crédit d’impôt pour études pour l’année visée. Les règles précises dépendent toutefois du statut de l’étudiant et du type de programme ; consultez l’Agence du revenu du Canada et Revenu Québec pour votre situation exacte.
Peut-on cumuler plusieurs bourses privées en même temps?
Dans la grande majorité des cas, oui — rien n’empêche de recevoir plusieurs bourses distinctes la même année, sauf indication contraire explicite dans le règlement d’une bourse précise. Vérifiez toujours le règlement de chaque programme.
Une bourse privée réduit-elle le montant de l’aide financière aux études (AFE)?
Cela dépend du montant total reçu en bourses par rapport au coût réel de vos études pour l’année ; un très petit nombre de situations où le cumul dépasse ce coût total peut entraîner un ajustement. Pour la majorité des étudiants qui reçoivent une ou quelques bourses de montants modestes, l’impact est nul ou minime. Le bureau de l’aide financière de votre établissement peut confirmer votre situation précise.
Faut-il avoir une moyenne parfaite pour être admissible à une bourse d’excellence?
Non. Beaucoup de bourses dites « d’excellence » évaluent un ensemble de critères — implication, projet, progression, obstacles surmontés — et non seulement la moyenne cumulative. Certaines bourses de mérite plus compétitives exigent effectivement un seuil élevé, mais ce n’est pas la norme pour l’ensemble des bourses disponibles.
Où trouver les bourses spécifiques à mon programme d’études?
Le répertoire de bourses de votre établissement permet généralement de filtrer par programme ou par faculté. Le secrétariat de votre département ou de votre association étudiante facultaire connaît souvent aussi des bourses spécifiques qui ne sont pas toujours bien indexées dans les outils de recherche généralistes.
Les étudiants à temps partiel sont-ils admissibles aux bourses privées?
Cela varie énormément d’une bourse à l’autre : certaines exigent un statut à temps plein, d’autres non. Il faut vérifier le règlement de chaque bourse individuellement plutôt que présumer une règle universelle.
Combien de temps avant la date limite faut-il commencer à préparer un dossier?
Prévoyez au minimum quatre à six semaines avant l’échéance pour solliciter les lettres de recommandation et rédiger une lettre de motivation soignée, particulièrement pour les bourses les plus compétitives qui exigent un dossier plus étoffé.
Existe-t-il un plafond au nombre de bourses qu’un même étudiant peut recevoir dans sa carrière étudiante?
Non, il n’existe pas de plafond général : un étudiant peut en théorie recevoir une bourse différente chaque session, tant qu’il répond aux critères d’admissibilité de chacune et respecte les règles propres à chaque programme.
Sources officielles
- Gouvernement du Québec — Aide financière et programmes de bourses pour les études supérieures
- Gouvernement du Québec — Québec devance la fin du programme de bourses Perspective Québec
- Agence du revenu du Canada — Bourses d’études, de perfectionnement et récompenses
- Revenu Québec — Vous êtes étudiant
Cet article a une visée informative et ne constitue pas un conseil financier ou fiscal personnalisé. Les critères, montants et l’existence même des programmes de bourses mentionnés peuvent changer d’une année à l’autre; vérifiez toujours l’information à jour directement auprès de votre établissement d’enseignement, de la fondation concernée ou des autorités fiscales. Pour une situation particulière, consultez le bureau des bourses de votre établissement ou un professionnel qualifié. Pour en savoir plus sur notre démarche, consultez notre méthodologie éditoriale.

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